‹ Fénelon documents nouveaux et inéditsChapitre 323 sur 350 · Cf. Lettre XXI, p. 04 et n · texte numérisé non relu

Cf. Lettre XXI, p. 04 et n

8. Fénelon, Lettres spirituelles, t. VIII, p. 5oo, g (= t. VI, p. 120, d) : « Je dis que dans cet état de simplicité et d'union à Dieu, on sait tout sans rien savoir. »

9. « Je ne sais pourquoi j'écris ceci » (Lettre CIV, p. a 66).

M^e GUYON A FENELON

CXXXI — M^e GUYON A FENELON *

Toutes les disputes, qui se font sur la liberté de l'homme, viennent pour Tordinaire du défaut de la lumière. Nous sommes tous nés libres, et notre liberté funeste ne nous sert le plus souvent que pour nous égarer. Dieu, dont la bonté est infinie, nous tire de cette pente au mal, que nous avons puisée en Adam, et nous donne une bonne volonté, qui nous fait tourner vers lui notre liberté, et l'employer à son service. Mais, hélas ! qu'il y a encore en nous de faiblesses et d'inconstances, jusqu'à ce que sa bonté nous ait appris, qu'il y a un autre moyen de rendre notre liberté toute puissante pour le bien, et toute faible pour le mal ! Ce moyen si sûr est de remettre cette même liberté entre les mains de son tuteur, par une résignation autant libre que volontaire ^.

[Laisser agir souverainement en nous le Dieu fort et jaloux.]

G amour inconnu, que tu es cruel, doux, terrible, délicieux, puissant, insatiable ! Que ne fais-tu pas éprouver à tes enfants ! Que tous les hommes les plus savants sont ignorants, si tu ne les instruis par toi-même ! Que tu es différent de ce que l'on s'imagine de toi, et de ce que l'on en déclare ! Tu réserves tes douceurs pour ceux dont tu ne fais que peu de cas, et tu gardes tes cruautés pour tes fidèles amis. Mais les cruautés les plus étranges sont plus aimables aux cœurs que tu possèdes, que toutes les douceurs ! Ta cruauté est douce, et ta douceur cruelle. Amour immense, infini, tu es autant éloigné de toutes sortes de bornes, que tu es élevé au-dessus de tous

I. Discours chrétiens et spirituels, t. II, Disc. XXXIX, p. 23a-5. a. Cf. fragment d'autobiographie, p. 6 et n. i ; même emploi de autant dans le paragraphe suivant.

32i FENELON ET M-* GUYON

moyens ! Celui qui croit t'acquérir par tout ce qu'il se propose, ne te connaît pas. On ne t'acquiert qu'en perdant tout, et en te perdant toi-même en apparence *. Tu ne veux ni exception, ni excuse, ni raison ; mais tu veux que tout cède à ton pouvoir, sans que celui que tu conduis ose te demander où tu le mènes, ni aucune raison de ta conduite. Tu ne veux que des aveugles et des insensés. Tu ne veux pas qu'ils appréhendent au milieu des périls les plus évidents ; et, lorsqu'ils semblent perdus, loin de leur tendre une main secourable, tu te ris de leur perte, tu te fâches de leur crainte ; tu les perds encore plus ; tu t'irrites contre leurs raisons, et tu n'as point de repos que tu ne les aies sacrifiés sans réserve.

Il y a des lumières qui sont souvent sans vérité, soit sur l'avenir, et autrement ; et les personnes, conduites par les dons extraordinaires, en ont beaucoup. Mais il y a des vérités sans lumières, qui s'impriment sans caractères, et qui ne laissent point de traces, comme elles n'ont point de formes. Les premières lumières ont des brillants et sont pour les âmes peu avancées : elles sont toutes incertaines.

Les secondes n'ont aucun brillant et ne paraissent point lumière à l'âme qui les possède. Elles sont souvent comme de simples pensées, auxquelles elle ne fait nulle attention ; et elle n'en ferait jamais, si on ne lui faisait dire les choses ; et, comme son état nu ne lui laisse point

1. « On ne trouve Dieu seul purement que dans cette perte apparente de tous SCS dons » (Fénelon, Instructions, XXIII, t. VI, p. 128, d).

2. Discours chrétiens et spirituels, t. II, Disc. XVI, p. loS-g; dernier paragraphe, L^//re*, t. V, Lettre LXVI, p. 899.

M»'e GUYON A FENELON 323

d'espèces * ni de pensées sur ce qu'elle a dit, à moins qu'on ne lui en renouvelle les caractères, elle perd tout.

Il faut cependant que la môme foi, qui s'exerce parla nudité, s'exerce aussi par la science qui y est communiquée : car, si Dieu ne déclarait rien à l'âme, et ne lui faisait part de ses secrets, il est certain que la voie de la foi ne serait point une docte ignorance. Elle est docte, puisque Dieu les découvre, et ignorante, parce que c'est sans manifestation, par manière de science cachée, et dont on ne peut faire nul usage, que lorsqu'il le veut.

[Recevoir avec petitesse non seulement les lumières générales, mais encore les lumières particulières et distinctes ; y apporter une croyance de soumission, sans s'occuper d'avancer ou d'exécuter les choses que l'Esprit nous révèle et fait annoncer.]

J'écris de plus mal en plus mal, je ne vois presque plus; mais vous relirez, sur le livre des lettres ^, ce que j'écris. Si vous ne pouvez lire mon écriture, je me contenterai de mettre ce que j'aurai à vous mander, à moins que vous m'en ordionniez autrement, le marquant à un point, pour faire voir qu'elles sont nouvelles ^.

CXXXni. — M'n« GUYON A FENELON *

J'espère que celui qui me donne le mouvement de

Page 1