L'AME DIRIGÉE PAR FÉNEI.ON
On a reproché à saint François de Sales de n'avoir qu'un idéal de bon sens, ayant approprié les vertus à notre petitesse, et on se meta « regretter, à un point de vue héroïque et poétique, l'absence d'actes extraordinaires (i) ». Fénelon, avec son bel idéal, n'a rien dit de plus fort ni de plus beau que certains chapitres du Traité de l'amotir de Dieu (2).
L'archevêque de Cambrai paraît s'écarter cependant de l'évèque de Genève. De nos jours, les directeurs de consciences mènent les personnes vers les œuvres extérieures de la charité et du prosélytisme ; l'activité du sentiment religieux se porte sur des objets extérieurs à l'âme. Le dévot de saint François de Sales, énergique sur lui-même, se refait lui-même, sans dominer les hommes et les choses. Tout le XVII' siècle vit des âmes héroïques qui apprirent à se connaître, à se réformer, mais incapables d'initiative pour les choses du dehors.
Le XVf siècle finissant n'avait-il pas abusé de cette force extérieure du sentiment religieux ? Le gouvernement des curés de Paris, pendant la Ligue, était devenu un régime de terreur ; il était intelligent de ramener la religion au temple intérieur de l'âme. Une religion extérieure, sans principe interne, est nécessairement intolérante. La réforme du cœur est le fondement de la vie publique dans les Etats chrétiens.
Fénelon comprit la beauté et l'insuffisance de cette religion. C'est avec une hardiesse irrésistible qu'il cultiva cette piété de l'âme et du cœur : « Tous raisonnements sont stériles et infructueux, si le cœur n'est gagné pour Dieu et c'est à quoi il faut travailler (3) », et