Cf. Lettre XXI, p. 64 et n
et avec une plénitude, qui dilate toujour3 plus le cœur, qui trouve tous ses désirs parfaitement contents et remplis, sans rien distinguer de ce qui contente et remplit : c'est un rassasiement, qui est sans dégoûta et qui n'empêche pas Tap petit nécessaire, pour se trouver toujours en état d'un plaisir nouveau, qui ne peut proprement porter le nom de plaisir.
J'ai eu le mouvement de vous écrire cela. Je le fais simplement. Ce 25 octobre 1689.
GXVfl. — M"»" GUYON A FÉNELON»
Puisque la pensée me vient de vous écrire, je le fai^s pour vous souhaiter toute sorte de prospérités spirituelles : je n'entends pas de celles qu^' on estime telles, en ne regardant les choses que par les sens et la raison, mais celles qui fructifient par la foi et la mort, ce qui fait que, sans envisager un état ou une disposition plutôt qu'une autre, l'on suit toujours son chemin ; rien ne décourage ; les misères et les chutes de faiblesse servent même d'éperon pour faire courir à un certain inconnu, qui surpasse tout sentiment. C'est la route que vous devez tenir.
Ne vous laissez jamais abattre pour qtioi que ce soit ; mais tâchez de demeurer libre et gai ; vos fonctions le demandent, et tout ce que vous faites dans votre emploi est égal, pour vous, à des heures de piété marquées. Votre oraison doit être toujours simple, en jouissant simplement du goût intime et caché, et supportant patiemment la sécheresse et le vide. Gourez par l'un et par l'autre à celui qui vous aime, et que vous devez aimer au-dessus de tout. Que les moyens servent à vous faire ; ^ courir à votre fin. Nourrissez votre àme de repos, sou- ^ j f'^;
i. T. III, Lettre LXXI, p. 296-8; les clernières lignes, t. V, p. 873.
vent se(i et aride, et contentez-vous d'être paisible ; surtout, tranquillisez-vous, et laissez tout tomber*, dès que quelque brouillard s'élève, non en combattant (ce qui l'augmenterait), mais en souffrant tranquillement ce qui vous le cause, et ne vous étonnant point, quand bien même vous failliriez dans l'envie que vous avez d'être fidèle. Que cette envie soit douce et tranquille, sans empressement, et sans vous en faire la moindre occupation : une fidélité actuelle, dans le moment présent, selon la lumière, sans vous faire une affaire ou une occupation d'une fidélité an,ticipée. C'est à présent un temps de se taire et de garder un profond silence, pour laisser parler et opérer le Verbe en vous.
Croyez-moi bien à vous en Notre-Seigneur. Lorsque l'on aura fait de St. Mathieu 2, vous le rendrez', s'il vous plaît*.
Étant dans un fort recueillement, il me fut montré deux personnes : l'une, qui était toujours exposée aux rayons divins, et qui recevait incessamment les influences de la grâce ; et l'autre, qui, mettant continuellement de nouveaux obstacles, quoique subtils et légers, à la pénétration du soleil, était cause que le soleil ne faisait