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T. IIJ, Lettre à Hauteur, p

4. Tout ce prcinicr paragraphe répond à la question posée dans la lettre prf'c/;dfrnle nous iinc forme nouvelle (p. i4o): « On veut seulement «avoir *i Jésus-Christ et Bélial peuvent subsister ensemble, le |>é<-l>é .'jvjc l'auiour, tel cpM? nous l'avons décrit. »

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une personne qui la craint, qui se défie d'elle-même, qui a le témoignage d'une intention droite, pure et (Simple; qui marche parle chemin de la foi toute nue 'et toute obscure, ne trouvera que Dieu, parce qu'elle outrepasse tout autre objet distinct *. Voilà ce que je crois qu'il faut faire entendre à ces âmes peinées. Doivent-elles être surprises de leur doute sur leur état, puisqu'elles savent depuis si longtemps que c*est par l'épreuve de ces doutes si douloureux que leur état même se doit consommer? Je sais bien que, quand on n'est pas dans la peine, il est aisé d'exhorter les autres à la surmonter ; mais Dieu fera tout. Celui qui me donne cette bonne pensée, donnera aussi facilement l'exécution à l'âme fidèle. Vous, qui avez passé parle creuset^, vous pouvez sur votre expérience parler plus efficacement que tout autre à ces personnes qui y sont et ont besoin d'être consolées^ . J'éprouve d'un jour à l'autre une inégalité ^ prodi-

I. Autre maxime empruntée à saint Jean de la Croix (cf. déjà Lettre du 3o avril 1689, p. laS); cf. Explication des Maximes, art. VIIÏ, vrai, édit/ cit., p. 65 : « II- ne faut point s'arrêter à ces lumière» e^K^aordinjQres, jnais les outrepasser^ comme dit le bienheureux Jeusi de la Croix, et demeurer dans la Foi la plus nue et. la plus obscure. }> Cf. en effet Jean de la Croix, Œuvres complètes, trad, cit., Montée du Monl'Carmel, livre II, chap. x.vii, p. 67-68 ; Exposition des Cantiques, § ai, p. 809-10; Table des matières. Méditation,' ^. 445 : « Lfes èx«rciees de la Méditation se doivent prendre' de telle sorte qu'on ne s'y arrête pas, mais oa doit passer outre. » — ' Cette n^axime est souvent reprise par Fénelon daùs ses Lettres spirituelles, t. VIII, p. 447, g, A 49 g» 562, d, 71 3, d, etc. ; cf. encore plus loin, Lettres du a 6 juillet 1689, P' ^^^ et n. I, du 16 octobre, p. 294 et n. i.

3«'Mêmi^ loétaphore, Instmetiàns, XXI, t. VI, p.. 118, ^ ; Lettres spirituelles, X.\ m, p. 587, d,

3. « L'expérience de cette inégalité est' une profonde leçon » (^Lettres spirituelles, t. VIII, p. 565, d).

gieuse dans Fintérieur. J'ai quelquefois des distracr tions inconcevables ; mais elles me fatiguent, sans me décourager. Il me semble que mon discernement, pour distinguer dans mes fautes ce qui est volontaire d'avec ce qui ne l'est pas *, augmente beaucoup. Souvent une action qui paraîtrait irrégulière, me paraît innocente dans sa source. Souvent je m'aperçois d'un mouvement naturel et d'une certaine propriété maligne dans des actions qu'on croirait bonnes ; mai^ tout cela se voit sans s'arrêter.

Plus vous avancerez dans Tintérieur, plus vous éprouverez de vicissitudes ; et c'est par ce continuel changement de disposition, que la foi croît et s'établit dans l'âme. Les plantes ne croissent et ne fructifient sui* la terre, que par la différence et le changement des saisons. C'est à la faveur de l'obscurité, des distractions de l'esprit, des sécheresses, etc., que la foi croît et se purifie. Le temps de l'obscurité est long et ennuyeux ; il ne le sera pas présentement autant que dans la suite, à cause de la diversité des dispositions, et que l'une soutient par son onction la sécheresse de l'autre, comme nous voyons une pluie nourrir et rafraîchir une terre aride.

Il n'y a rien du tout à faire, pour vous procurer une disposition plutôt qu'une autre, ni pour arrêter les distractions, car il n'y a que Dieu même, qui puisse fixer

I. Cf. Lettre à la comtesse de Montberon da 7 janvier 1708, t. VIII p. 688, d: « Vous 'apprendra- t-il à distinguer avec sûreté les sentiment inv4dontairês de jalousie d'avec la jalousie volontaire ? »

a. T. III, Lettre G, p. h^']»^.

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notre imagination ; mais il ne le fait durant le chemin de la foi, si ce n'est par intervarlles, parce que les distractions, servant à ses desseins, elles nous sont fort utiles ; et vous éprouverez dans la suite une chose, qui est que, . lorsque vous êtes sans distractions fatigantes et dans un . repos goûté, lorsqu'il n'y a rien à l'extérieur qui fasse diversion, l'on connaît son repos et l'on s'en occupe : ce qui est impur, quoique l'on ne puisse, ce me semble, rien faire pour s'en désoccuper ; ce qui n'arrive point, lorsque les distractions nous dérobent la vue de ce que Dieu fait en nous.

La lumière que vous avez est autant solide * qu'elle est utile, car il est certain que bien des fautes qui paraissent telles devant les hommes, ne le sont pas devant Dieu ; au lieu que des actions, regardées des hommes avec admiration, sont en horreur aux yeux de Dieu, à cause de la propriété dont elles sont corrompues. C'est pourquoi Dieu arrache tout l'acquis, et même l'infus, pour bannir de chez nous la propriété. Comptez, Monsieur, que quelque droite intention que l'on ait, il n'y a de pur que ce que Dieu dérobe à notre vue, soit par les sécheresses et distractions, soit par des épreuves plus fortes, qui sont la réelle expérience de nos misères. La lumière de la foi n'arrête point l'âme : vous connaîtrez même plus par l'expérience que par la lumière ^.

LVIIL - Mn^« GUYON A FÉNELON 3 J'ai songé à vous cette nuit bien singulièrement. Cela

I. Sur cet emploi de autant, cf. fragment d'autobiographie, p. C et n. I*

3. Cette lettre est la réponse ù la précédente ; toutes deux doivent dater du milieu de mai.

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