I. Fr. 19208, f" 118. — 2. Voir plus haut, p. 206 et
La doctrine de l'amour pur n'a pas été, écril-il, dans la vie de Fénelon, un de ces systèmes qxie l'on adopte passagèrement pour les abandonner ou les remplacer, quand il sont passés de mode ou qu'on s'en est détaché par lassitude ; elle n'a pas été l'idéal d'un moment qui s'exprime dans un livre, pour être négligé et oublié ■ dans la suite. Non ; elle a été sa doctrine et son idéal ; on peut dire sa seule doctrine et son seul idéal. Si nous avions réussi à le démontrer par cette analyse de la correspondance, nous aurions rompli notre dessein. Quelques traits principaux de son caractère s'expliquent ou se sont révélés surtout par là : la sécheresse, la tristesse, voisine du pessimisme, dont il s'accuse ; sa sévérité parfois outrée ; une confiance imperturbable dans son sens propre ; une opiniâtreté douce, mais invicible à le défendre, à le réserver, à le sauver ; un souci de l'opinion, une habileté, et dans le même moment, dans la même aflirmation, dans la même négation, une complexité de sentiments qui peuvent se concilier difficilement avec l'absolue sincérité*. Mais c'est peut-être aussi dans le mélange et parfois le conflit de cette doctrine avec un tempérament extraordinairement affectueux qu'il faut chercher une part du talent de Fénelon et le secret de sa grande influence sur les âmes 2.
Ce jugement, qui peut fort légitimement être discuté, a du moins l'avantage de condenser toutes les vues de: l'auteur, de ramener à une unité systématique, si l'on' \eut, mais puissamment liée, les deux parties de l'ouvrage, et d'exprimer nettement la conception originale qui a guidé toujours et souvent éclairé l'auteur de ce livre d^ valeur, line des-études les plus consciencieuses et les ph « fouillées » qui aient paru sur l'attachante physionomie de Fénelon. Abordons la critique directe de cette œuvrei non par une analyse, mais par une sorte de descriptioi extérieure, grâce à laquelle nous toucherons certains pointa de détail, pour adresser à l'auteur quelques « chicanes secondaires.
1. Ces afBrmntions contestables, issues de la tradition établie dcpuia le livre massif de Crouslc dont on a récemment démontré les procédési ont eu et auront encore leurs réponses et leurs réfutations pércmptoiresj