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La lettre précédente, à laquelle celle-ci répond

3. Le mot succès a ici le sens qu'il a si souvent au xvii« siècle issue d'une affaire, événement ; cf. Corneille, Examen delà Place Boyale, cdit. des Grands Écrivains, t. il, p. 122 : « Cet événement lui réussit seul ; et il a été bon de lui donner un mauvais succès », etc., etc. ; cf. plus haut, Lettre XLIII, p. 117 et surtout Lettre VIII, p. 35.

/i . Texte de Dutoit : me suivant par.

très, j'ai -toujours remarqué, que, lorsqu'ils ont eu assez de petitesse (j'entends ceux que Dieu m*a donnés) pour me demander mon sentiment malgré mon incapacité, et même en choses qui excèdent ma portée, je leur ai toujours donné un conseil juste ; et, lorsqu'ils l'ont suivi. Dieu a donné bénédiction ; lorsqu'ils ne l'ont pas suivi, ils ne s'en sont pas bien trouvés. Dieu en use de la sorte, non à cause de moi, qui suis la misère même, mais, ou pour les tenir dans une petitesse, qui détruit leur raison, ou pour récompenser leur foi. Lorsque je parle, je ne songe pas, si ce <jue je dis est divin, je le dis naturellement ; mais dans la suite, je vois clairement la faute que l'on a faite de ne l'avoir pas suivi. Non que j'en aie de la peine ', mais je ne saurais ne le point voir; je ne puis vous dire comme cela se fait. Voilà simplement toutes choses. Comptez que par moi-même je ne suis qu'une bête, et vous compterez juste. Je fais souvent des fautes visibles et manifestes, dont je ne puis ni ne veux disconvenir. Je vous en dirais, si je vous voyais : ce sont des choses bien éloignées du divin. Cependant je ne puis en avoir de peine, et elles servent, pour mieux faire connaître ce que je suis par moi-même, et afin que l'on n'attribue pas à la créature ce qui n'est dû qu'à Dieu, et aussi surtout, pour épurer la foi de ceux que Dieu m'a donnés. Oui, je vous assure que c'est pour cela, et vous le verrez bien un jour ; ainsi séparez ce qui est de l'homme, qui n'est que néant et péché, et tirez de cet homme pécheur ce que Dieu vous donne par lui, comme Samson tira le miel de la gueule du lion mort^.

Si je pouvais vous dire ce que je conçois là-dessus, combien j'aime mes misères, et qu'il est glorieux à Dieu même pour vous que je sois de cette sorte, vous goûte-

I . Mme Guyon expliquera cette disposition à l'égard « des âmes que Dieu lui a données » dans la lettre CXXIII, p. 3ii. a. Juges XIV, 9. *

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riez sous la plus vile écorce une manne cachée. Votre àme m'est chère au delà de tout ce que je puis dire. Je n'en pénètre pas la cause. Dieu le sait et cela me suflit. Vous faites bien de ne vous arrêter à rien, mais aussi de ne rien rejeter. Laissez à Dieu les choses à venir. Je crois qu'il est de la petitesse de recevoir celles que l'on vous dit, comme vous faites. Leur vérification sert de réveil pour la confiance, qui serait sçuvenl dans une langueur mortelle, si Dieu, qui connaît ce qui vous est propre, ne vous la donnait. Je vous assure en sa présence que je vous dis les choses comme il me les donne, sans penser si elles sont divines ou non, sans me mettre en peine du succès ^ Je suis aussi contente qu'elles se trouvent fausses que vraies. Dieu se glorifie également dans notre simplicité, que nous soyons trompés par le succès ou non. Vous voulez bien cependant que je vous dise avec tout le respect et la déférence que Dieu me donne pour vos sentiments, que, si, en marchant par le sentier de la foi, l'on était toujours certain que c'est Dieu qui nous conduit, il y aurait peu d'épreuves à soutenir, et l'on ne se perdrait jamais. Ce serait bien une foi en Dieu, comme vous dites bien, mais non pas une foi nue^ et dépouillée de ce plus grand de tous les moyens. Tant que l'âme est en nudité et en perte, elle ne connaît pas la main qui la conduit: et, quoiqu'elle ne fût jamais plus proche de Dieu, elle ne le connaît pas et croit tout le contraire ; et c'est ce qui fait toute la peine de cette âme, qui ne s'abandonnerait pas, si l'on voyait que Dieu fût certainement le guide ^. Mais s'abandonner, lorsqu'il se cache, et lorsqu'il semble même nous être contraire, c'est le point principal de l'abandon, que Dieu vous fera bien décou-

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