‹ Fénelon documents nouveaux et inéditsChapitre 169 sur 350 · Jean, I · texte numérisé non relu

Jean, I

2. Cf. Fénelon, Lettres à la comtesse de Montberon du i" janvier 1706 et du 7 juin 1709, t. VIII, p. 672, d et 701, g : « L'opération détruisante » de Dieu.

3. C'est-à-dire: en vous laissant conduire par Dieu; cf construction analogue, fragment d'autobiographie, p. 7 et n. 2 : a Me laisser posséder à Dieu. »

les premiers mouvements sont de la nature, et, dans les •choses qui choquent cette même nature, c'est toujours (je dis toujours) elle qui se présente la première ; ainsi, les premiers mouvements sont à éviter ^ 11 n'en est pas de même de ceux de la grâce, ou plutôt, il en est de même. Tout ce qui regarde le choix et la délibération dans une personne déjà bien à Dieu, qui est ou bien morte ou bien éteinte, c'est toujours Dieu qui paraît ; et la première pensée, ou plutôt un simple penchant, un instinct d'une chose, est de lui. Il conduit avec autant d'amour <|ue de sagesse l'homme qui veut bien s'en fier à lui.

Vous voyez bien, qu'afinque Dieu agisse puissamment, et que l'âme se laisse conduire nûment, il faut une extrême souplesse, pour perdre toute conduite de la raison. Comptez donc, s'il vous plaît, qu'il faut vous accoutumer à marcher, non par la conduite de votre esprit ni de lai raison, mais par la volonté de Dieu, qui doit donner la pente à tout. Chez vous, c'est la volonté, et non l'esprit qui doit faire le choix. Or, votre volonté étant aveugle, ane volonté clairvoyante (qui est celle de Dieu) doit donner tout le branle à la vôtre (tant pour l'extérieur que pour l'intérieur) ; car il faut savoir, que la conduite extérieure doit être conforme à l'intérieure ; sans quoi, nous serions comme ces animaux amphibies, tantôt dans l'eau pure de l'opération divine, tantôt sur la terre de notre raisonnement.

Toutes les personnes qui sont conduites par les lumières et illustrations 2, où toutes les opérations se

1. Cf. Lettre LXVII, p. 166 ; « Mes premiers mouvements ne sont point de grâce »; cf. encore Lettres XLV, p. 119 et n. 4, etc.

2. Visions intellectuelles ; cf. Bossuet, Instruction sur les états d'oraison, Traité I. Livre VII, § 3, édit. Lâchât, t. XVIII, p. Bao : « Telles sont les illustrations de l'entendement et les pieuses affections de la volonté, qui se font en nous sans nous » ; cf. plus loin. Lettre LUI. p. i34, etc. Le mot avait déjà été employé par Fénelon (^Réfutation du système du P. Malebranche, chap. xxxiii, t. II-, p. i49i d).

ilO FÉNELON ET M»»* GUYON

font dans Tesprit, et où les brillants, le distinct * et l'assuré sont la conduite principale, vont comme vous dites que vous faites à présent. Quand leur esprit n'est pas éclairé tout à coup d'une lumière de possession, où ils voient à découvert le résultat de leur pensée, ils se servent de leur raison ; et ils font fort bien, car, l'un leur manquant, ils doivent recourir à l'autre. Il n'en est pas de même de vous. Monsieur, qui êtes conduit en foi et en obscurité, et dont le principe de tout ce qui vous doit mouvoir est dans la volonté : il faut marcher par l'aveuglement de l'esprit, pour être conduit par la très pure et sûre lumière de la foi. Les premiers possèdent leur voie et la discernent, ce qui pourtant ne leur en fait pas toujours éviter les mauvais pas ; c'est pourquoi, leur voie est la moins sûre, quoiqu'elle paraisse l'être davantage, parce qu'ils voient leur chemin ; mais l'aveugle dont nous parlons^, sans examiner ni route, ni sentier, est conduit (quoique sans nulle certitude apparente) très infailliblement, parce que le Tout-puissant le conduit lui-même, et souvent le porte entre les bras.

De là, il vous sera aisé de conclure que vous devez être cet aveugle, et marcher avec autant de liberté que de confiance, persuadé que votre guide, autant charitable qu'il est infini ^, vous fera éviter les écueils, et posera des pierres carrées ^, pour vous faire marcher le chemin qu'il veut que vous teniez. Il ne sera peut-être pas toujours conforme à vos vues et à vos inclinations, et peut-être vous plaindrez-vous quelquefois avec le Prophète ^, qu'il environne votre chemin d'épines, qu'il en bouche les avenues ; mais, si vous êtes fidèle à ce que je vous dis, qui est d'une extrême étendue et d'une très

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