LE MYSTICISME DE FÉNELON : DOCTRINE I
parlé en des termes absolus. Le sacrifice ne tombe pas directement sur la béatitude éternelle, mais sur cette imperfection que les auteurs mystiques nomment propriété.
Bossuet et Fénelon s'accordaient à conseiller aux âmes peinées et vraiment humbles, le sacrifice conditionnel àç: leur béatitude, même éternelle, en tant qu'elle est un bien créé, pourvu que ce sacrifice ne renfermât point le renoncement à la grâce et à l'amour divin.
Fénelon croyait c^ue Dieu inspire quelquefois un sacrifice, encore plus parfait, qui a pour objet, non le salut éternel, mais les consolations sensibles que l'amour naturel de nous-mêmes nous porte à y chercher. Après avoir parlé des souhaits de saint Paul et de Moïse, Fénelon ajoute : « ... Il y a le cas unique des plus extrêmes épreuves, où l'on ne parle plus dans les termes conditionnels, mais dans une forme absolue. On ne dit plus : je voîidrais, mais on dit : Je veux.
Bossuet a rappelé l'exclamation de l'évêque de Genève : « O mon Dieu, puisque je dois être privé pour jamais, en l'autre vie, de voir et d'aimer un Dieu si digne d'être aimé, je veux au moins faire tout mon possible pour vous aimer sur la terre, de toutes les forces de mon àme( i ).» — « ...Dans le cas où les termes ont une forme absolue, le sacrifice ne tombe plus sur la béatitude, même créée, il ne tombe que sur le seul intérêt propt'e pour l'éternité..,^ c'est-à-dire, sur le contentement de cet amotir naturel de nous-niêjnes, dans lequel consiste la propriété des âmes qui sont encore mercenaires (2)... »
La différence entre les deux espèces de sacrifices consiste en ce que le sacrifice conditionnel seul a pour