Cf. Lettres XXXV, p. 87 et n. 3, XLII, p. nVet n
2. Sur ce genre de formule quiétiste, cf. Lettre VII, p. 3o, n. i.
est une souplesse in&nic^ Tant que vous ne faillirez pas en cela, vous marcherez, sans que rien vous fasse tomber. Il y a des déiauts accidentels et passagers. Ceux-là, quoiqu'il vous fassent chopper, ne vous arrêtent pas, parce qu'ils, ne sont point subsistants : comme, par exemple, une parole dite avec précipitation. L'habitude de la raillerie et l'envie de plaire^ vous nuiraient plus. Ce n'est pas pourtant que cette envie, quand elle n'est que dans le sentiment, sans que vous fassiez rien pour cela, ne vous soit un exercice, mais elle n'est pas un mal. Je dis donc, que les défauts passagers ne vous nuiront pas, pourvu que vous ne vous arrêtiez pas un moment à les regarder, et que vous vous serviez d'eux, pour courir plus fortement par l'oubli de vous-même et l'extrême souplesse. Il en doit être comme d'une personne, qui court dans un chemin, et qui rencontre des petites pierres, qui, à la vérité, la font broncher, mais qui n'interrompent point sa course, pourvu qu'elle ne s'amuse point à regarder ce qui l'a (ait broncher. Rien n'empêche tant, que de s'arrêter à voir, à considérer, à douter si l'on est dans le chemin, à entrer dans un autre, parce qu'il parait plus battu. Celui qui court toujours sans pensera la course, arrive enQn heureusement. Dieu sait à quel point il me fait être à vous en lui seul ^.
1. « Cet état passif.... ne renferme qu'une paix et une souplesse infinie à se laisser mouvoir. » (^Explication des maximes, édil. cit., art. XXX, vrai, p. aïo); cf. plus loin. Lettre de Fénelon à Mme Guyon, du aS septembre 1689. p. 279.
2. tt Jamais homme n'a eu plus que lui la passion de plaire, et au valet autant qu'au maître » (Saint-Simon, Mémoires, édit. Chéruel, i3vol. in-i8. Paris, Hachette, t. VII, 1872, p. 274).
3. On notera la ressemblance entre les formules d' « à Dieu » des lettres de Mme Guyon et celles que Fénelon affectionnera plus tard en écrivant à ses dirigées. Cf., par exemple. Lettre à la comtesse de Montberon daii février 1708, t. VIII, p. 691, rf. : « Dieu sait... de quel cœur il me fait être à jamais tout à vous », etc. — Le caractère didactique de cette lettre à principes généraux permet, je crois, de la placer dans le» premiers mois de la Correspondance.
L'âme arrivée à la parfaite simplicité, et qui a outrepassé loiitmojeii*, ne trouve que Dieu seul. Tout ce qui n'est point lui-même, quelque (çrand et relevé qu'il paraisse, la gène et l'embarrasse. Tout ce qui se voit, s'entend, se pratique, n'est point ce qu'il lui faut.
Il ne faudrait pour elle que le repos du Seigneur et l'entière ce.ssation de toutes clioses. Celte ânie vivrait contente, quand tout serait détruit: et quand tout usage de la religion lui serait interdit, elle ne trouverait pas qu'il lui manquât rien. Il parait à cette âme. réduite en unité et dans l'entière simplicité, que tout ce qui la concerne, même ses défauts, ne mérite plus son application, qui la détournerait de sa. dernière fm, dans laquelle elle trouve que toutes actions' sont finies et réduites dans leur principe.
Il lui semble nicme que la puritication commune et générale n'est plus pour elle, et que Dieu seul peut consumer en elle tout défaut et loulc dissemblance, ce qu'il fait assurément, car il n'en peut soulfrir aucun. Ce qui parait défaut aux hommes, ne l'e^t pas toujours devant Dieu ; au lieu que ce que l'on prend souvent pour justice et perfection, est réprouvé de lui. C'est lui qui cboisit le bien et le mal.
Tout autre moyen de purification ne convient pas à cette àme. Toutes les âmes conduites par les dons surnaturels sont oi-dinai rement éprouvées par les démons. Il
Cafte lettre est très imporUnb an point de vue religieu
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n'en est pas de même des âmes conduites en foi : leur épreuve paraît n'avoir rien d'extraordinaire, et être toute naturelle, elle fait beaucoup plus mourir que la première épreuve des âmes conduites par les dons, d'autant que l'épreuve doa premiers leur sert de soutien Nous ne pouvons jamais par nos soins, et même par l'assiduité à retrancher tous les mouvements de notre propre vie, nous causer la mort intérieure. Nous pouvons bien amortir l'extérieur, mais l'esprit vivra même de cette application. Il n'y a que la sortie de nous-mêmes, qui puisse véritablement porter le nom de mort. Dieu tolère plu lot de gros défauts extérieurs, qu'il corrige dans la suite par l'activité de son amour, que la moindre résistance ou le plus petit empêchement à l'étendue de son domaine dans l'âme. Plus Dieu est libre en nous, plus il nous donne son esprit sans mesure.
C'est la gloire, qu'il prétend en nous, que de voir tous les ennemis comme les escabeaux de ses pieds, c'est-àdire de voir terrasser en nous tout ce qui s'oppose à son empire ; aussi est-il écrit : Le Seigneur dit à mon Seigneur^ asseyez-vous à ma droite *, comme pour nous apprendre que cet Esprit demeure en lui-même, et ne se répand en nous avec plénitude, qu'autant que tout lui est assujetti dans nous. Mais qui est-ce qui assujettit tout au Fils, sinon le Père, puisque c'est lui qui réduit ses ennemis à être l'escabeau de ses pieds ?
Je donnerais ma vie afin que la personne que j'ai l'honneur de connaître ne donnât aucune borne à l'esprit de Jésus-Christ. Pour continuer de lui parler dans ma simplicité, Notre-Seigneur me paraît lié dans son âme, et qu'il n'est pas libre d'y opérer tout ce qu'il lui plaît. Gela me fait souffrir une peine intérieure très forte. Sitôt qu'il donnera tout pouvoir à Dieu en lui, mon âme sera