‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 78 sur 250 · Lanson, Littérature française, p · texte numérisé non relu

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MlîTHODE DE DIRECTION 123

Retenons ces paroles; si les ennemis de l'archevêque de Cambrai parlent ainsi, que diront ses amis? Pour nous, historien et philosophe, ces sublimes pensées ne sont que l'écho d'une grande âme.

L'abus que l'on faisait de la direction à la fin du XVir siècle la faisait décrier. Fénelon ne fut pas sans s'en apercevoir et, dans sa Lettre sur la direction [\)^ il nous fait lui-même ses plaintes et nous dit ses idées.

« Les meilleures choses sont les plus gâtées, parce que leur abus est pire que celui des choses moins bonnes. Voilà ce qui fait que la direction est si décriée. Le monde la regarde comme un art de mener les esprits faibles et d'en tirer parti. Le directeur passe pour un homme qui se sert de la religion pour s'insinuer, pour gouverner... Tant de gens, sans être ni choisis, ni éprouvés, se mêlent de conduire les âmes qu'il ne faut pas s'étonner qu'il en arrive assez souvent des choses irrégulières et peu édifiantes. » Il ajoute cependant : « . . .la fonction de mener les âmes à Dieu est le ministère de vie confié aux apôtres par Jésus-Christ. La direction est donc une fonction toute divine qu'il n'est jamais permis de mépriser, quoique les hommes indignes d'une si haute fonction l'avilissent et la déshonorent. Quelle folie de mépriser un diamant, parce qu'on l'a vu enfoncé dans la boue ! »

Fénelon sait que le devoir du pasteur est de connaître ses brebis, de discerner leurs besoins, d'étudier leurs maladies, de chercher les remèdes, de supporter leurs faiblesses; de ramener celles qui s'égarent. Il

demande un directeur a sage, éclairé, mortifié, expérimenté, détaché de tout, incapable de nous flatter », C'est Fénelon peint par lui-même.

Il est difficile de trouver cet homme; Fénelon ne l'ignore pas. Il nous donne cependant quelques règles pratiques, dont la sagesse survivra à tous les temps, et <i Dieu qui ne manque point à ceux qui ont le cœur droit, vous donnera la demande de votre cœur ». Directeurs et dirigés devraient lire le reste de la lettre. Ceux-ci apprendraient à parler « à l'homme de Dieu d'une manière simple, ingénue, précise et courte, songeant qu'il doit son temps à beaucoup d'autres œuvres. . . O ! si elles (les femmes) savaient ce que c'est que le temps d'un prêtre chargé de prier pour soi-même et pour toute l'Eglise, de méditer profondément la loi de Dieu et de travailler pour ramener tant de pécheurs, elles craindraient de profaner un temps si précieux... mais on cherche plus un commerce de vaine consolation qu'un conseil droit et vigoureux pour aller à Dieu en mourant à soi. » Le directeur apprendrait ce qu'il doit être pour répondre à l'attente des âmes et à la volonté divine, quelle doit être sa vie retirée, sa patience, sa douceur, sa franchise, sa fermeté dans les bonnes maximes, son expérience de l'oraison et des choses intérieures. « Il ne doit jamais y avoir rien que de sérieux, de modeste et d'édifiant dans ces entretiens, où il s'agit purement de la vie éternelle. »

Combien de directeurs se mêlent de conduire sans science ni piété ! combien qui n'ont qu'une science sèche et hautaine, incapables d'entrer dans les voies secrètes réservées aux petits et aux humbles ! combien qui ont la science et la piété, mais une piété sans expérience ; d'autres qui présument d'avoir l'expérience sans l'avoir effectivement ! « Où sont donc, ô mon Dieu, s'écrie Fénelon, ces lampes luisantes et ar-

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