‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 83 sur 250 · I. Luc, IX · texte numérisé non relu

I. Luc, IX

L'AME UIRlGi:ii PAR FÉNELON 13I

s'en va, les tristesses se multiplient. L'esprit se trouble, ne se supporte pas lui-même : de plus, s'il a des sécheresses, des répugnances au bien, l'àme se croit perdue. Que faire? Changer de directeur, comme si la ferveur dépendait de la bouche de confesseurs différents, tomber dans le dég-oût des pratiques religieuses ou dans le scrupule.

En face de ces consciences excessives, regardons celles que formait Fénelon.

Le grand directeur se défie avec raison des visions, révélations ou autres faits extraordinaires ; il sait que les opérations merveilleuses du vrai mysticisme sont rares et il hésite : « Ne faites aucune attention volontaire à ce que vous me mandez avoir éprouvé. De telles choses peuvent n'être que dans l'imagination ; elles peuvent venir aussi d'une illusion du tentateur qui voudrait vous tendre un piège, tantôt de vaine complaisance, tantôt de découragement... Il n'y a qu'à les laisser passer sans les rejeter ni accepter (i). » Voici la règle de conduite qu'il suivait; elle ne favorise pas l'illusion : « L'amour-propre se flatte aisément d'être dans les états qu'on a admirés dans les livres... Rien ne pique tant l'amour-propre, et ne découvre mieux l'illusion, qu'une direction simple, qui compte pour rien ces merveilles et qui assujétit la personne en qui elles sont, à faire comme si elle ne les avait pas (2)... »

Il connaît les excès des néophytes, leurs projets superbes, leur enthousiasme trop éclatant : « Défiez-vous, dit-il, de vos goûts pour le service, et en même temps de vos dégoûts pour le monde. Ne comptez pour rien aussi vos goûts pour une retraite belle en idée (3)... La solitude vous est utile jusqu'à un certain point; elle vous convient mieux qu'une règle de communauté qui

I. Œ. C, VIII, p. 526. — 2. Ibid., p. 446. — 3. Ibid., p. 518.

gênerait votre attrait de grâce ; mais vous pourriez facilement vous mécompter sur votre goût de retraite (i). »

A quelqu'un qui voulait changer de vie, il envoie ces conseils de prudence et de sagesse : a Je ne demande point que vous rompiez d'abord sans aucune mesure avec toutes les personnes vers lesquelles une véritable bienséance vous demande quelque commerce. Je demande encore moins que vous abandonniez ce qu'on appelle les devoirs... J'avoue que vous ne devez pas donner au public une scène de conversion qui fasse discourir avec malignité ; la vraie piété ne demande jamais ces démonstrations. Il suffit de faire deux choses : l'une est de ne donner aucun mauvais exemple; c'est sur quoi il n'est jamais permis dcrougir de Jésus-Christ et de son Evangile ; l'autre chose est de faire sans affectation et sans éclat tout ce que le sincère amour de Dieu demande (2). »

Comme il souhaite à l'àme la sainte liberté des enfants de Dieu ! « lime paraît nécessaire que vous joigniez ensemble une grande exactitude et une grande liberté. L'exactitude vous rendra fidèle et la liberté vous rendra courageuse. Si vous vouliez être exacte sans être libre, vous tomberiez dans la servitude et le scrupule ; et si vous vouliez être libre sans être exacte, vous iriez bientôt à la négligence et au relâchement... Ceux qui n'ont nulle expérience des voies de Dieu comprennent par êlre exact, vivre toujours dans la gêne, dans l'angoisse, dans une timidité inquiète et scrupuleuse qui fait perdre à l'àme tout son repos, qui lui fait trouver des péchés partout... \i2s être lib^-e, avoir une conscience large, n'y prendre pas garde de si près, se contenter d'éviter les fautes considérables et ne compter pour fautes considérables que les gros crimes... « Que cette

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