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sens extérieurs et même intérieurs une violente tentation, qui semble rendre présentes et agréables les morts les plus borribles, en même temps, Tâme, par sa simplicité et par la conduite de Dieu, qui la veut cacher à elle-même, ne pouvant réfléchir sur son propre état, pour apercevoir sa droiture et sa certitude de conscience, — elle marche avec une lumière très pure, sans pouvoir se dire a, elle-même que c'est une lumière. Ainsi elle a toute la clarté et toute la certitude qu'il faut pour une conscience droite, et tout ce qu'elle fait est la plus pure raison ; elle ne manque que de clarté réfléchie, que la nature voudrait avoir pour s'appuyer sur sa propre vertu par un mouvement de propriété. Ce 1 1 août 1689.
XGVllt. — M'-'^GUYON A FÉNELON»
On ne peut mieux prendre les choses que vous le faites : je les entends comme vous l'exprimez. ]\^ais, pour répondre à vos difficultés, je vous dirai premièrement, que je n*ai jamais prétendu que la foi ôtàt la raison, quoique son principal effet soitd'ôterle propre raisonnement sur les choses, pour ne les plus voir par les yeux de la raison humaine, ni même par ceux de la raison illuminée, mais par ceux de la sagesse de Jésus-Christ, qui devient le conducteur et le moteur de l'âme. C'est, pourquoi l'état de pure foi se termine à celui de Jésus-Christ, Sagesse éternelle. Mais, de même que Jésus-Christ a été scandale aux Juifs et folie aux Gentils, de même les>
I. T. III, Lettre LXXXIII, p. 35o-30i ; dernier paragraphe, t. V, Lettre XCII, p. 456.
cfTets de lii plus pure sagesse ne paraissent pas tels ù ceux qui sont pleins de la sagesse de la chair, qui doit être détruite, pour laisser régner Jésus-Christ seul ; c'est pourquoi il est écrit, que la perdition et la mort ont dit : nous avons ouï le bruit de sa réputation ' .
Pour vos deux djflicultés sur la désapproprialion de la ■ïolonté, et sur les ténèbres de la foi, je vous répondrai l'un après l'autre ce que Noire-Seigneur me donnera, vous priant, s'il vous reste quelque doute, de me le dire, ou si je me méprenais en quelque chose, de me le faire savoii', car je suis persuadée que, si nous n'étions pas d'accord, ce serait faute de m'exprimer avec assez de
Il est certain que la désappi'opriation n'est pas parfaite nu moment de la mort ^, quoique l'âme soit très certainement désappropriée. Elle est désappropriéc de toutes les résistances ou répugnances h se laisser arraclier tout ce qu'elle possédait, et c'est ce qui fait la mort, qui la rend de la manière que vous l'exprimez. Elle est morte à tout vouloir de retenir et conserver ce qui lui parait le plus absolument nécessaire, s'élant laissé arracher tout ce qui la retenait vivante en ces bonnes choses, où Dieu la poursuit sans miséricorde, jusqu'à ce qu'il l'ail entièrement bannie de chez elle. Cola s'opère bien par une opération de la grâce de Dieu, d'autant plus grande qu'elle est plus cachée : car la grâce des grâces est l'cnlière désapproprialion, qui nous arrache impitoyablement ce que nous possédons. Mais l'âme, quoique remplie de grâce et de charité, n'est pas pour cela passée en Dieu, et perdue en lui,
|Morl progKSfivc de l'àmc avanl sa réunion avec Dieu.)
Si l'âme entrait en Dieu, sitôt qu'elle est mise dans
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i'élat de nudité, il est certain qu'elle serait dès lors dans l'union immédiate : étant dans Tunion immédiate, elle serait affranchie de tous les moyens, et par conséquent désappropriée : ainsi la fin serait le commencement.
Concluons, que l'âme est alors dans les moyens, et par conséquent encore dans la propriété ; qu'elle est unie, mais par effets et moyens ; et que. par celte union médiate, elle est dépouillée peu à peu d'elle-même ; mais ne disons pas qu'elle passe en Dieu*, dès que Dieu commence à la désappro prier. La différence est comme celle -de celui qui boit de l'eau de la mer, et de celui qui est abîmé dans la mer, ou peu à peu changé en elle.
[Comparaison de l'àme avec les fleuves, qui sont reçus dans la mer; ■iivant de se transformer en elle.]
Je croyais que votre seconde difficulté sur la foi d&vait <3tre éclaircie par ce que j'en ai écrit en plusieurs endroits, la comparant à la lumière du soleil, qui aveugle par son excès, et non par son défaut.
[Si on demande à l'àme : qui la conduit, elle répond par réfletion : c'est Dieu -, mais, comme Dieu se cache, elle ne lui demande pas à v'est lui qui la mène, et s'abandonne sans réserve à sa volonté in- . connue pour le temps et pour Icternité.]
Vous avez raison de dire que ce n'est pas l'âme qui quitte la lumière^, car elle ne la quitterait jamiis, tant elle l'aime. C'est cette lumière qui la quitte. Mais pourquoi ne voulez-vous pas que, m'abandonnanl à Dieu sans réserve, et tne confiant à lui par-dessus toutes choses, pouvant consentir à perdre mou salut, s'il en est glorifié, — je ne puisse pas me sacrifier à l'illusion, s'il voulait la permettre, car qui peut faire le plus, doit pouvoir faire le moins ? Je le soumets pourtant avtc le
1. Mme Guyon est de Tavis de N., dont Fénelon a parlé dans la Lettre XXXI V. p. 8a. ' > .