‹ Fénelon documents nouveaux et inéditsChapitre 39 sur 350 · Lettre citée du 2 décembre i688,p.2G · texte numérisé non relu

Lettre citée du 2 décembre i688,p.2G

C'est que par goiit, par respect humain, par prudence de diplomate, il aimait entourer de mystère cette s liaison dangereuse ». Son amie l'avait si fort scandalisé dans les premiers temps par sa vivacité irréfléchie et ses excentricités! L'abbé mondain, habile, H précautionneux n, « craignait horriblement d'être entraîné dans une conduite qui démonterait sa sagesse au: yeux de tout le monde ». Tout ce qu'il y avait en lui de raison purement humaine k jetait les hauts cria' a. Les commérages indiscrets des amies de Mme Guyon « le mettaient dans une amertume insupportable^ ». Mais, se rappelant que le Maître de la vie chrétienne avait été pour tous un objet de scandale, il s'attachait à elle d'autant plus fortement que son instinctive prudence y répugnait davantage. 11 réprimait « certains petits mouvements de doute » qui passaient dans son imagination', et s'abandonnait à elle en « pleine confiance » « par la persuasion de sa droiture, de son expérience et de ses lumières sur les choses intérieures ' ». Mme Guyon lui disait : « 11 ne vous faut point d'autre maître que l'expérience^; il me semble que mon âme vous en dit plus que tous les écrits'. » Et en effet, c'était le contact même de cette âme qu'il cherchait. Le Moyen court, les Torrents, tous ces gros manuscrits qu'elle lui avait mis entre les mains, il en faisait son profit, si parfois le goût lui

. Fénelon à Mme Gu^'on

i. lu.. Lettre du Veni 5. W., id,,p. ii5.

5, Lettre XV, p. fig.

XLll INTRODUCTION

venait de les ouvrir * ; mais ce n'était là que des manuels de Vie intérieure : ce qu'il voulait sentir c'était la vie intérieure même d'une âme privilégiée, ce qu'il voulait connaître, c'était, dans leur réalité vivante, ces états mystique? « qu'il n'avait point éprouvés* » et où son âme, avide de jouissances rares et d'émotions religieuses, désirait atteindre. C'est d'ailleurs ce qu'il a redit à tous ceux que cette étrange liaison laissait déconcertés ; il avait cherché une «âme d'expérience^ » : «J'ai cru Mme Guyon une très sainte personne, qui avait une lumière fort particulière par expérience sur la vie intérieure*. Je la crus fort expérimentée et éclairée sur les voies intérieures, quoiqu'elle fût très ignorante. Je crus apprendre plus sur la pratique de ces voie, en examinant avec elle ses expériences, que je n'eusse pu faire en consultant des personnes fort savantes, mais sans ea?/)meMce pour la pratique °. » Qu'importait dès lors qu'elle eût lintelligence médiocre, la langue inhabile et sans art, le vocabulaire théologique impropre ou erroné. « Quoique les expressions ne fussent peut-être pas conformes à la science, Vexpérience démêlait tout cela et contraignait d'approuver ce que l'on eût condamné sans elle ^. » On sentait que l'Esprit de Dieu travaillait en cette iemme et travaillait les autres par elle. Un jour que la Maisonfort

1. Il goûtait surtout le Moyen-court; cf. plus loin sa lettre du <) juin 1689, p. 161.

2. Fénelon à Mme Guyon, Lettre du 11 mai 1689, P* ï^?'^; cf. encore Lettre V, p. 25.

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