T. V, Lettre XCIV, p. /,r)8-/i
pression, et moi de la tyrannie, — je trouve d'une manière à surprendre, et qui ne peut être comprise que de Texpérience, qu'il n'y a chez moi nulle puissance de vie. C'est une machine que l'on veut faire tenir en l'air sans appui. Enfin je demeure impuissante de passer outre, sans que nulle raison, que l'on puisse m'alléguer, entre, ni que j'en puisse faire usage. Je verrais tous les malheurs possibles prêts à tomber sur ma tête, que je ne pourrais me donner une autre disposition. Je ne la puis faire paraître à personne, elle passerait pour une faiblesse, dont je devrais rougis. Cependant je ne trouve en moi nulle puissance de vouloir ni d'exécuter, et je me trouve comme un fantôme. J'aurais quelque consolation, si vous compreniez mon état ; du moins, je le crois. Si je veux me donner le moindre mouvement, outre qu'il est sans la moindre correspondance du dedans, c'est que j'en souffre d'abord.
Cependant l'on veut que je fasse cette affaire sans M. H. Outre qu'il s'y trouvera peut-être des oppositions, c'est bien me charger devant tout le monde de ce qui serait défectueux en cette affaire. Outre cela, ne sachant pas les affaires, je ne les ferais peut-être pas sûrement.- Cependant ce ne sont pas ces raisons qui m'arrêtent. Elles céderaient au dépit de me voir si maltraitée, si j'avais quelque pouvoir sur moi-même ; mais mon impuissance est entière. Si je n'étais pas aussi convaincue que je la suis * du domaine de mon Dieu sur sa petite créature, l'expérience que j'en fais m'en serait une preuve bien forte. Vous ne sauriez vous imaginer les morts- qu'il faut passer, pour en venir à cet état. Je vous assure que la mort, qui nous arrache tout, n'est rien, au prix de la souplesse à tous les mouvements que Dieu donne *. C'est beaucoup d'être rendue toute passive,