‹ Fénelon documents nouveaux et inéditsChapitre 321 sur 350 · Gant. VIII · texte numérisé non relu

Gant. VIII

^. Texte de Dutoit : heureuse.

GXXX. — M-ne GUYON A FENELON *

La foi se doit envisager en deux manières. Il y a la foi, vertu théologale, commune à tous les chrétiens ; et cellelà a son évidence dans l'Écriture Sainte et dans les décrets de l'Église, quoiqu'elle soit au-dessus de notre raison, et qu'elle la captive. Mais il y a Vesprit de foi, qui est l'esprit intérieur que St. Paul met au rang des fruits du St. Esprit ^, parce qu'elle suppose la charité dans une âme.

[Cette foi est tout amour : c est aussi une fçi de confiai^ce, qui protluit un abandon entier. L'âme suit Dieu dans des sentiers ténébreux, où elle ne l'aperçoit plus 3.]

Alors elle va sans nulle raison ; elle court dans les précipices ; elle y roule même souvent par désespoir, se croyant entièrement égarée, mais ne pouvant faire autrement. C'est alors que les vues que c'est Dieu qui a introduit dans cette voie, se perdent. On ne pense plus même à ce qu'il est, et qu'il sera heureux malgré notre malheur; mais, comme une personne, qui roule dans abîme, perd toute autre pensée que celle de son désastre présent, aussi cette âme perd toute autre vue que celle de sa perte. Mais, pleine d'une juste indignation contre elle-même, après avoir gémi sur son malheur, elle le voit, et elle voudrait le rendre plus irrémédiable, s'il était possible ; et, entrant dans la complaisance de sa perte, elle entre dans la perfection du plus pur amour, qui ne tarde guère à reparaître, mais d'une manière ineffable.

I. Discours chrétiens et spirituels, t. II, Disc. XVII, p. 109-114 dernière ligne, Lettres, t. V, p. 892.

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