Cf. Lettre du i5 juin 1O89, p. 172 et n
3. On a déjà vu dans les lettres de Fénelon et de Mme Guyon l'exposé et la discussion de ces idées ; cf. Lettre XV, p. /ig et n. i, Lettres des 17 juillet et 11 août 1O89, p. 2i3 et 2^48.
vrir, après vous avoir conduit par Tabandon à sa conduite et à sa volonté connue, il vous conduira assurément par sa volonté inconnue, et je comprends bien, à la manière dont Dieu me faisait agir avec vous qu'il voulait vous faire pratiquer de solides vertus, et vous faire faire de bons sacriQces. Ce n*est pas que les âmes conduites par la foi la plus nue se mettent d* elles-mêmes dans cette conduite, nullement ; mais Dieu les y conduit insensiblement et, après les avoir conduites dans ce sentier, il se cache, de telle sorte qu'elles ne l'aperçoivent plus, et croient souvent s'égarex, ce que Dieu cependant ne permet jamais, à moins d'une grande inlidélité, qui fait, comme je l'ai dit dans ma précédente *, que, voulant ajuster les choses par soi-même et par la sagesse, on les gâte et les détruit en voulant les établir, au lieu que Dieu les établit, lorsqu'ils semble à l'âme qu'il les détruit 2. Ce que je vous dis est général pour toutes l^s personnes qui sont, comme vous, appelées à la plus pure foi et au plus pur amour. Je ne prétends pas dire par là que vous manquez : je sais trop votre fidélité et la droiture de votre volonté, mais c'est que je vous dis simplement ce qui m'est mis dans l'esprit ; cela me soulage, car j'ai souffert ce matin de telle sorte peut-être par ma résistance, que dans plusieurs heures que j'ai été à l'église, j'ai dit souvent à Dieu, ou qu'il vous donnât la patience de me souffrir dans ce qu'il exige de moi à votre égard, ou qu'il m'ôtât du monde, car je ne puis vivre et porter son indignation '^
I. Sans doute « dans ma lettre précédente », qui semble d'ailleurs perdue.
a. Le principe est expose par Mme Guyon dans tonte sa rigueur dans sa Lettre du 7 juin i68g, p. 169 : « Dieu n'établit les choses que par leiir contraire, il ne les fonde que sur leur destruction. »
3. Cette lettre, ôtant la réponse à la précédente, doit appartenir à la seconde quinzaine d'octobre.
300 PÉNELON ET M»» GUYON
GXVI. - M"e GUYON A FÉNELON^.
D'où vient que Tesprit est si clair et net. et qu'il semble que les opérations de Dieu se fassent dans le plus in* time de nous-mêmes, et, pour ainsi dire, comme vers le siège du cœur P Rien ne passe par la tête ; mais, comme une source qui bouillonne, elles éclairent l'esprit sans brillant ni distinction ^, le metttant dans une parfaite sérénité ; et ce je ne sais quoi, dont la source est infinie» dilate le cœur, le pacifie ; et, bien qu'il n'y ait rien de sensible et de distinct, le goût sans goût ^ est au-dessus de toute expression, avec une pureté et netteté admirable ; et ce qui parait de surprenant, c'est que, quoique l'esprit soit clair et serein, le cœur plein et étendu, il est pourtant certain que ce qui rend l'esprit de cette sorte n'est point dans l'esprit, que ce qui remplit le cœur sans sentiment n'est point dans le cœur ; mais cependant le siège est au dedans et on le distingue fort bien.
Au lieu que les autres opérations viennent de la tête, et qu'elles se répandent sur les parties du corps, celles-là viennent du fond proche du cœur, et se distribuent dans l'esprit par un vide fécond, car la mémoire ne représente rien et cependant n'est pas stérile pour cela, mais claire,, sans nul terme ni objet ; V esprit de même n'a nulle agitation, mais son calme est serein et lumineux : ce n'est pas un vide d'abrutissement ; au contraire, c'est une pure, simple et nue intelligence, sans espèce *, ni rien qui borne. La volonté est aussi nue et vide, mais sans disette
I. Discours chrétiens et spirituels , t. II, Disc. LXVII, p. a2g*33o ; premières et dernières lignes. Lettres, t. V, p. 4oo.
a. Cf. Lettres XII, p. t^^ et n. i, XIX, p. 60 et n. 2.