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T. V, Lettre LVIII, p

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306 FÊNELON ET M™« GUYON

un acquiescement continuel à être petit, et que vous vous apprivoisiez insensiblement avec la petitesse, dans un lieu dont elle est entièrement bannie*. Je vous ai mandé sur l'article des règles ma pensée. Il ne faut rien prévenir, mais se laisser à Dieu sans réserve au moindre signal, sans que la raison arrête ; c'est ce que Dieu veut par retour à l'amour qu'il vous porte, que cette fidélité de souplesse infinie sous sa main, mais souplesse pleine de délicatesse, qui ne délibère de rien, mais qui se laisse à ce qui Tentraînc. C'est à Dieu à vous mettre dans le cœur, lorsqu'il le voudra, sa volonté sur tous les articles. J'annonce de loin, je suis sa voix, qui crie dans le désert : aplanissez la voie du Seigneur'^. Il faut que la parole se fasse passage ; sa délicatesse est extrême. Je sais sûrement qu'elle se fera discerner chez vous, quoiqu'elle paraisse muette, et c'est à elle que je vous abandonne, sans vous abandonner un moment, car je vous porte éternellement en Dieu. Je suis quelquefois étonnée de l'application que Dieu me donne, comme si vous étiez seul au monde ; et je connais en cela les desseins de son amour sur vous. 11 est vrai que la règle ordinaire de la résistance est de rétrécir, dessécher ou troubler plus ou moins; selon que l'on est plus ou moins avancé.

Conservez votre santé ; lorsque Dieu vous ôte le moyen de dire la messe, il faut demeurer ferme à se laisser tout ôter. A la première commodité je vous enverrai un emplâtre, qui arrête toutes les fluxions des dents. Si 1

vous étiez moins petit, vous ririez de ma simplicité à vous envoyer tout ce qui me vient dans la tête. Il faut que vous soyez bien bon pour me supporter ^.

1 . Cette allusion à la vie de cour est ici encore une nouvelle preuve en faveur du classement de Dutoit.

2. Mme Guyon s'approprie les paroles de Jean-Baptiste (Math., ÎII, 3, Marc, I, 3, etc.).

3. Fénelon, Lettre à la comtesse de Montberon da 8 août 1708, t. VIII,

M'«« GUYON A FENELON 307

GXXIl. — FÉNELON A M»'« GUYÔN «

Rien au monde ne me touche plus sensiblement que YOtre état, Madame, mais je^ suis touché sans trouble, •car je ne puis être en peine de ce qui est entre les mains de Dieu. Faites-moi savoir comment vous vous porterez, et si vous voulez que j'aille vous voir. Votre dernière lettre demeurera toute ma vie au fond de mon cœur. Ne négligez rien, je vous en conjure, pour votre guérison. Je vous le demande autant que Dieu veut que je le fasse. Je suis en lui à jamais tout ce que je dois être pour vous^.

GXXIII. M^e GUYON A FENELON»

Je vous avais écrit, selon le mouvement que j'en avais en, ce billet ci-joint *. Vous avez raison de n'être pas en peine de moi, car je suis si fort à Dieu, qu'il doit disposer de moi en souverain. Je me trouve mieux aujourd'hui, et j'ai dans le fond de mon cœur que je ne mourrai point ^, tant que ma vie sera utile à ceux que Dieu

p. 663, g : « Supportez -moi. » — La lettre de Mme Guyon répond à la lettre précédente.

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