‹ Fénelon documents nouveaux et inéditsChapitre 123 sur 350 · T. II, Lettre LXXX (jusqu'au paragraphe 8 inclusivement · texte numérisé non relu

T. II, Lettre LXXX (jusqu'au paragraphe 8 inclusivement

A. Sur cet emploi de l'infinitif substantif, cf. Lettre X, p. 38.

sonne que Dieu attire à sa prt-sence.

Je suis ravie qu'il vous ait fait connaître que l'oraisoi» • de simple exposition' est celle qui vous convient, car cela est assurément; mais vous ne vous arrêtez point fiiement au conseil, parce que vous vous conduisez non par la foi, mais par le goût, la connaissance et l'assurance. Tant que vos lumières et votre goûl vous confirment ce que l'on vous dit Ifi-dessus, vous y entrez : mais, silàt que la sécheresse s'empare de votre cœur, et l'incertitude de votre esprit, vous crojeï devoir trouver dans vos efforts les assurances que vous ne trouvez pas dans vos

Croyez-moi donc, je vous en conjure, et laissez-vous «ne bonne lois à cela. Il faut lire pour vous recueillir, et non pas pour vous former un sujet ' ; et du reste, exposez-vous simplement devant Dieu, pour y Hre. ou dans l'obscurité, ou dans la lumière, ou dans le ^oût de la présence, ou dans la sécheresse. Tout doit être égal à celui qui, ne voulant rien pour lui-même, veut Dieu pour Dieu. Ceci est relevé ; mais, quoique cela ne soil pas en vous, vous y éles appelé. Cessez donc >olre activité du côté de Dieu, afm de faire place à son Esprit; et employez-la contre vous-même, pour mourir eRîcacement par tous les événements de la divine Providence, qui vous fourniront tout ce qui vous est néces:<airc pour vous détruire vous-même, qui êtes vivant encore. Mais, si vous ne

I. Mme Gujon cipliquera pli» loin (Latin CXIU, p. 391 et n. &> 00 qix'eit telle oriimn.

1. Ei/>[iealiiwi des Maiima, art, XX, ïr«i, édil. cit., p. 161 : ■ QuiDd le recueillement nous fuît tomber le livre il» maîni, il uj ■

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H Uyret n : cf. encore Lettre XXXVII, p. 93.

enseigne pat

tenez pas la conduite que je vous marque,, tous vos efforts seront employés à empêcher Tétendue de l'Esprit de Dieu en vous, et non pas à vous détruire vous-même. Accoutumez- vous à aller par Finconnu et par la foi, et non par le sentiment ; et vous irez bien, car c'est le seul moyen de laisser écouler l'Esprit du Verbe dans votre âme.

Je ne m'étonne pas de vos échappées et de votre sensibilité sur les croix* ; cela vient de deux causes: la première, de ce que, marchant trop par le sensible et l'aperçu, et ne donnant pas assez de lieu à la mort intérieure, vous êtes vivant en toutes choses ; la seconde est, que, comme la mort des sentiments intérieurs est la source de la mort des sentiments~extérieurs, votre mort extérieure ne peut point surpasser l'intérieure. Le découragement ne vient que de votre amour-propre, et du fonds que vous faisiez sur vous-même et sur l'acquisition de la vertu: car celui qui ne présume rien de soi, ne se décourage jamais, quoi qu'il arrive, parce que, n'attendant rien de soi, mais de Dieu seul, il ne s'étonne point des échappées de la nature, car c'est son propre ; et, étant persuadé que Dieu seul peut le garder, et qu'il n'est nuUenient obligé de le faire, il lui a une obligation infinie, lorsqu'il le fait, et se supporte en patience 2, lorsqu'il le laisse à soi-même.

Vous n'êtes point déchu, car le fond que vous éprou-

I. Fénelon, Manuel de piélé, V, t. VI, p. 67, rf : « Mon Dieu, je parle magnifiquement de la croix, et je n'en veux connaître que le nom. » Lettres spirituelles, t. VIII, p. 555, g : « Je frémis à la seule ombre de la croix. » Cf. surtout id., id., p. 5G5, d : « Je ne puis m empêcher d'admettre la vertu de la croix : nous ne valons rien que par elle, hlle me fait frémir, et me donne des convulsions dès qu'elle se fait sentir ; et tout ce que j'ai dit de ses opérations salutaires s'évanouit dans l'agonie, où elle met le fond du cœur. »

3. Fénelon, Le/ire au marquis deBlainville duaS août 1697 : «Ilfautsc supporter patiemment soi-même sans se flatter » (t. VIII, p. 5i5, d) ; cf. encore Explication des Maximes, art. XII, vrai, édit. cit., p. 108-109.

échappées, que pour vous faire voir ce que voua files.

Vous ne |X>uvez être jamais dans l'illusion, tant que voua suivrez avec soumission l'Esprit de Diou pour le dedans, et tant que vous travaillerez à mourir à vousmême, soit par la lidélité à vous renoncer incessamment vous-même, ou en vous laissant détruire et humilier par les événements de la Providence, par vos défauts, et par lo fond de votre naturel, qui n'y contribuera pas peu.

Éviter plus que la mort le décourajrement ; et quand Dieu vous précipiterait dans le plus profond de votre corruption, il faudrait toujours tenir la même conduite à son égard, et avoir une patience infinie avec vousmême. 11 y a bien d'autres misères à éprouver. C'est pourquoi il faut faire bonne provision de fidélité et de courage. Entrez donc tout de bon en ceci ; sans quoi, vous serez toujours enfoncé en vous-même, vous travaillerez beaucoup et vous avancerez peu ' .

Je suis toujours plus convaincue des desseins de Dieu sur vous^.Voas ne sauriez aller trop simplementaveclui; C'est ce qu'il veut de vous. Il ne demande pas vos œuvres, mais votre obéissance. Je vous prie en son nom de ne point examiner trop scrupuleusement vos fautes, mais de vous laisser tel que vous éles. Dieu ne manquera pas de vous faire sentir ce qui lui déplaira ; mais ce qu'il ne

I. Celle IbUtc cl lu prcctdcnle répondeiit à des Ictlres de Fénclon

1 r. m, uttreciii, p ihi-n.

3 Ci rrogment d^1ut□bit>Eraphio, p- â-

S6 FÉNELON ET M"« GDYON

vous fera pas voir lui-même, ne le cherchez pas. Votre volonté est droite, et comme il la désire. Soyez assuré que tout ce qui n'est pas volontaire ou opéré par rapport à nous, n'est pas obstacle, quoique ce soit une faiblesse ou imperfection. Ces derniers défauts servent beaucoup plus qu'ils ne nuisent. Des personnes, qui paraîtront extérieurement sans défauts, parce que leur prudence ajuste tout, ou même souvent la vue et Tamourde leur perfection, ne seront loujours pas selon le cœur de Dieu. Il veut être votre principe, comme il est votre fin ; et il vous veut tellement tout à lui, qu'il n'y ait rien qui vous soit propre, nul intérêt de temps ni d'éternité.

Dieu ne demande rien autre chose de vous ni de toutes les créatures qu'il veut pour soi, que cette volonté droite, toujours exposée sans retour à la volonté divine, qui seule peut rendre féconde la volonté de l'homme, comme nous voyons une terre exposée continuellement au soleil recevoir dans son sein les plus riches trésors de la nature, sans qu'elle y contribue autrement que de sa simple exposition au soleil et par sa capacité de devenir féconde. si je pouvais expliquer ce que je conçois làdessus, et comme tout autre travail pour nous n'est point ce que Dieu veut ; qu'il renversera même avec plaisir les idées de perfection que vous pourriez avoir, parce que l'unique plaisir qu'il veut prendre en vous, est que vous lui laissiez tout faire ! 11 vous salira quelquefois pour avoir le plaisir de vous purifier ; et ce qui vous étonnera le plus (sans vous étonner cependant), est qu'il ne vous paraîtra pas moins didicile de vous-salir, que de vous purifier. Car il est presque impossible à une âme que Dieu tient fortement en sa présence, de se détourner de Dieu. Tout détour de Dieu est une saleté. Dieu ne nous salit point autrement qu'en nous éclairant, comme lesolçil ne salit pas l'air, pour en faire voir les atomes. Souvent le même soleil d'un même rayon purifie sur la terre les

avoir rendu nets.

EnQn, sans regarder les choses dans leurs effets, ni autrement que dans leur source, restez abandonné à Di«u, et que votre volonté reste droite envers lui et souple SQu9 lui. C'est l'unique chose qu'il veut de vous'.

Deux choses appartiennent à la volonté ; la première est la souplesse, qui la meut incessamment selon tous les vouloirs divius. la seconde est ce qui l'emplit et lui sert d'aliment.

Il y a des âmes qui ne se laissent jamais assez manier par le divin vouloir. Celles-là sont pour l'ordinaire réti-écies : et c'est l'article sur lequel on a plus de peine k se rendre : c'est ce qui arrête presque tous les hommes, et les empêche de poursuivre la route qu'ils ont embrassée : surtout lorsque les volontés de Dieu paraissent répugner à leur raison, et combattre des idées qu'ils s'étaient faites de la perfection '.

Ce qui arrête encore est que, dans les âmes bien mortes et bien nues, la volonté de Dieu est délicale. età moins d'expérience, si ce n'est que la résistance ne mette dans un état violent, elle parait à l'âme une volonté qui lui est propre: en sorte qu'elle se dit souvent, que ce n'est point Dieu qui veut en elle, ou par elle ; que c'est elle-même qui veut et se donne cette volonté ; et c'est

I. Cf. Lettre \, p. îg-tio : « L'easenlicl de votre eut est uns son-

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