INTRODUCTION XIX
restons libres. « Le libre arbitre n'est pas donné à l'homme pour lui permettre de suivre toutes ses fantaisies et de satisfaire tous ses caprices, il lui est donné pour que, à la différence des êtres sans raison, il n'agisse pas sous l'impulsion d'une nécessité naturelle, mais par l'effet d'un libre choix, né de l'exercice régulier de ses propres puissances (i). i
On rappelle alors l'exemple de Bossuet et dé Fénelon disant quelquefois : Ne discutez pas ce que je vous dis, agissez, je réponds de vous. Mais on ne remarque pas assez à qui sont adressées ces paroles; il s'agit de scrupuleux. Qui n'a connu de ces personnes indécises, troublées, perdues dans les hésitations, entraînées par tous les contraires } malheureuses et inguérissables, dignes de pitié entre toutes. Grands moralistes, que ferez-vous devant ces misères.^ Il n'est pas question de rechercher qui a perdu cette âme, qui a détraqué ces merveilleux rouages, peut-être trouverait-on un directeur inhabile, encore que le scrupule ait d'autres causes naturelles. Il faut guérir. Ne parlez pas du respect de la liberté. Cette personne vous crie : Si vous voulez, vous pouvez me guérir. Dites-lui de remettre sa volonté à la direction d'un homme éclairé et de l'écouter aveuglément, comme le malade obéissant boit une potion dont il ignore la bonté. Il ne s'agit pas ici d'une âme saine et pondérée. Hors cette situation, l'âme doit toujours rester maîtresse d'elle-même. Le directeur que nous choisissons de notre propre gré ne peut rien sur notre liberté ; mais, par cette élection, nous avons diminué les chances d'erreur. Un voyageur, qui prend les moyens de ne pas s'égarer ou de rentrer dans le droit chemin, s'il vient à se tromper, ne peut pas se dire privé de sa liberté. « Je ne haïrais pas, disait La Bruyère (2), d'être livré par la confiance à une personne raisonnable, et d'en être gouverné en toutes choses et absolument et toujours ; je serais sûr de bien faire sans avoir besoin de délibérer; je