‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 96 sur 250 · I. Œ. C, VIII, p · texte numérisé non relu

I. Œ. C, VIII, p

mortelle. C'est là la relig-ion véritable que de se conserver sans tache au milieu du siècle ( i ). »

Alors, comme aujourd'hui, les conversions ou les rechutes faisaient quelque bruit. Le moraliste chrétien, qui connaît les faiblesses des hommes, avertit son correspondant de ne point se scandaliser : « Voilà bien du bruit pour la chute d'un arbre sans racines et attaqué de tous les vents. Après tout, le monde n'a-t-il pas ses hypocrites de probité comme de dévotion.'' Les faux honnêtes gens doivent-ils nous faire conclure qu'il n'y en a point de véritables?... Que celui qui est debout tremble, de peur de tomber; que celui qui est par terre croupissant dans la boue, ne triçmphe point de voir tomber un de ceux qui avaient paru se soutenir. Notre confiance n'est ni dans les hommes frag-iles, ni en nousmêmes, aussi fragiles que tout le reste, elle est en Dieu seul qui est l'immuable vérité 12. » Il est, semble-t-il, question dans cette lettre à Mme de Gramont, de M. de Tréville, personnage considérable aux yeux de la société d'alors, et qui venait de retomber dans des habitudes mondaines après quelques années de retraite et d'austérités.

Le monde juge beaucoup plus des qualités extérieures, l'affabilité, la politesse, la bonté, que des vertus intimes et plus sérieuses, la piété, l'honnêteté, l'amour de Dieu. Sans rien sacrifier au monde des principes chrétiens, Fénelon ne croit pas qu'il faille mépriser le jugement des hommes. Le chrétien est le meilleur citoyen d'un royaume, les saints ont été les plus polis des hommes; ajoutez qu'il est difficile de lire dans le cœur des sentiments que la conduite quotidienne semble contredire : a Vous avez un air de légèreté et de vivacité que rien n'arrête. Il faut connaître à fond votre bon esprit et vos

Page 1