Cf. Lettre XXI, p. 64 et n
h- Cf, Lettre XVI, p. 53 et n. i.
92 FÉiNELON ET M-"» GUYON
moins à craindre que votre esprit ne s'amuse à ce que goûte votre cœur.
Vous ne devez pas vous gêner pour lire * : Dieu vous donnera par lui-même la manne cachée, et ii me semble que mon ame vous en dit plus que tous les écrits. Ne vous gênez point, et ne lisez jamais, lorsque votre fond y répugne ; car Dieu veut de vous une liberté entière et infinie.
Il est impossible que l'âme abandonnée à Dieu puisse vouloir haïr Dieu : elle consent à sa perte par le plus grand excès d'amour qui fut jamais ; et cet acte d'amour, le plus héroïque de tous, exclut absolument la haine de Dieu ; mais c'est que, lorsque Dieu prive l'âme de tous les soutiens, et qu'il la jette dans un enfer temporel, elle n'est nullement en état de faire ces discernements ; elle ne trouve en soi que la privation de tous les biens et l'assemblage de tous les maux, qui lui font voir sa perte inévitable ; alors, par une grâce autant forte que cachée ■^, renonçant à tout intérêt quel qu'il soit, sans nulle réflexion (dont elle n'est alors nullement capable), elle consent, adore, se soumet, et aime le décret éternel de Dieu sur elle, se contentant d'être éternellement la victime de la justice de celui qu'elle aime au-dessus de tout intérêt. Cet acte est le plus héroïque qui se puisse faire ; et non seulement il exclut absolument la haine, mais même toute dissemblance ou répugnance de ce que Dieu veut de nous et pour nous. L'enfer n'est pas fait pour de telles âmes : elles en feraient fuir les démons ; mais, comme je dis. Dieu, qui exige d'elles cet acte d'amour parfait, ne leur permet pas de raisonner là-dessus ^ : c'est
1 . Le Pentateuque et les autres écrits de Mme Guyon ; cf. le passage de V Explication des Maximes, cité plus haut (Lettre XVI, p. 53, n. 2).