Texte de Du toit: souvient
6. Je crois que cette initiale doit désigner ici l'abbé J.-J. Boileaù, né à Agen en i64g, docteur en théologie et ancien précepteur de
M-« GUYON A FKjNELON 209
fois à M. de C[hevreuse] et à M. de B[eauvillierJ qu'il croyait devoir à leur confiance de ne voir que des personnes qu'elles agréeraient. Il me semble que je vous dis la même chose, et encore plus, vous protestant, que je ne ferai rien sur cet article que de concert' avec vous et avec M. de G[hevreuse].
Pour votre peine, elle ne m'en fait aucune. J*en ai écouté le récit, comme d'une chose qui vous arriverait bien d'autres fois, et dont je ne suis nullement surprise, étant rompue à ces sortes de choses. Je vous demande seulement, par grâce, de me les dire par petitesse ; je crois que Dieu veut de vous cette fidélité, quand bien même il permettrait que je fusse assez ridicule pour le prendre mal, ce que je ne crois pas; et cela, bien loin de vous faire du tort, ni même diminuer notre union, ne servira qu'à l'augmenter par la contrariété. Je ne crois pas que vous ayez commis une imperfection dans toute cette peine : au contraire, je crois que cela vous a fait faire d'excellents sacrifices et a beaucoup purifié votre âme. Je ne doute pas que vous n'ayez quelquefois de ces attaques, mais elles purifieront votre foi et vous affermiront dans l'abandon. J'ai connu dès le commencement que c'était le dessein de Dieu, en se servant d'un sujet si destitué de toutes les qualités conformes à ce que vous êtes * :
Messieurs de Luynes, le comte et le chevalier, frères du duc de Chcvreuse. Lié alors avec Fénelon — ils venaient de prêcher ensemble le . dernier Avent chez les Religieuses de la Magdeleine (cf. la Liste des . Prédicateurs de Paris, B. N. Réserve L'^K 67 4 3) — il deviendra en i6g5 le secrétaire intime et le meilleur auxiliaire du cardinal de Noailles. On l'appellera BoHeau de l'Archevêché, et il sera un des adversaires les plus tenaces du a Guyonisme ». Son nom revient souvent dans la Correspondance de Mme Guyon ; cf. dans les Œuvres de Fénelon, t. IX, p. 10, d, 12, d, ^^, g, 19, g, etc., ses lettres au duc de Ghevreusc. Sur l'abbé Boileau, cf. Notes sur la vie et les ouvrages de Vabbé Jean-Jacques Boileau, publiées avec divers documents inédits par M. Philippe Tamizey de Larroque. Paris-Bordeaux, 1877, in-8. I. Cf. fragment d'autobiographie, p. g et n. 3. *
cela fait bien plus mourir ' la nature, qui veut prendre sa part presque en toutes choses. Je n*ai pas la pensée de rien faire imprimer, et surtout Bur ces matières de purification passive. Comptez, Monsieur, que je vous obéirai toujours en enfant, et que, lorsque je fais des fautes à votre égard, c'est par confiance, soumission aveugle et simplicité et une aiauvaise manière de m'expliquer : suppléez à mon défaut par la solidité de votre esprit, et croyez que, si vous êtes assez petit pour vouloir bien écouter ce que je vous dis, je suis assez grande et assez sage, pour vous croire en toutes choses sans exception; et, comme je puis aisément me tromper, je vous prie, et je Tespère de votre charité, que vous me redresserez. Il est vrai que je suis aveuglément non un goût, car ce n*est pas par là que Dieu me conduit, mais quelque chose de très intime et de très fort. Je n*ai garde de l'examiner, parce que je ne saurais y résister, sans souffrir un tourment intolérable. Ce que je goûte, ce sont les âmes des autres ; mais pour ce je ne sais quoi, auquel j'obéis, il est plus fort que moi, et j'avoue simplement que je m'y abandonne sans nulle raison ; cependant j'ai cette confiance en Dieu, que, si vous me disiez de ne suivre pas cela et de ne pas faire une chose ou une autre, il me ferait vous obéir sans peine ; vous pouvez en faire l'essai, car, de même que je n'ai pas un retour, lorsqu'il s'agit d'obéir intérieurement à ce que je crois être la volonté de Dieu, je n'ai pas aussi la moindre raison, lorsqu'il s'agit d'obéir extérieurement aux personnes, auxquelles je crois que Dieu veut que j'obéisse, comme à vous. Si vous croyez que je doive changer en cela de conduite, dites-le moi simplement, et je me mettrai sitôt en devoir de vous obéir*. Il n'y a pas