T. V, Lettre LXXX, p. /i
/i. Sur ce terme, cf. Lettre XXXVIII, p. 96 et n. 3.
veuille. Se délaisser ainsi aux volontés particulières n'est pas une activité, mais un état très parfait. Ce qui fait l'entière passive té de la volonté, et qui la rend souple* à l'infini, c'est d'être aussi simple et aussi prompte à vouloir, quand Dieu veut qu'elle veuille, que d'être incapable de vouloir rien par elle-même. Dès qu'on est attaché à sa pure passiveté et à son pur vouloir ou à son pur avoir, en sorte qu'on craint de le perdre, — on s'en fait une propriété, qui rétrécit l'âme et qui la raidit contre l'impulsion divine. Il faut donc être également souple* en tout sens, et aimer autant à vouloir qu'à ne vouloir pas. Sitôt que Dieu imprime quelque volonté particulière, il faut la suivre sans mesure et sans réflexion. Par là, on s'élargit en se remplissant. C'est-à-dire que la volonté se dilate à l'infini, se remplissant sans mesure et sans réserve de tout ce que Dieu lui donne et lui fait vouloir. Voilà ce que je comprends, et voilà aussi l'état où il me semble que je suis. Quand je dis que je veux tout et que je ne veux rien *, je ne dis rien de contraire à tout ceci, car je veux tout ce qui est donné, rien que je me donne par mon propre désir.
Comptez donc que j'acquiesce toujours sans hésiter ; mais, comme mon acquiescement est simple, sans goût, sentiment, et tout concentré dans la pure volonté au fond de l'âme ^, il paraît froid et sec au dehors, quoi-