T, V, Lettre XXXVIII, p
3. Les deux lettres précédentes ne semblent faire allusion qu'à la seconde de ces « deux choses ». Peut-être pourtant l'histoire des « suppôts de Satan » rentre-t-elle dans « le premier article ».
/î. 11 s'agit peut-être de quelque commérage indiscret colporté à Saint- Gyr par Mme de La Maisonfort ou une autre « fille » de Mme Guy on .
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à moi par le plus affreux et le plus humiliant côté. Je ne pouvais non plus* dissiper ces pensées et la douleur qui en était la suite, que je pourrais maintenant voler au mifieu de l'air. Mais, comme je ne faisais que souffrir et me tenir à Dieu, sans pouvoir rien juger de vous ni en bien ni en mal, je ne crcHS pas avoir commis d'infidélité, et il me semble que Dieu m'en fait tirer le profit d'avoir acquiescé sans aucune réserve aperçue pendant cette épreuve à tout ce qui peut crucifier ma vanité, mon ambition et ma fausse sagesse. Maintenant, je suis dans le calme depuis plusieurs jours, et vous pouvez me croire, quand je vous assure, que je n'ai jamais été si intimement uni à vous, que je l'ai été ce matin.
Pour les purifications passives, je crois qu'il n'en faut pas écrite, c'est-à-dire n'en rien faire imprimer. La raison que j'en ai dite ^, montre assez, que je n'ai voulu parler que de l'impression par rapport au public ; car j'ai dit qu'on scandalisait bien plus les âmes faibles, qu'on n'édifiait le petit nombre des âmes éprouvées. Je persiste dans ce sentiment, que je crois très conforme au vôtre ; mais je- n'ai jamais voulu dire qu'il ne fallait pas en écrire en secret, comme vous m'en avez écrit. L'éclaircissement de ces
1. Sur cette construction habituelle à Fénelon, cf. Lettre XLVII, p. laa et n. 3.
2. On voit l'incertitude do la syntaxe de Fénelon sur l'accord du participe passé, si toutefois il faut se fier à la copie de .Dutoit. Il écrit ici : « La raison qne j'en ai dite » et quelques lignes plus haut ; <( C'est une chose que M[adame] de M[aintenon] m'a dit » ; cf. Haase, /oc. cit.,
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choses, bien loin de me^ scandaliser, m'afifermit et m'était tout à fait nécessaire. Je suis très persuadé qu'il s'en faut beaucoup, que je n'entende beaucoup de choses très délicates et très profondes, dont l'expérience seule peut donner la vraie lumière ; mais, pour les principaux états de la voie, il me semble que je les comprends sur vos écrits d'un bout à l'autre, du moins en gros, et d'une vue générale, en sorte que je les réduis sans peine aux vrais principes de la plus sainte théologie * ; ainsi rien ne peut me scandaliser à cet égard là. Ma tentation de scandale* se tournerait vers votre état, où vous suivez sans examen votre goût intérieur avec tant de vivacité, ou, pour mieux dire, avec une force qui vous entraîne si rapidement. Je craindrais ces sorties, d'ailleurs si opposées à celles de mon état, toujours délibérant et précautionneux^. Je craindrais même horriblement d'être'entraîné, comme vous, dans une conduite qui démonterait ma sagesse aux yeux de tout le monde, et aux dépens de toute réputation. Ce qui ferait que la nature jetterait les hauts cris^ dès les premières
« I . Je suppose que je sois entêté de Mme Guy on en la croyant bonne, et que je vais même jusqu'à croire qu'on peut l'excuser par rapport d tous ce qui est dans ses livres » {Lettre à l'abbé de Chanlerac du 8 dé. cembre [1697], t. IX, p. 264, d).
2. Sur ces doutes intermittents de Fénelon à l'égard de Mme Guyon, cf. Lettres du vendredi saint et du 16 octobre 1C89, p. ii4 et 298.
3. Cf. Lettres du 2 décembre 1688, p. 26 et n. i, du 6 avril 1689, p. io3 et n. 4, du 12 juin 1689, p. 166 et n. 4, Lettre CXXIV, p. 3io.
II. « Je dis tout bien à mon aise, moi qui cherche le repos et la consolation, moi qui crains la peine et la douleur, moi qui crie les hauts cris, dès que Dieu coupe dans le vif» (Lettres spirituelles, t. VII!, p. 569, d).
alarmes. Mais il est bon de voir toute sa faiblesse et d'avoir peur d'une servante, comme saint Pierre qui avait fait tant le brave * ; peut-être que ces accès me reviendront. J'aurais grand tort de répondre de moi ; mais, depuis plusieurs jours, mon union avec vous va toujours croissant, et je suis persuadé qu'elle n'a pas cessé de croître au milieu de ma peine.
Pour votre Vie ', donnez-la moi comme vous voudrez, mais n'allez pas vous tuer à en faire un abrégé. Si vous ne voulez pas que je lise tout, à cause que j'ai en effet peu de loisir et peu de goût pour la lecture, marquez-moi les endroits que je devrai lire. Je serais ravi de vous revoir le jour de la Magdeleine', mais ne vous incommodez pas. Je ne m amuse point de vous parler de ma reconnaissance pour toutes vos bontés ; il me semble que la nature du lien, qui nous unit, doit bannir toute espèce de compliments*.
1. L'aventure de saint Pierre avec la servante est citée par Mme Guyon dans son Petit abrégé de la voie et de la réunion de l'dme à Dieu (OpusculeSy édit. cit., t, II, p. Sao) et par Fénelon à plusieurs reprises ; cf. Manuel de Piété, t. VI, p. 64, g. Instructions, id., p. i45, g. Lettres spirituelles, t. VIII. p. 662, g et 689, g. Dans ces deux dernierB passages, l'histoire est accompagnée des commentaires suivants : « On finit par avoir peur d'une servante... G qu'on est faible I Mais autant que notre faiblesse est déplorable, autant l'expérience nous en est-elle utile » (p. SCa). « Voilà l'homme, voilà ce qu'il donne, dé» qu'il donne du sien et qu'il promet quelque force de soi » (p. 689).