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T. V, Lettre LU, p. 3Gi

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mes fautes extérieures, je ne sens aucune peine sur ce vide, intérieur ; au contraire, je n'ai jamais été plus tranquille, plus libre, plus dégagé, plus simple et plus hardi dans ma conduite, quoique j'y fasse bien des fautes, qui viennent de dissipation, et même assez: souvent d'infidélités passagères. Au reste, toutes les fois que la dissipation cesse, je me trouve en état d'abandon et de foi pure, immobile, en sorte qu'il me semble que j'ai toujours demeuré par le fond de la volonté sans interruption en Dieu, quoique je n'aie point pensé à lui et que j'aie fait et dit plusieurs choses, qui, par elles-mêmes et par mon infidélité en les faisant, devraient m'en avoir éloigné. Aussi, si je consulte ma conduite et mon oraison, je ne trouverai rien que ce qui est dans le commun des chrétiens grossiers, qui n'ont pas secoué le joug de la crainte de Dieu*; encore même j'ai une chose qui me met fort au-dessous d'eux, car je me vois entièrement déchu par rapport aux grâces passées, au lieu qu'ils n'ont jamais reculé dans le chemin de la vertu ; mais, si je regarde un certain fond inexplicable ^, je vais à l'aban-

1 . Fénelon est volontiers ironique et méprisant à l'égard des personnes qui craignent Dieu : « On dit : c'est une personne qui craint Dieu ; en effet, elle ne fait que le craindre sans l'aimer, comme des enfants craignent le maître qui donne le fouet » (Instruclions, XVIII, t. VI, p. loo, g). « Dieu veut des enfants qui aiment sa bonté et non (!es esclaves qui ne le servent que par crainte de sa puissance » («d., XXIX, t. VI, p. i3'i, g) ; cf. encore id., XXVII, t. VI, p. iSa, g, etc., et plus loin Lettre GXIX, p. 3o3.

2. « Au reste je ne puis expliquer mon fond. Il nréchappe, il me [tarait changer à toute heure » (^Lettres spirituelles^ t. VIII, p. 589, g). « Mon état ne se peut expliquer, car je le comprends moins que personne » (id., id., p. 58o, d) ; cf. plus loin, Poésies, n*» VII, p. 340.

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don, pour laisser tout faire à Dieu, et au dehors et au dedans, sans vouloir ni me remuer sous sa main \ ni me . Illettré en peine de moi, dans tout ce qu'il lui plaira de faire ou pour moi ou contre moi-même. J'avoue qu'en ce sens je n'ai jamais été autant au large que j'y suis depuis mon entrée à la cbur. Voilà ce qui me vient maintenant dans l'esprit. J'espère que Dieu vous donnera ce qu'il faudra, pour m'en faire part. Je ne saurais penser à vous que cette pensée ne m'enfonce davantage dans cet inconnu de Dieu, où je veux me perdre à jamais^. Ce lo octobre 1689.

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Je ne crois pas que vous deviez faire effort, pour faire beaucoup d'oraison de suite ; mais je ne crois pas aussi que vous n'en deviez plus faire. Il faut rendre à Dieu ce petit tribut d'action, de nous exposer souvent devant lui, quand ce ne serait que pour peu de temps : c'est proprement vous tenir en repos, non en arrêtant votre esprit, ce qui nuirait à votre santé, mais en vous exposant malgré les égarements de votre esprit, le laissant comme il lui plaira*;, et fie repos vous soulagera, loin de vous

1 . « Le grand point est de ne se remuer pas sous la main de Dieu » {Lettre du i^^ janvier 1706 à h comtesse de Montberon, t. VIII, p. 672, d).

2. « Enfoncez-vous en lui jusqu'à vous y perdre et à ne vous plus trouver)) {Lettre à la marquise de Risbourg, t. VIII, p. 709, d). « Je le prie de vous entraîner dans cet abîme d'amour, où toute isagessc humaine perd pied » {Lettre à Mme de Maintenon du 12 mars 1691, id., p. 495, d).

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