Cf. Lettre précédente, p. 4 27 et n. a
égard un tiraillement intime. Il m*est aisé de demeurer abandonnée et soumise à tout ce qui me pourrait arriver personnellement par cette division, et je ne trouve chez moi nulle résistance ; mais Dieu ne veut pas que je vous remette entre ses mains, ni que je vous sacrifie à lui, mais bien que je vous retienne devant lui, malgré votre fuite *, et c'est ce qui me fait souffrir. Je me trouve dans une prière continuelle pour vous ; mais ce n*est plus cette prière douce et suave d*union qui ne demandait rien, mais qui, en recevant continuellement de Dieu, s'écoulait incessamment dans votre cœur^: c'est une prière affligée, qui demande pour vous que vous soyez remis en votre place. Satan a demandé de vous cribler^, mais j'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille pas. Ce 27 novembre 1689. Ma harpe est tournée en deuil, et mes orgues en voix de pleurs.
J'ai eu une douce invitation pour vous écrire, quoique je n'aie rien de particulier à vous dire, mais il faut obéir. Je me sens depuis hier dans un renouvellement d'union avec vous très intime. Il me fallut hier rester plusieurs heures en silence, si remplie que rien plus. Je ne trouvais nul obstacle, qui pût empêcher mon cœur de s'écouler dans le vôtre *. Les jours de souffrance et d'obscurité- à votre égard m'ont été extrêmement lumi-
I . Ce mot semblerait indiquer que Fénelon était resté quoique temps sans lui écrire ; cf. Lettre CXXII, p- 3 10 et n. a.