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Poésies, n» XII, p

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Il faudrait une excessive ingénuité, pour prendre au sérieus ces enfantillages mystiques et le cri de ralliement ; Heureux tes faas' \ Il serait plus qu'injuste d'abuser de quelques couplets de gascon, pour vouloir décrédiler un très grand esprit. Quand « le lils bien-aimé » de Mme Guyon se laissait emmaillotter comme un enfant pleurant et bégayant dans les bras de sa nourrice spirituelle, il demeurait pour le public l'heureux, l'habile et le séduisant abbé, homme d'esprit, diplomate presque roué, courtisan merveilleux. S'il avait voulu vivre dans la vie réelle sa s folie a d'amour divin, s'il avait éulé devant tous u l'imbécillité » enfantine de sa foi', il aurait donné au monde un spectacle plus scandalisant encore que les « abêtissements B de Pascal, L'admirable souplesse de son tempérament méridional et la casuistique maternelle de Mme Guyon lui épargnèrent ce scandale et lui laissèrent assez belles les apparences humaines. Toutes les ruines intérieures, sur lesquelles fleurissaient la simplicité et la a sainte enfance » de son âme régénérée, restaient invisibles au monde. Non seulement a l'eslérieur n'était point renversé » chez lui', mais Dieu voulait encore qu'il fût éminent parmi les hommes et qu'il les gouvernât pour sa gloire. On peut sourire

i. Poésie:

1" XII, p. 3iC.

h. Mme Gujon à FOndoii. Lc-llru \\.l, |

XGII INTRODUCTION

aujourd'hui du général des Michelins. Mais le général n'a souri ni de lui-même, ni de son armée, ni de sa victoire prochaine : II se voyait déjà à la tête du « grand peuple » qu'il conduisait à Dieu ; c'est avec un pieux et robuste espoir qu'il regardait grandir ce « petit prince », élu du Seigneur, qui devait être un « saint », lui aussi, et le porte-étendard de son ancien maître devant les hommes. C'est donc de toute son âme qu'il a cru au « dessein de Dieu sur lui », et à Mme Guyon comme à l'instrument de ce dessein*. Il est certain que cette foi, cette « intime assurance * » ont illuminé ses débuts à la cour et soutenu la dignité de son courage dans les années d'exil. Il y a dans ses Plans de gouvernement, dans ses Mémoires et sa correspondance politiques une telle fertilité de détails, une organisation si minutieuse et si précise de « son peuple », qu'on sent en lui l'invincible certitude d'un avenir imminent. Tout ce qu'avait naturellement d'énergies ambitieuses cet homme si avide de diriger et de conquérir, se réveillaft dans ces visions saintes, y trouvait une force nouvelle et comme une justification.

Mais il valait mieux pour lui, j'entends pour l'harmonieux développement de sa vie intérieure, que tous ces rêves restassent des rêves, que chacun lui apportât dans la douleur une désillusion et l'obligeât à chercher au dedans de lui ce « royaume de Dieu », dont il voulait trop visible la réalisation. Son histoire tout entière n'est que le conflit de son tempérament et des faits. Par toutes les ardeurs de sa nature, il était préparé

1. Fénelon à Mme Guyon, Lettre du Vendredi saint, iCSq, p. ii5.

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