I. Cf. Lettre XXXV. p. 88 et n
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OÙ l'on ne voit plus aucunes traces du chemin, et où il faudra, quoiqu'on fasse, hasarder son éternité ; mais alors ce n'est pas l'indifférence de tomber dans l'illusion ou de n'y tomber pas, qui mène librement dans cet état de doute et de hasard ; au contraire, on y est poussé violemment et involontairement par une puissance supérieure, qui ne laisse aucune relâche; alors, quoiqu'on fasse et quelque parti qu'on prenne, on croit tout hasarder, on croira même que lo]ut est perdu; mais remarquez qu'alors, quoiqu'on fasse, ce n'est pas l'âme qui quitte sa lumière, c'est la lumière qui la quitte tout à coup malgré elle, encore même (que) la lumière pure et véritable ne quitte jamais ; car, comme nous le disions, si on lui proposait ce qui serait véritablement mal, sa conviction intérieure se réveillerait ; elle dirait: j'aime mieux mourir que de résister à Dieu et de violer la loi. Dieu donc prend plaisir à Tembarrasser, pour la réduire à lui sacrifier son éternité tout entière'.
Mais, dans celle agonie, elle tient toujours par le fond de la volonté à tout ce qui lui paraît le plus droit selon Dieu. Si elle ne peut plus suivre Dieu clairement à la piste*, elle va du moins à tâtons le plus près qu'elle peut de lui. Il y en a là assez pour trouver la certitude de la conscience dans cette
^ I . On trouve dans cette partie de la lettre toutes les idcf s que Fénelon développera plus tard dans le X» article (vrai) de VExpliealion des Maximes \ cf. Lettre IIl, p. 20 et n. i. Lettre du 28 mars, p. 90^ Lettres XXXVII et XXXVIII, p. 92 et 96.
3. Expression déjà employée par Fénelon dans sa lettre du 18 juillet, p. 217.
FENELON A M«« GUYON %bî
droiture d^intentlon, pendant que d'un autre côté cette âme, faute de pouvoir réfléchir sur sa droiture d'intention et sur sa conviction certaine, ne laisse pas de se croire aussi perdue pour l'éternité, que si elle avait abandonné toute droiture et toute règle de conscience. Mais en cet état même, tout ténébreux qu'il est, il y a une lumière simple et sans retour de l'âme sur elle, qui est plus pure, plus lumineuse, plus certifiante et plus chère à l'âme, que toutes les consolations et toutes les certitudes sensibles des autrçs états : ce qui paraît par son horreur pour d'autres choses vraiment mauvaises. D'où je conclus que l'état de la pure foi n'exclut jamais la raison; il exclut bien la raison de propriété, c'est-à-dire, cette sagesse, par laquelle on est sage à soi-même, comme dit l'Écriture'; il exclut celte sagesse intéressée, qui veut toujours s'assurer pour soi, et se répondre à soi-même de son assurance, pour en jouir avec une pleine propriété; mais il n'exclut jamais cette raison simple et sans réflexion sur elle-même, qui tend toujours à ce qu'elle aperçoit de plus droit. Ce n'est pas qu'elle y tende par des raisonnements multipliés et réfléchis ; encore une fois, tout cela n'est pas la raison, mais l'imperfection de la raison même.
11 s'ensuit de ces principes, que la plus pure foi sans raisonnement est non seulement raisonnable, comme saint Paul nous l'assure, mais encore que c'est le comble de la raison parfaite. Dieu mettant dans les