LETTRE DE BOSSUET AU CARDINAL DE NOAILLES
Rien d'étrange d'ailleurs si l'on songe qne les problème^ sans solution abondent dans l'histoire des livres de ce grand siècle que l'on croit si connu.
Le P. Henri Chérot à cjui je communiquais cette découverte et quelques autres, me répondait, dans une lettre du ik novembre : « Toutes vos trouvailles sont intéressantes ; celle sur Fénelon surtout. Mais croyez bien que la bibliographie entière du wii"^ siècle reste à faire. Un professeur distingué delà Sorbonne médisait encore tout récemment, après avoir mis la main à l'œuvre : a II y aurait bien des fouilles à faire dans les Catacombes bibliographiques du xYii"^ siècle. »
Un récent exemple doit être allégué à l'appui de cette thèse, et il est d'autant plus à sa place, qu'il concerne l'archevêque de Cambrai. On sait en effet que, par un article très documenté, intitulé : Les premières rédactions de la Lettre à V Académie, M. l'abbé Ch. Urbain a démontré dans la Revue d'histoire littéraire de la France \ que le Mémoire sur les occupations de V Académie française imprimé dans l'édition Lebel, tome XXI, page i45-i55, et souvent placé en tète des éditions classiques de la Lettre à VAradémie, n'est nullement l'œuvre de Fénelon. Ce mémoire n'est, à aucun titre, comme l'on avait cru, le projet de la Lettre écrite par l'archevêque de Cambrai et doit être restitué à M. de Valincour, comme le prouve fort solidement M. l'abbé Urbain. — Par contre, l'auteur de cet intéressant article nous rend les véritables premières rédactions de cette Lettre à V Académie, à savoir « une copie revue par l'auteur... embrassant sous une forme plus succincte, la matière de l'ouvrage entier » et les quatre premiers chapitres, d'après le manuscrit aulrographe de Fénelon, dont, par jnalheur, il ne reste que les vingt-quatre premières
I. i5 juillet 1899, pp. 367-^07, et tiré à part. Paris, Colin, 1899, pp. 42.
pages. Mais je ne puis que renvoyer à celte étude et je souhaite, en signalant, dans cette découverte, une nouvelle preuve de toutes celles qui nous restent à faire, que ces « Catacombes » de la bibliographie de xvn'' siècle, attirent de plus en plus les chercheurs et rencontrent de nombreux Rossi. La galerie des ouvrages de l'archevêque de Cambrai mériterait de tenter plus d'un amateur d'histoire.
En appendice à cette lettre où Bossuet dénonce Fénelon au cardinal de Noailles, il convient d'ajouter l'extrait d'une des lettres où le frère du cardinal, l'évêque de Châlons, s'attache à surveiller la doctrine de l'archevêque de Cambrai. La lettre, non datée, est des environs du 4 octobre 17 1 1 '. Gaston de Noailles correspondait (en chifires) avec son frère le cardinal. Leur correspondance méritera d'être mise au jour plus amplement que par les citations incomplètes données par la Revue Bossuet^.
« Je n'ai rien de nouveau a vous mander sur ce que je vous ai écrit dans ma dernière lettre. M. l'Eveque de Troyes ' commence à témoigner quelque courage ^. Il a attiré dans sonDiocezeun jeune ecclésiastique de Reims persécuté par les jésuites qui l'empêchèrent de soutenir devant l'assemblée provinciale une thèse de licence dédiée à M. l'arch.
1. Elle est ail manuscrit fr. 232o6, après une lettre toute semblable copiée deux lois et cliillrce aussi, datée d'Haavilliers ce 4 octobre ijli, commençant par : A mon arrivée à Chdlons... où on lit : « Avez-vous reçu de Rome une copie fidèle de la lettre aux deux évêques (de Luçon el de La Rochelle). ... Je vous prie de tirer de M. le curé de Saint-Barthe- Icmy une copie de la lettre de M. de Chartres à M. de Cambray sur son infaillibiltté et de vouloir bien me l'envoyer. »
2. Bévue Bossuet, ^anyier 1901, p. Sg-^i. ha Revue Fénelon reprendra cette question avec une attention plus scrupuleuse.
3. C'est Denis François Le Bouthillier de Chavigny. Cf. plus haut, p. loo, note i.
4. Ces détails sont déjà en mêmes termes dans la lettre du 4 octobre.