Le mot en a été surajouté en interligne
3. A cet endroit s'arrête le premier feuillet double. Au bas de cette page, devenue la quatrième, on trouve une croix et les lettres A M. début probable d'une lettre datée de Meaux ; Bossuet s'est contenté de retourner sa feuille et de commencer, sur le recto du premier feuillet, une nouvelle lettre.
3 I 6 FÉNELOX
Je recoi en ecriuant cette lettre <;de>> nos excellentes harangues d'un style uraiment saint et episcopal et l'en ressens une ioye extrême.
En présupposant Monseigneur que M"" Pirot aura trouué le moment de faire uoir a U. E. une longue lettre que ie luy auois «crite par rapport a uous, i'aurai l'honneur de uous rendre compte ■de ce qui est uenu depuis a ma connoissance *. le uoy que M"" Bourre t 2 persiste touiours a maintenir la traduction qu'il a <Cepr^ approuuée : ce qui m'étonne au delà de tout ce que ie puis dire, mais comme on adiouste neantmoins qu'on est disposé a satisfaire tout le monde, ie prends la liberté de supplier U. E. de
1. La lettre à laquelle il est ici fait allusion, est sans aucun doute, •celle du 28 mai 1702 (Lâchât, t. XXVII, p. 266)où on lit ; « Je crois... qu'en même temps qu on corrigera cet ouvrage, il ne sera pas permis de se taire sur les autres erreurs de ses critiques, pour deux raisons, etc. » Ce sont ces raisons que Bossuet rappellera plus bas dans sa lettre au cardinal.
2. Sur M. Bourret, suivant la pensée des premiers éditeurs des Lettres de Bossuet, il est bon de lire salcItreàM. Bertin,du 3o juillet 1702. Lâchât, Ibid., p. 278. Il sufBt d'ailleurs à notre propos — car ce n'est point ici le lieu de faire 1 histoire de Richard Simon — de transcrire cette page du Journal de Ledieu, où nous devinons le sens de la réponse que le cardinal fit à la lettre du 5 juin.
«Ce samedi i^^de juillet à Paris, M. de Meaux est tout entier sur l'afTaire de M. Simon. Il est constant que son livre se vend publiquement à Amsterdam et à Lyon. De là M. de MeauX conclut qu'on ne peut plus remédier au mal qu il va faire qu'en le condamnant à Paris par une censure solennelle. Au reste M. Simon est actuellement à Paris, logé à Saint-Etienne des Grés, disant souvent la messe aux Jacobins de la rue Saint-Jacques. M Bouret, sorboniste, son approbateur a promis d'en conférer avec M. de Meaux, et de le satisfaire sur les principales fautes qu'il trouve dans M. Simon. Cependant M. de Meaux m'a dit encore à moi-même qu'il faut que|Cc livre soit censuré, et il faut bien qu'il en oit déjà quelque espérance de la part de M. le cardinal de Noailles. Aussi étant allé aujourd'hui dimanche 2 juillet, diner à Gonflans chez le cardinal (avec Pirot et l'abbé Bossuet) il est revenu avec une grande gaieté et comme un homme content de sa négociation ». Journal, t. II, p. 296 Cf. au 6 juillet p. 297 et 10 juillet, p. 298 ; 27 juillet, p. 299 ; 28 août, p, 3o3 ; i4 sept., p. 3o6, etc. Voir aussi et surtout les Lettres de Bossuet. Lâchât, XXVII, pp. 260 à 274.
LETTRE DE BOSSUET AU CARDINAL DE NOAILLES SlJ
considérer <trois> deux choses essentielles: la première la nécessité de faire non seulement tous les cartons qu'il faudra comme si le Hure estoil a imprimer, mais encore d'exiger que les corrections soient releuces et données au public, la raison est que le Hure s'est débité chez les étrangers tel qu'il est ; de quoy i ay la preuueen main : de sorte que le public sera induit a erreur si on ne marque expressément toutes les fautes qui auront esté corrigées, la seconde chose qvie ie propose a<;uo> U. E. c'est qu illuy plaise de demeurer ferme a uouloir que l'auteur satisfasse a L'Eglise sur toutes les erreurs dont il a rempli ses critiques scandaleuses : sans quoy il n est pas possible de souffrir la publication de sa uersion ; par ce qu'en ie corrigeant sur ce dernier ouurage sans parler des autres, c'est ouuertement les laisser autorisez : pour toutes les raisons que j'ay exposées dans ma lettre a M. Pirot :
Pour peu qu'on presse l'auteur dnns une chose si iuste il y uiendra: et s il refusoit, on auroit droit d'arrester <;lau>> sa téméraire et ignorante uersion. au surplus Monseigneur si U. E. me fait l'honneur de m'appeler au conseil qu'elle tiendra sur cette affaire, ie l'asseure par l'attention que i'ay eue a ces sortes de critiques depuis uint ans, que ie fermerai la bouche dieu aidant a tous les contredisans estant prest a donner au iour les démonstrations les plus conuainquantes.
J'ay sceu de bon lieu Monseigneur <;;les bo> la continuation des bontez particuHeres de U. E. ce qui me donne une ioye parfaite et un courage inuincible <Cs]> a trauailler pour la uerité et pour 1 égUse. le ne dis rien de mon respect et de mon obéissance,.
j- J. Benigue E. de Meaux
A Meaux 5 juin /702.
Je croy bien sauoir que M. Simon qui doit a tout le monde, assigne le payement sur le débit du nouueau Hure : c'est a dire aux dépends de la uerité. c'est un homme très artificieux et très adroit et le plus capable qui soit au monde a en faire accroire.
Sans prétendre commenter en détail la fin de cette lettre, je me contente d'y ajouter, comme épilogue, divers fragments d'une correspondance adressée au P. Léonard de
3t8 fénelon
Sainte-Catherine de Sienne'. On sait que ce collectionneur zélé se tenait au courant de tous les faits divers.
Je n'ai pu identifier le correspondant dont je citerai les lettres ^, car sa signature a été ou déchirée ou raturée si soigneusement, dans chacune des lettres, par le P. Léonard lui-même, qu'il est impossible de deviner le nom. On peut conjecturer seulement par certains détails qu'il était professeur, de belles lettres probablement, et faisait partie de l'Université.
Dans une lettre du 5 août 1702, il nous fait connaître la mise en vente du Nouveau Testament de Richard Simon. <c M. Pirot, écrit-il, aprit au prima mensis dernier qu'on vendoit le nouueau testament de M. Simon, il en témoigna beaucoup d'étonnement. »
Sa lettre du 12 du même mois nous Indique que le P. Léonard lui avait demandé le secret sur la participation de Bossuet aux poursuites entreprises contre l'ouvrage :
Lorsque je recous votre lettre cjui faisoit mention du Nouveau testament de M. Simon, il y auoit déjà quelques jours que j'auois écrit à ^L Bernard pour luy faire réponse sur ce qu'il me demandoit toucliant l'examen de cette traduction. Je luy auois mandé ce qu'on m'en avoit dit en ville savoir que M. de Meaux, M. Bouret et quelques autres docteurs l'examinoient, etc., sans prévoir aucune suite de cette nouvelle. Je la luy avois mandée telle que je lasavois, mais d'abord que vous <Cm'eutes>> m'ecrivites <<c[ue> ce qui en étcit et que en même temps vous me marquiez de ne point nommer M. de Meaux, j'écrivis aussitôt à M. Bernard que je le priois de point rendre public ce que je lui avois dit, mais il etoit un peu tard comme il me le marque dans sa letre. Il y a pourtant quelque différence entre ce que jai écrit à M. Bernard et ce que vous aviez mandé la dessus.
I. V. la notice que lui a consacrée M. de Boislisle dans sa magistrale édition des Mémoires de Saint-Simon, t. I, p. xlvi-xlix.
a. Elles sont extraites du ms, de la Bibl. Nat., fr. ig.îoâ, fol. 91 v", gS, 109, II 5, etc.
LETTRE DE BOSSUET AU CARDINAL DE NOAILLES SlQ
Enfin par ce qu'il écrit au 29 septembre, on voit que le débit du livre, que la défense contribue au contraire à mettre en vogue, n'est guère arrêté. On y trouve aussi une nouvelle preuve de la liaison étroite de cette censure du Nouveau Testament avec la prétention de Pontchartrain de soumettre à la revision des censeurs les ouvrages des évêques ' .
Depuis que le nouveau testament de M"" Simon est défendu on le recherche avec empressement quoy qu il en couste, on dit qu'il se vend i4 à i5 francs, les libra'res sont fort allarmés de cette défense. On dit même que M. le chancelier n'en n'est pas contint. quelques uns même m'ont asseurc que M. de Noailles avoit alfecte d'y nommer le journal des scavans par raport à M. le chancelier qtii en est le protecteur. Cette affaire fait depuis quelques jours le suiet des conversations. «
Le mécontentement de M de Pontchartrain se manifesta par les mesures qui soumettaient au visa du chancelier les ouvrages et mandements des évêques. Le P. Léonard en avait sans doute écrit à son correspondan! .qui lui répond, le ili octobre 1702 :
J'av entendu dire aussi bien que vous que M. le chancelier voidoit que la lelre pastorale de M"" d(! Meaux ne parus qu'avec l'approbation des docteurs nommés pour ce par M' le chancelier, mais on ma dit de plus qu'il prétendoit faire examiner la traduction de M'' Simon dans une assemblée générale de la faculté de Théologie '^.
I V. Lâchât, t. XXXI, p. Go-gS.
2. Il faut rapprocher de cette lettre au P. Léonard, la lettre du' 3i octobre 1702, écrite par Bossuet au cardinal de Noailles et qui, par une distraction singulière, a été signée : J. Bénigne, E. de Maintenon, Lâchât, t. XXXI, p. 81. L'autographe, du moins pour le dernier fragment, est à la Bibliothèque communale de Rouen. Cf. mes Lettres de Bossuet révisées sur les manuscrits autographes. Sueur-Charruey, 1899, in-8, p. 71 . '
C'est donc à ces dernières luîtes de la vie de Bossuet que se rattachent et les lettres du correspondant inconnu du P. Léonard et la lettre au cardinal de Noailles du 5 juin 1702, à laquelle nous revenons, pour en étudier la première partie.
Celle-ci, qui concerne Fénelon, prouve que Bossuet n'avait point désarmé et surveillait avec grande sollicitude tous les faits et gestes de l'archevêque de Cambrai. Les deux prélats étaient en somme demeurés des adversaires.
On sera donc moins scandalisé de voir, à un année de là, Fénelon écrire à l'abbé de Langeron, le 4 juin ï~o3, à propos du jansénisme : « Vous ne mandez rien ni de la santé de M. de Meaux, ni de ses opinions, ni de son procédé, ni du parti qu'il prendra pour se déclarer par cjuelque acte public. Si on fait des mandements, il faudra bien qu'il parle ou que son silence découvre le fond '. »
Sans s'étonner outre mesure de cette animosité, persistant de part et d'autre après le bref de 1699, encore fautil ne pas la voir que d'un seul côté^. Les deux grands hommes ont été hommes, et tous deux à ce titre, relèvent de l'histoire ^.
I Œuvres, éd. Aimé Martin, Firmin-Didot, iSS3, in-i. t. III, p. 57''>. col. 2.
2. Ce serait un peu trop peut-être la tentation de défenseurs à outrance de Bossuet, lequel n'a nul besoin d'être défendu. Parce que l'évêque de Meaux a soutenu, dans celte querelle fameuse, les droits de la vérilé, on veut oublier tous les torts qu'il a pu avoir et lui faire un mérite de l'àpreté de certaines poursuites. Mais Bossuet n'aurait pas souffert qu'on appliquât, nicnic à son bénéfice, la préfendue maxime : la fin justifie les moyens, et s il a mérité quelque reproche, il serait le premier, la lutte étant maintenant bien finie, à refuser qu'on ne relevât de torts que cher. son adversaire.
3. La meilleure méthode est donc de citer leurs lettres et leurs actes et tous deux doivent être, sans passion pour ni contre l'un ou l'autre, jugés par ce qu'ils ont dit et fait. Une lutte de partisans autour de ces grands morts, qui passionnent leurs amis parce qu'ils vivent toujours, ne convient point à l'impartialité un peu froide de l'histoire, qu'il faut