‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 97 sur 250 · I. (M. ( ., \'lll,p. 4.S::. — 2. Ibid., p · texte numérisé non relu

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sentiments pour se rassurer sur cette vivacité pleine de saillies. Riez tant qu'il vous plaira avec des gens sûrs et choisis, qui n'aient pas l'air de rire trop et qui sachent ne rire qu'à propos. Mais faites un personnage sérieux et mesuré. Promettez dans vos manières toute la solidité qu'on trouve quand on vous pénètre (i). »

Le monde n'applaudit que le succès, le vœ victis retentira souvent encore. La foule ne sait saluer que les drapeaux victorieux. La scène du retour à Rome des vaincus de Cannes ne s'est pas souvent reproduite. Les frères de la comtesse de Gramont soutinrent Jacques II en Irlande ; ils échouèrent en quelque occasion particulière, furent blâmés et encoururent une disgrâce à Saint-Germain. La comtesse fut piquée et outrée dans sa tendresse et dans son orgueil; elle s'y retrouva tout entière avec « son humeur hautaine, injuste et révoltée s.Fénelon lui écrit : « Hélas! Madame, qu'attendiezvous des hommes? Vous ne les connaissez donc pas? Ils sont faibles, inconstants, aveugles; les uns ne veulent pas ce qu'ils peuvent, les autres ne peuvent pas ce qu'ils veulent. La créature est un roseau cassé, si on veut s'appuyer dessus, le roseau plie, ne peut vous soutenir et vous perce la main (2). » M. Sainte- Beuve (3) appelle cela « les touches énergiques » de Fénelon.

Pourquoi se plaindre, outre mesure, des vices du monde? « Laissez couler l'eau sous les ponts ; laissez les hommes être hommes, c'est-à-dire, faibles, vains, inconstants, injustes, faux et présomptueux. Laissez le monde être toujours le monde, c'est tout dire : aussi bien ne l'empêcheriez-vous pas. Laissez chacun suivre son naturel et ses habitudes, vous ne sauriez les refondre, le plus court est de les laisser et de les souffrir. Accoutu-

I. Œ. C, VIII, p. 507.— ::. Ibid., p. ooi. ■\. Causeries du Lundi, tome X, p. 27.

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mez-vous à la déraison et à l'injustice (i ). » — Est-ce Philinte qui parle? Non, car ces maximes accommodantes ne condamnent que le zèle amer, l'aigreur, le dépit ; elles n'expriment pas l'insouciance, mais la charité toute pratique et le bon sens. Cette connaissance profonde de l'humanité ne rend pas Fénelon triste et morose ; le christianisme lui explique la théorie du mal sur la terre; l'homme, faible par lui-même, n'est grand que par Dieu, et les misères humaines n'ont eu de Jésus qu'un soupir de pitié. Dans sa conduite ])ersonnelle, l'archevêque de Cambrai mettait en pratique les conseils qu'il donnait avec tant de charité. Un homme considérable, ami de Destouches, avait offert sa fille à l'un des neveux de Fénelon ; le lendemain de la mort du duc de Bourgogne, cet homme se dédit et retire sa promesse, Fénelon ne s'en étonne point; il ne blâme point ce père si attentif au solide établissement de sa fille; il le loue et le remercie même de la netteté de son procédé : a Pour votre ami, écrit-il à Destouches, je vous conjure de ne lui savoir aucun mauvais gré de son changement ; son tort est, tout au plus, d'avoir trop espéré d'un appui fragile et incertain;... quiconque ne passerait pas de telles choses aux hommes deviendrait misanthrope; il faut éviter pour soi de tels écueils dans la vie et les passer facilement à son prochain. )i Admirable et sereine ou du moins tranquille disposition ! Fénelon connaît à fond le monde et les hommes.

Ne croyons pas que la direction de l'archevêque de Cambrai soit uniforme et abstraite, parce qu'elle est soumise à quelques principes constants : amour de Dieu, soumission, mort à l'esprit, renoncement, amour de^

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