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A Versailles

FÉNELON A M»e GUYON 285

et aussi unie que maintenant. Les choses qui m'arrivent ici me chatouillent quelquefois un peu, et quelquefois il m'arrive de laisser échapper quelque parole, qui m'avertit de ce chatouillement ; mais mon cœur ne se repose jamais volontairement, ce me semhle, un moment sur aucune de ces choses, qui peuvent flatter la nature, en sorte qu'il n'y a rien ici sur quoi Dieu me laisse appuyer pour délaisser l'amour-propre.

Je vis ici très sèchement pour la nature et pour la grâce : pour la grâce, car je n'ai ni goût ni consolation aperçue ; pour la nature, parce que je vois assez de gens, sans être libre ni en repos, pour épancher mon cœur avec aucun. Ceux même avec qui j'ai ma principale liaison, sont peu en liberté ; et moi je suis de même, de façon que nous nous voyons souvent et ne nous entretenons que pour le besoin. Mon emploi demande une patience continuelle dans les fonctions sèches et ennuyeuses. Ainsi il y a bien à mourir, surtout selon mon tempérament. Je suis, presque sans réflexions, mes premiers, mouvements* ; et je laisse tomber^ toutes réflexions, qui vont ou à réparer les fautes, quand elles n'ont pas de conséquence à l'extérieur, ou qui m'engageraient à m'occuper de moi ou de mes intérêts. Dieu me fait trouver en tout cela du large*; je n'éprouve aucune tentation forte, excepté celles de l'abattement, où une santé faible et

I. Cf. Lettres XLI, p. 109, et XCV, p. 335, quels sont les « premiei-s mcMivfmtents à éviter » , et ceux « à suivre sans hésiter » . «a. Cf. Lettre VIII, p. 3i et n. 2.

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