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T. V, Lettre XXIX, p

5. Sur le sens de cette formule, cf. Lettre XXXVI, p. 89 et n. i.

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état; mais, autant que ma volonté s'éteint, je sens mes inclinations et répugnances involontaires, qui poussent de tous côtés, comme les feuilles des arbres au printemps. C'est dans le fond une volonté sèche, languissante et faible contre mes inclinations. C'est comme une place de guerre, dont les murailles seraient tombées, et qui demeurent ouvertes de toutes parts *. Ma sécheresse contre tout ce qui me déplaît augmente,, et je ne puis m'empêcher de laisser voir dans mon visage et dans mes tons je ne sais quoi de dédaigneux pour les moindres contre-temps, même à mes meilleurs amis. Je me sens un amollissement àfaire frayeur pour toutes les passions. Ce n'est pas que j'aie des tentations violentes ; c'est moi qui suis faible, sans que la tentation soit forte. J'ai de la répugnance à me mettre en oraison : quand j'y suis, les tentations sont grandes, et la sécheresse presque continuelle,, en sorte qu'il me semble que je ne fais rien ; mais,, dans le fond, je vois bien que j'y goûte un certain repos secret ; dans la journée, la présence de Dieu m'est moins facile : je serais tenté de vouloir courir pour la rattraper, mais je me contente de laisser, à chaque moment où je m'en aperçois, tomber toutes les distractions ^. Je suis persuadé par la seule

I. Lettres spirituelles, t. YIII, p. 6i3, d : « Nous sommes ouvertsde toutes parts par la sensibilité de nos passions. )>

a. Sur la formule même « laisser tomber », cf. Lettre YIII, p. 3i» n. 2 ; sur le fond de la pensée, cf. Lettre au marquis de Blainville du i»' juin 1689, t. YIII, p. 5 10, d : « Vous ne manquerez pas d'avoir beaucoup de distractions... il n'y a qu'à les laisser disparaître » ; cf> encore Instructions, XXX, t. YI, p. 187, d.

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expérience présente, que le goût du repos, et Toccupation que l'âme en a, est un retour de propriété* très dangereux. L'âme se retarde elle-même par tous les moyens dans lesquels elle s'appuye. Je comprends que, pour être f\dèle, il ne faut prendre les moyens que comme des épreuves de notre fidélité, et comme des assujettissements, par lesquels il faut passer, pour suivre l'ordre de Dieu, mais point comme de vrais appuis. Le goût du repos est un des moyens dont Dieu devient jaloux^, après s'en être servi pour nous attirer. Malheur à qui s'amuse dans les dons, et qui fait des dons de la grâce, ce que les grands pécheurs font des dons de la nature. La sagesse trop humaine me devient un embarras : je ne puis ni y trouver la paix, ni m'en dépouiller ; elle est comme des entraves à mes pieds. Ce 25 mai 1689.

Comptez que Dieu ne vous a rendu fort que pour vous rendre faible, et que les endroits où vous vous êtes le plus soutenu, ce seront ceux où vous serez le plus affaibli. Notre-Seigneur dit que le S. Esprit convaincra le monde de justice, parce qu^il s'en va à son Père *, voulant par là

1. Instructions, XXIII, t. VI, p. i25, d: « les retours de propriété qui salissent rame. »

2. Id.f XXII, t. VI, p. 123, d : « Il (Dieu) est même jaloux de ses dons » ; id., XXXII, t. VI, p. 1^2, b : u Dieu est plus jaloux de ses dons les plus excellents que des choses les plus communes. »

3. T. III, Lettre LV, p. 2l\^ ; le dernier paragraphe, t. V, p. 278, '1. Jean, XVI, 8-10.

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nous enseigner que toute la justice consiste à tout ren^ vover à Dieu.

J'étais actuellement occupée de vous. Monsieur, lorsque j*ai eu de vos nouvelles \ et j'éprouvais, ce me semble, votre état de dénûment, qui vous sera toujours très avantageux, le don de la foi vous ayant été donné d'une manière très éminente. Unissez-vous quelquefois à un cœur que Notre-Seigneur vous a donné pour vos besoins, — vous le connaîtrez un jour, et je vous le dis simplement. Ce 26 Mai 1689.

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J*ai fait cette nuit un songe ^ qui m'a bien consolée. 11 vous donne de quoi rire de ma simplicité à dire des choses; mais qu'importe ! il faut que vous deveniez un jour aussi simple que moi. Plus vous êtes sage, plus vous serez simple et petit, supposé la fidélité à cesser d'être grand homme, pour devenir petit enfant. Il m'a semblé qu'il y avait une vallée d'une profondeur extraordinaire. Vous étiez presque sur le haut. Vous veniez du haut en bas. 11 y avait quelques personnes, mais en* petit nombre, qui montaient avec bien de la peine l^montagneque nous descendions ipournous, nous étions assis, et nous ne faisions rien autre chose que de nous laisser couler en bas ; je vous tenais fortement, ayaqt passé ma main gauche derrière vous, d'une manière que je vous embrassais; et je sentais môme en dormant que mon cœur penchait vers le vôtre, et semblait vouloir attirer le vôtre à soi.

I . Par la lettre précédente, à qui celle-ci répond. 3. Tome V, Lettre XX.X, p. 374-8.

3. Sur ce second songe, qui suit l'autre de près (Lettre LVIII, p. ]45), cf. fragment d'autobiographie, p. 9 et n. i« /». Texte de Dutoit : un.

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Vous me disiez que vous éprouviez une douce correspondance*. Vous me disiez même d'une manière très contente : il ny a rien de plus doux au monde. Ce qui était extraordinaire à cette vallée, est qu'elle était faite en sillons comme par degrés. Cela facilitait ceux qui montaient ; cela devait, ce me semble, nous arrêter, puisque nous ne faisions d'autres mouvements, que de nous laisser' couler en bas, étant assis, comme je vous l'ai dit, d'une manière presque imperceptible. Ce qui faisait que les sillons ou degrés ne nous arrêtaient point et ne faisaient nulle violence à la douce pente, qui nous entraînait en bas, c'est que cette vallée était flexible et qu'elle prenait elle-même le mouvement, qui était nécessaire pour faciliter notre descente, et se baissait par endroit, comme les ondes de la mer ; et cela nous faisait couler toujours plus dans le fond. Une des personnes qui montaient la montagne (c'était une femme) vint vous parler, et elle vous arrêta et empêcha de descendre tout le temps qu'elle vous parla, empêchant même le mouvement de la vallée ; et je fus aussi arrêtée avec vous, et il me fut donné à entendre que, comme je ne descendais que pour vous, je serais arrêtée tout autant de temps que vous le seriez ; que c'était la diflerence, quand je l'avais passé pour moi, que ma seule infidélité m'arrêtait : mais qu'en la passant, pour la faire passer aux . autres, je ne pouvais avoir d'autres mouvem^ents que les leurs, et c'est de cette sorte que nous arrêtions le mouvement de Dieu en nous. Cela me faisait étrangement soulTrir. Lorsque celte femme se fut retirée, je vous serrai plus fortement et nous retrouvâmes notre pente. Je vous dis ; mon enfant ! (ce sont les termes) que vous m avez fait souffrir tout le temps que vous avez été arrêté avec cette femme ! Vous me répondiez : j'ai aussi beaucoup souffert, car fêtais déplacé et hors de pente, mais

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