LETTRE DE HOSSLET AU CARDINAL DE N'OAILLES
Une autre conclusion à tirer, c'est que le début de cette lettre, par la mention que Bossuet y fait de cet écrit de V Excellence de Z)ic«, courant sous le manteau dans la capitale, en 1702, soulève un problème bibliographique. Jusqu'ici les auteurs ont donné comme date d'apparition du Traité de Vexislence de Dieu, l'année 1712*. Faudrait-il donc admettre que dix ans avant l'édition tenue pour édition princeps, aurait paru un essai anonyme, imprimé peut-être à l'étranger? J'ai vainement feuilleté, pour en
affranchir de tout plaidoyer. C'est l'efTort qu'il est utile de demander à tous les amis de Bossuet. Quoi de plus sage à cet égard que la conclusion du travail de M. Levesque, Bossuel et Fénelon à Issy (extrait du Bulletin trimestriel des anciens élèves de Saint- Salpicè), Limoges 1899, p. 22. « Rien de souhaitable comme la cordiale union, survivant à toutes les divergences d'appréciation, de tous ceux qui s'adonnent à l'étude de cette glorieuse figure. Le zèle pour Bossuet ne doit point diviser, mais
unir.
1. Plusieurs bibliographes donnent, à tort, lyiS, »ans faire attention que la Lettre de Leibniz à Grimarest, qu'ils citent eux-mêmes comme une appréciation flatteuse sur le livre, est de 1712. Pour être tout à fait exact, il faut rappeler avec M. Gosselin, dans son Histoire littéraire de Fénelon (V. en tête de l'édit. Gaume des Œuvres de Fénelon, 10 vol. i85i, t. I, pages 5 et 6), que la première édition, avec préface du P. Tournemine (à Paris, chez Jacques Estienne 17 12, in- 12 de 3i3 pp.), ne contenait que la première partie. Elle avait pour titre Démonstration de l'existence de Dieu, tirée de la connaissance de la nature et proportionnée à lafoihle intelligence des plus simples. V. Mémoires de Trévoux . Mats itiS. La seconde, publiée en 1718, trois ans après la mort de Fénelon (Paris, Estienne, 2 vol in- 12), par les soins du Chevalier de Ramsay et du marquis de Fénelon, petit-neveu de l'archevêque, contenait les deux [parties, sauf deux passages qui ne virent le jour que dans l'édition d'Amsterdam, (Euvres philosophiques, 2. vol. in-12, 1731,
Il eût fallu, — mais j'ai dû laisser ce soin à des chercheurs de plus grand loisir et habitant Paris, — compulser les Registres de la Librairie, à la Bibliothèque nationale. Peut-être y aurait-il chance de trouver quelque chose dans les papiers du P. Léonard, soit aux Archives nationales, dans les Nouvelles journalières de la littérature, i698-i7oG,ou les ISouvelles à la main, 1701 à 1708, soit à la Bibliothèque nationale, dans les Nouvelles de la République des lettres, et dans d'autres notes relatives à la bibliographie.
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trouver une autre preuve, les nouvellistes de Hollande, Leclerc et Basnage, \e Journal des Savants et autres comptes/ rendus littéraires de 1700 à 170/i. Vainement aussi j'ai parcouru la Correspondance de Fénelon pour trouver trace de cet écrit sur V Excellence de Dieu, qu'il serait intéres-sant d'identifier. Toutefois si l'archevêque de Cambrai n'y j fait nulle part allusion, il nous apprend, je crois, quel fut i ce second opuscule dont Bossuet ignorait le titre.
« J'avais oublié, mon très cher fils, écrit-il de Cambrai à l'abbé de Langeron (i 5 novembre 1702) de vous mander que le P. Sanadon m'a écrit que M. de Meaux avoit dit à un de ses amis, qu'il paroissoit depuis peu, un écrit de spiritualité composé par moi, dans lequel je recommençois à insinuer adroitement toutes mes erreurs. Je ne saurois m'imaginer sur quel fondement il parle de la sorte; car je n'ai donné au public aucun ouvrage de spiritualité, surtout depuis notre dispute. Il est vrai qu'auparavant on avait imprimé, à mon insu, quelque discours sur la prière, qui était tiré de quelque copie informe de ce que j'avois écrit ou prononcé. Mais M. de Meaux avoit vu cet imprimé, il y a plus de sept ou huit ans, et n'y avait rien trouvé de mauvais. Pour moi, je n'ai point ce petit livre, et je ne saurois y dire ce qui est, tant j'y ai peu pris de part. S'il contenait quelque proposition douteuse, M. de Meaux n'auroit pas manqué de me le reprocher dans notre dispute Je voudrois bien que vous fissiez savoir ceci en secret au père Sanadon '. »
Cette lettre semble fournir un élément pour la solutioi du problème de bibliographie soulevé parla lettre de Bos' suet, sans le trancher cependant.
Vraiment le débat reste ouvert.
1. Fénelon. Correspondance, éd. 1827, t. II, 79* des Lettres diverses. p. 480. — Le traité sar la prière a été inséré dans le recueil des Ser mons. V.t. XVII de la même édition, p. 817.