Barbier de Montault, p. 107, ii
2. La citation est des plus inexactes. Il n'y a pas de lettre du 11, et" on lit dans celle du 1 2 : « Le nisis venu de la Chine vous soulage-t-il. Vos souffrances sont longues. Je remercie Dieu tous les jours de la patience qu'il vous donne, etc. » (76i(/. , p. 127).
3. Godard-Faultrier, loc. cit., p. 3-5. Barbier de Montault, p. 169.
mis en relief. Des plus expressifs, il confirmait la thèse j de M. l'abbé Delplanque et appartenait à son livre, d'où se dégage un portrait de Fénelon dont la précision n'a point été jusqu'ici dépassée. Terminons par une dernière citation du rapport de l'année 1849 :
Enfin, son esprit de douceur qui ne le quitte jamais, lui fait adresser ces lignes, à la date du i/i juillet 17 14 (lire 1704), au chanoine Robert : a L'esprit d'àpreté et de hauteur m'épouvante dans le père G[erberon] et dans le parti... Rien n'éteint tant l'esprit de grâce, qui est celui de douceur, d'humilité et de déférence aux supérieurs. « « Priez pour moi afin que Dieu seul fasse sa volonté en toutes mes actions, et pour vos anciens amis, afin que l'onction qui enseigne toute vérité leur apprenne la bienheureuse science qui désapproprie l'homme de toutes les autres. O que la véritable oraison de cœur amortirait les disputes • ! »
Il convient donc d'éviter tout soupçon d'ingratitude envers le membre de la société angevine qui a le premier signalé ces lettres, et la publication qu'en a faite l'éditeur de 1860, leur assure le droit de prendre place dans la correspondance de l'archevêque de Cambrai. J'ai, depuis peu, publié, dans un pressant appel en faveur du complément de la correspondance de Fénelon, onze lettres complètes de celui-ci au collectionneur Gaignières, du i5 mai 1691 au 3 février 1707-, et plusieurs lettres, malheureusement fragmentaires, qui n'ont pas encore trouvé place dans les éditions. Contraint de demeurer ici dans le domaine des pures « indications », je citerai seulement, comme appartenant plus directement à la question du pur amour et aux débat du quiétisme, la conclusion d'un mémoire assez curieux que l'illustre fille de Mme de Sévigné écrivit de sa propre main, vers l'année 1697, au moment où l'appari-
1. Communication de M. de Beauvoys-De.sfaveries, loc. cit., p. 4-5. Barbier de Montault, p. 74.
tion du livre des Maximes et la division éclatant entre l'évêque de Meaux et l'archevêque de Cambrai commencèrent de passionner les esprits. Cette pièce peut légitimement être ajoutée au procès, non pour dirimer le débat, mais pour faire apprécier l'état de l'opinion soi-disant éclairée. En cartésienne convaincue, plus capable de trancher et de décider par elle-même que de refléter simplement ce qu'elle entendait dire, Mme de Grignan, dans cet autographe, nous met au courant de son sentiment personnel. Ce mémoire, qui appartient aujourd'hui à l'importante collection des autographes de Morrisson, ne nous est connu présentement que par une citation ; le début, comprenant un détail des propositions en litige entre Fénelon et Bossuet, n'a point été livré au public.
Sy ces deux propositions sont vrajes, il n'y a point de dispute moins subtile que celle de M. de Cambray et de M. de Meaux.- J'appelle subtile un sujet douteux, captieux, qui n'a pour base qu'une vraisemblance au lieu d'une vérité constante. C'est argumenter par des principes plus obscurs que l'obscurité qu'on veut éclaircir et clicrcher la lumière avec les ténèbres. Ce caractère de subtilité est celuy de toutes les disputes de controverses ; l'un des partis dit blanc, l'autre dit noir ; ils font des multitudes d'écrits, ils raisonnent justes {sic) ou non, selon la bonté de leur esprit, mais au font quel est le fruit de la dispute, quel est le plaisir de celuy qui l'escoute sy pour sujet et pour principe vous avés une. opinion probable au lieu d'une vérité incontestable, un préjugé, une prévention, l'opinion des autres au lieu de votre propre connoissance, de vostre propre sentiment, conscience, conviction intérieure. Quelle erreur de soutenir que cette fameuse controverse de M. Claude et de M. Arnaud soit plus intelligible que celle de M. de Cambray et de M. de Meaux ! il est aisé d'en voir la différence sur ce que je viens 'd'establir et il doit demeurer pour constant que cette dernière dispute est la plus solide et la plus intelligible de toutes les disputes, celle qui est la plus à portée de l'esprit et du cœur humain, dont il est juge naturel, qui l'intéresse le plus. Il y est question de ce qu'il sçait faire essentiellement, connoistre, aymer
Dieu, c'est là tout l'homme, c'est son essence et sa fin, ?on action nécessaire et naturelle. Il est vray qu'il y a des degrés de connoissance et des degrés d'amour, mais sy ce grand objet estoit souvant médité, il seroit plus connu et par conséquent plus aymé et nous remplirions mieux les fonctions auxqueles nous sommes destinés et nous confesserions la dignité de noslre estre ; nous n'en perdrions pas une partie en nous avilissant dans une attache honteuse au néant de nous mesme. C'est ce mélange d'amour de nous mesmes plus ou moins fort qui fait la différence des cinq amours de M. de Cambray, et quelle est la difficulté d'entendre ce plus ou ce moins quand on entend une fois Dieu, amour, néant ? Ces trois noms nous sont connus, la définition des deux premiers est faite. Le néant qui n'a point de propriété n'a point de définition ^.
A qui cette dissertation s'adressait-elle, si toutefois elle était destinée à un correspondant? Aucun élément de réponse ne nous est fourni. A coup sûr, il y apparaît que la marquise de Grignan n'est point de l'avis de sa mère. Si nounie qu'elle fût de Nicole et des « bouillons » qu'elle en voulait faire, Mme de Sévigné, demandant qu'on « épaissît un peu la religion », qui, à son sens, s'évaporait toutes dans les questions du quiétisme, eût été loin sans doute de considérer les débats entre Fénelon et M. de
I. Alfred Morrisson. Catalogue of ihe Collection of autographe and hislorical documents formed between i%65 and 1882. 4 volumes iii-4. (BN. Réserve yQ 11, t. II, p. 20O). A Mémorandum, in-4 de 8 pages. Dans la même collection figure, au mot Fénelon (t. Il, p. 117), l'indication de plusieurs lettres de celui-ci dont quelques-unes ne sont point entrées dans les éditions. Voici les six numéros mentionnés : i . Abbé de Féne-
i Ion à Mabillon, Versailles, 28 janvier 169^ : condoléances sur la mort de D. Germain. — 2. Cambray, décembre 1697 : c'est la lettre à Bossuet
( rapportée par Phelipeaux, p. 189 de sa Relation. — 3. Au cardinal ***, Versailles, i8 avril 1697. — 4. A un. destinataire inconnu. Cambrai, 3 novembre 1708, long commentaire sur un passage de saint Augustin à propos de l'action divine sur la volonté humaine, p. 8. In-i. — 5. Al'évêque d'Avrancbes, 28 septembre 1709, p. 2. In-4. — 6 A Mme Roujault. Cambrai, 19 janvier 1718, p. i. In-4. Ajoutons une lettre de félicitations à un cardinal, écrite de La Haye, le 23 janvier 1788, par le petit-neveu de l'arcbevcquc, le marquis de Fénelon. né en i6S8(/6irf., p. 118).
FKNELON
Meauv comme plus saisissables que la dispute de Claude et d'Arnauld.
Il me sera loisible de revenir à la correspondance proprement dite de Fénelon, soit en reprenant diflérents points du nouveau livre soit en indiquant divers correspondants à mettre en lumière, comme les bénédictins dom Lamy et dom Quirini '. plus liés à Fénelon que la majorité de leurs confrères-. Pour mentionner en passant une source trop peu explorée et dont l'accès deviendra, espérons-nous, plus facile à mesure que les collaborateurs delà i?ei'«^J/a/)(7/o« publieront la correspondance des Bénédictins d'autrefois, je me contenterai de quelques extraits, à titre d'exemples, montrant comment, pour l'histoire du procès plaidé à Rome, les lettres du temps se tiennent et nous mettent au courant des phases de la lutte engagée. Dom f^stiennot, entre autres, surtout dans ses lettres confidentielles, est des plus animés. Prenons en spécimen quelques missives de l'année 1698, au moment où l'alTaire touchait à son terme. Le 3o mars, il écrivait à Mabillon, avec l'entête soli, qui lui permet plus d'expansion :
... On ne sauroit encore rien dire de sûr sur le livre de M. de C. II est attaqué et deffendu comme une citadelle de >"amur. Il nousfaudroit une conversation de Saint-Germain à Saint-Denys pour
1 . Voir les lettres de D. Quirini à Fénelon publiées par M. A. Rcbrlliau, Revue Fénelon, ^ma 1910, p. 5 à 26.
2. La lettre de Mabillon à Fénelon, le félicitant de sa promotion à
I archevêché de Cambrai (iGgS) eut une réponse qu'a publiée Chavin de Malan, p. 286, sous la date du 2 janvier, commençant par les mots : < Quoi que les compliments ordinaires », etc., sans- aucune référence.
II écrivait un mois après : « Vous nesçauriez, etc. ». On marque comme source pour cette seconde lettre : Mss P. (manuscrits particuliers). Or, celle-ci se lit en autographe au manuscrit 17679 du fonds français delà Bibliothèque nationale, f» 80. Bien que reproduite, incomplètement du reste, dans louvrage de M. Emmanuel de Broglie, p. 122 du tome I, elle ne figure dans aucune édition des lettres de Fénelon. J'ai publié le tout dans Bossaet et Fénelon. L'édition de leur correspondance, p. 20 et suiv.
LA CORRESPONDANCE DE BOSSUET ET DE FÉNELON a8l
VOUS pouvoir dire tout le reste et sur cette matière et sur les missions de la Chine et sur d'autres choses qu'on ne peut pas confier au papier *.
A Rome, i5 avril i6g8.
... Le livre de M. de C... est véritablement en party 2. S. S. veut pourtant que cette affaire finisse à la Pentecoste ; mais on attend le bénéfice du temps. En vérité, mon R. P. et très cher amy, c'est une comédie que ce monde et quand les gens ont ce à quoy ils aspirent, ils changent de génie aussy bien que de condition. Nous l'avons treuvé tel, nous le laisserons tel^.
A Rome, 20 may i6f)8. Soli.
... Il y eut hyer une assemblée extraordinaire du Saint-Office sur le livre de M. de C. Le bruit mesme court qu'il y fut condamné, mais je ne vous en sçaurois rien dire d'asseuré. Ce qu'il y a de sûr est que M. le Nonce a escrit icy que S. M. se plaignoit des lenteurs de cette Cour sur cette affaire, et que l'ayant recommandée à S. S. auec chaleur, il y avoit plus d'un an que par intrigue et cabale on la faisoit durer, qu'il estoit bien informé de tout et qu'il ne pouvoit pas ne pas voir que S. S. ou ses minisires n'avoicnt pas pour luy autant de déférence qu'il en avoit eu pour le Saint-Siège, que cela estant, si on en finissoit promptement cette affaire il sçauroit bien le moyen de la faire finir. Cette lettre a fort inquiété le S. P. qui vouloit que le jour mesme de la Pentecoste on la conclut ; mais comme le jour n'estoit pas propre, on a remis la Congrégation au lendemain qui fut hyer. On ne srayt pas encore ce qui y fut résolu. Ce que je vous puis dire est qu'il est très difficile de sauver le liyre, que l'embarras n'a pas esté là, car il y a long temps qu'il auroit esté mis à l'indice sans
1. Fr. 17679, f" /i3. La lettre du aô mars roule sur la dextérité d'un des examinateurs. « Pour le P. Mire, il ira loing. Il est un des examinateurs du livre de M. de G. et entre nous, il n'est pas pour le livre, mais il se conduit avec tant de ménagement que ny les uns ny les autres n(^ se plaignent de luy... » (f" 4i).
2. C'est-à-dire : il est véritable que les examinateurs sont partagés, finq pour la condamnation, cinq contre.