XXXIV INTRODUCTION
François de l'année 1688 *. C'était à la campagne, à Beynes, chez la duchesse de Charost. Mme Guyon sortait à peine du monastère de la Visitation de la rue Saint-Antoine, où, par ordre royal, elle avait été enfermée huit mois*. Déjà connue et vénérée dans de petits cercles dévots, sa réputation naissante n'allait pas sans quelque scandale : sa doctrine du pur amour libérateur, sa vie errante, ses voyages apostoliques^ eh compagnie d'un barnabite à demi fou, confesseur, directeur et ami ^, avaient fait jaser le public. Tous ceux qui suspectaient ce nouveau quiétisme ne manquaient pas d'ébruiter complaisamment les aventures plus ou moins authentiques de cette femme déséquilibrée et malade, qui, dans sa jeunesse, avait dévoré pêle-mêle romans amoureux et traités mystiques, qui, mariée à i5 ans, était veuve à 28, et qui, depuis lors, promenait sur les grand'routes, en Savoie, en Piémont, en Provence, en Dauphiné, jusqu'à Paris même^ son zèle encombrant, redouté des évêques et surveillé par la police*. Mais elle avait pour elle de précieuses, d'illustres, de fidèles, amitiés, qui ne demandaient qu'à se constituer ses garants. La duchesse de Charost ot la duchesse de Beauvillier l'avaient connue à Mon-
I. Cf. plus loin fragment d'autobiographie, p. 5 et n. a. 3. Elle sortit de prison a la veille de TExaltation de la Sainte-Croix [i3 septembre 1688] {Vie, édit. cit., III" partie, chap. ix, t. III,
3. Sur le P. Lacombe, cf. [Phelippeaux] , Relation de l'origine, du
progrès et de la condamnation du Quiétisme répandu en France, 2 vol. in-i2, 8. 1., MDCCXXXU, t. I, p. i-3o.
4. Sur la jeunesse de Mme Guyon, sur ses « voyages apostoliques » et ses relations avec les évoques de Genève et de Grenoble, cf. le début de la Relation de Phelippeaux et les premiers chapitres du livre cité de M. Guerrier.