T. V, Lettre XXVIII, p
ne m'était point encore arrivé, depuis que j'ai Thonneur de vous connaître. Ce songe, qui m*a paru être de Dieu, m*a donné de la joie, parce qu'il m'a fait connaître, tant la pureté, candeur, innocence et simplicité à laquelle vous êtes appelé, et où vous arriverez sans doute, que l'intime et étroite union de votre âme avec la mienne, qui m'a paru le moyen, dont Dieu veut se servir, pour vous réduire à cette parfaite simplicité et innocence qu'il vous prépare * . Aussi cette prière se faisaitelle en moi, sans que j'y pensasse : Mon Père, qu'il soit un avec moi, comme je suis un avec vous^, et que tout se consomme dans l'unité parfaite. Dès hier, tout le jour, j'eus un renouvellement d'union avec vous, ce qui ne se fait jamais, que je n'éprouve une plus abondante grâce intérieure : c'est comme si Dieu me serrait plus étroitement des bras de son amour, et que de ces mêmes bras il vous serrât aussi ^, et j'ai compris, que la raison pour laquelle il vous choisit par dessus une infinité d'autres, est la docilité qu'il a donnée à votre cœur, qui ne peut être assez souple sous la main de l'amour, qui saura le plier à sa mode. Dieu veut de vous, à proportion de la raison et de l'esprit qu'il a mis en vous, quelque chose de simple et d'enfantin, qui réduit l'âme à la candeur et à l'innocence première, que la seule expérience peut faire comprendre. En même temps que je vous voyais et moi aussi, comme des enfants simples, qui jouions, et qu'en vous serrant contre mon cœur, je vous rendais toujours plus simple et plus enfant, plus pur et plus innocent, je voyais en même temps des gens pleins d'artifice et fausse sagesse, qui faisaient tous leurs efforts pour vous retirer de votre simplicité. Vous admiriez le con-
1. Sur ce songe, cf. le fragment d'autobiographie, p. 9, n. i. ,