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LE MYSTICISME DE FKNELON : DOCTRINE II

faibles en exigeant une haute perfection. Connaissant rhumanité, il savait que peu d'âmes parviennent ici-bas au pur amour.

Les caractères de l'état passif sont le désintéressement et ses conséquences, la sainte indifférence et \3.passiveté.

Le désintéressement des justes de l'état passif est opposé à \2l propriété des justes de la seconde classe (i). Il y a deux sortes de propriété. La première est l'org-ueil, un amour naturel de notre propre excellence, sans aucune subordination à notre fin essentielle, qui est la o-loire de Dieu. La seconde est un amour naturel de

notre propre excellence, avec subordination à notre fin essentielle qui est la gloire de Dieu.

L'àme veut bien les vertus, principalement pour la gloire de Dieu, mais en même temps par un amour naturel de sa propre excellence et de son bien particulier. Ces vertus sont moins parfaites que celles qui sont exercées par le motif surnaturel de la plus grande gloire de Dieu, sans aucun mélange de motif de ^intérêt propre ou de X amour naturel A^ nous-mêmes. Ce motif d'/;//<?rét propre est ce que les mystiques appellent ^rc^/'zV/^' et les anciens mercenarité. Le désintéressement des parfaits n'est donc que l'exclusion de Vintérêt propre dans la pratique des vertus : Ce n'est pas la cessation de l'espérance. Les plus parfaits doivent désirer leur salut, mais seulement par le moiiî surnaturel da la volonté et de la plus grande gloire de Dieu, tandis que les justes mercenaires le désirent par le motif surnaturel et principal de la plus grande ^/czV<? de Dieu, et par le motif naturel et secondaire de leur intérêt propre. U âme désintéressée s 2âm.e^ mais seulement d'un amour

I. Explicalioii des Maximes, art. 4, 12, 16. — Iiist. past., n. 3, 5, 6, 7, 24, etc. — Rép. à la Décl., n. 12, 13, 14, 15, 25, 26, 46, 61. — Rép. au Su))iina Doctr., n. 8, 11, 13, 14. — Troisième Lettre à M. de Paris, % 2. — Seconde Lettre à M. de C/iartres, n. 2.

surnaturel ; elle ne souhaite son bonheur que par pure conformité à la volonté de Dieu.

Saint François de Sales distingue la l'ésignati'oii et Xindifférence. Cette division répond à celle de la merceiiarité et du désiniéresseinent\\).

L'âme résignée a des désirs propres, mais sottims{2)\ elle veut plusieurs choses par le motif de son intérêt propre , en subordonnant ses désirs à la volonté de Dieu,

\S indifférence est « au-dessus de la résignation, car elle n'aime rien, sinon pour la volonté de Dieu j). L'âme ne veut rien par le motif de l'amour naturel d'ellemême ; si elle aime plusieurs choses hors de Dieu, c'est parcequeDieu veut qu'elle les aime ; l'indifférence, c'est ie désintéressement de l'amour. C'est en ce sens que l'évêque de Genève a dit que « s'il savait que sa damnation fût un peu plus agréable à Dieu que sa salvation, il quitterait sa salvation et courrait à sa damnation ».

L'état d'indifférence n'exclut pas les désirs et les demandes désintéressées des biens spirituels et même des biens temporels, qui sont des moyens pour opérer notre salut ; il n'admet pas non plus le renoncement absolu au bonheur éternel dans les dernières épreuves de la vie intérieure ; l'abandon ne peut pas aller au delà du sacrifice conditionnel du salut ou du sacrifice absolu de l'amour naturel de soi-même.

\.?ipassiveté{^ est une entière dépendance de la grâce et une fidélité parfaite à toutes ses impressions ; l'âme est alors exempte de cette activité, par laquelle on voudrait prévenir la grâce ou y coopérer par des actes plus

1. Explic. des Maximes, art. 5, 0, 8, 18. — Inst. Pasl., n. 11, i::. — Rép. à la Déclaration, n. 18, 10, 20. — Rép. au Summa Doct., n. i ?.

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