I . Par la petite vérole
a. Allusion probable à une poésie de Mme Guyon ; cf. Poésies et cantiques spirituels, édit. de 1790, t. III, n» XIX. p. 29 : « Nécessité et sûreté du mépris de soi » :
Que j'ai d'horreur de la beauté I Elle rendrait mon âme vaine :
Ma laideur fait ma sûreté.
Aussi n'en ai-je point de peîtie.
Je la regarde comme un bien, Qui me fait cacher en mon Rien.
détruit de la sorte, que pour me faire perdre toute envie d'y retourner,
Dieu sait si j'ai envie que ion me croie, ni que l'on suive mes avis. Si je pouvais disposer de moi-inéme. avec quel plaisir me déroberais-je à la vue des hommes? Mais lorsqu'on me fera parler, je ne dirai jamais que la
I . Fénelon a développé plusieurs fois celle idée avec une éloquenco ardente : cf. /Bilrutl.onj, XXII, t. VI, p. n5, 9 : ^ On dit qu'on ne lient i rien, et on est cffrajé des moindres perles ; on veut roua posséder, mai» on ne veut point se perdre, pouc ilre possédé par vouB.ele » ; cl XXIV (Id., p. J1^. d= Uttred Mme de MainUnoa du 1 fiirier legï. t. VIII. p. ^97) : u On croit que tout se renverse. ■ quand loul commence à aeloblir solidement et à se puriBer, On veut bien que Dieu fasse de nous ce qu'il voudro. pourvu qu'il en Tosao toujours quelque chose de grand et de parfait... Quelle chimère de
vérité, mais vérité aussi certaine que la souveraineté de Dieu est infaillible. Je me rapporte à votre expérience. Je n'ai pu écrire à Monsieur votre neveu * davantage que ce que j'écrivis hier. Je viens de la Messe ; Ton a dit rÉpître du sacrifice d'Abraham^.
Dieu a voulu en peu de temps vous faire comprendre par expérience : et ce qu'il peut, est, et opère en vous ; et ce que vous êtes ; et ce que vous pouvez par vousmême.
La disposition de votre retraite est l'état où Dieu vous veut continuellement ; et vous n'aurez jamais la lumière pure et nette sur ce qu'il veut de vous, que vous ne soyez dans cet état de dépendance continuelle à l'esprit du Verbe, qui vous a appelé, pour être votre vie. Vous n'avez garde d'avoir goûlé jusqu'à présent la délicatesse de sa pure opération, puisque vous l'avez toujours extrêmement mélangée de la vôtre, ne vous tenant jamais ferme et invariablement attaché au conseil que l'on vous a donné sur cela. Combien de fois avons-nous éclairci cet article, où je vous ai dit, que lorsque Dieu opérait» il fallait quitter tout opérer * pour le laisser faire ? Non seulement vous ne mourez pas à cette activité intérieure (ce qui est un effet de votre crainte, et la source du peu
1 . Il s'agit sans doute ici de François de Salignac, marquis do La Mothe-Fénelon, neveu de Tarchevéque de Cambrai, et père du marquis de Fénelon, qui sera le pieux éditeur de son oncle et 'le défenseur de la mémoire de Mme Guyon.
2. Cette épître (Hébr., XI, 8-3o)était Ibe dans le diocèse de Paris le lundi de la Quinquagésime. La lettre, étant de 1689, se trouve ainsi datée du 21 février.