Etudes, 5 novembre 1901 au 5 novembre
2. Bévue rélrospective, t. XIII (VIII de la seconde série), p. iSg e^ suiv.
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étant explicitement ajoulée, comme c'est l'ordinaire clans les lettres d'Antoine à son iils. On voit du reste que la lettre du 21 mai, d'après les premières lit!;nes, n'était pas le commencement de la correspondance du frère de Bossuet avec le député envoyé à Rome avec l'abbé Phelipeaux. Bien qu'il ne soit explicitement question du quiétisme que dans la onzième des lettres écrites par Antoine, du 4 février 1697, je ne sais si cette correspondance confirme totalement la déclaration de Phelipeaux, insinuant qu'il n'était à Rome, lorsque surgit l'affaire du quiétisme, que fortuitement et pour sa dévotion privée'. Mais l'intérêt n'en est pas seulement dans la contribution qu'elle offre à l'histoire intime du quiétisme, ce qui serait déjà suffisant pour l'autoriser. On y voit aussi relatées bon nombre de nouvelles, soit sur la vie privée de Bossuet et les affaires d'intérêt dont Antoine entretient son fils absent, soit sur les événements du temps, dont il n'omet jamais de par-
I. Relation de V origine , du progrès el de la condamnation du quiétisme répandu en France, avec plusieurs anecdotes curieuses. S. L., M DGC XXXII. In-i2, pp. 328 pour la preiiiicre partie ; pp. 280 pour la secontle. « Elle' a commencé (la contestation) dit Phelipeaux dans sa préface, à Paris, sous mes yeux ; et dans le temps de l'examen et de la condamnation du livre, j'étois à Rome, où le désir de visiter les tombeaux des saints Apôtres, et la curiosité de voir ces fameux restes de l'antiquité payenne m'avoient conduit avant que le trouble arrivât. « Ces derniers mots concordent mal avec les premiers, car c'est avant son voyage de Rome que Phelipeaux avait vu commencer sous ses yeux à Paris la contestation. Si l'on objecte que le u trouble » dont il parle est la dévolution laite de la cause à Rome, et que la lettre de Fénelon au Pape est d'avril 1(197, presque postérieure d'un an au départ des deux pèlerins (i3 mars iGcj6), il faut néanmoins se demander comment dans une lettre à son neveu, du 7 juin 1696, après avoir parlé du cardinal de Noris, Bossuet écrit: « Ajoutez au chifFre Diodème pour ce cardinal, saint I\arcllle pour Casanatta, l'Archidlncrc pour Cibo, le bon Ange pour Alticri. n Ce soin de compléter une clé prudemment emportée par l'abbé Bossuet, indique tout au moins que celui-ci faisait très opportunément ce voyage de dévotion ou d'étude des antiques. Cf. plus bas, p. b'] , 12/1 et 25o.
1er, môme aux jours où les débats du procès pendant à Rome, envahissent le plus ses préoccupations.
Comment des lettres, en somme si intéressantes à divers points de vue, sont-elles demeurées inédites ? La réponse serait dans les lignes inscrites autrefois par le savant M. (josselin, au-dessous de la mention de ces lettres, dans le catalogue des écrits autographes de Bossuet et des autres accpiisitions relatives à ses œuvres : « Cincjuanle lettres originales et autographes du frère de Bo#suet adressées à l'abbé Bossuet à Rome, de 1797 à 179g (sic pour 1697 à 1699, dates inexactes d'ailleurs), affaire de Fénelon. Inédiles, mais peu importanles. » Cette noie, nullement engageante, a peut-être suffi à sauvegarder jusqu'ici ces lettres ; la fureur de l'inédit n'a pas toujours, en effet, sévi parmi les visiteurs des cartons du séminaire de Meaux, et la plupart de ceux qui travaillèrent dans cette hospitalière maison, depuis le savant et regretté Lebarq jusqu'à l'auteur de Bossuet et la BitAe, le P. de La Broise, venaient presque toujours pour des recherches déterminées, auxquelles les lettres destinées à l'abbé Bossuet avaient peu à fournir. Le calcul de M. Gosselin avait donc réussi, si c'est par calcul et à dessein que cet annotateur des papiers de Meaux avait détourné l'attention des chercheurs de cette collection de lettres. L'auteur de YHistoire littéraire de Fénelon, le sulpicien que d'aucuns auraient pu croire hostile à la mémoire de Bossuet, si ces sentiments étaient compatibles avec l'honnêteté, pour ne point dire la candeur que rellètcnt ses œuvres, avait au contraire voulu ménager la réputation de l'évèque de Meaux et de son entourage, en laissant dans l'ombre ces papiers où vivent encore tant de passions d'autrefois. On le peut conjecturer, par analogie (à moins d'admettre qu'il n'ait écrit cette note que sur une vue tiop rapide des pièces), du soin qu'il met d'ordinaire à tenir dans l'obscurité tout ce qui pourrait jeter quelque jour fâcheux sur le caractère de Bossuet,
A l'appui de cette supposition plus d'une preuve ressort du dépouillement de la correspondance de M. Gossclin avec '] Mgr Gallard, évèque de Meaux, au sujet des manuscrits que l'évêque le chargeait d'examiner. Dans une lettre datée d'Issy, le 3o avril 1887, lui rendant compte de son examen des derniers manuscrits acquis alors, il lui disait, à propos d'un ouvrage inédit :
Un manuscrit beaucoup plus important pour le fond (que le'j XIII*^ livre, publié depuis, de la Défense de In Tradition et des Saints Pires), est le Dernier éclaircissement sur la réponse de VAr~ cliev. de Cambrai. C'est une dernière réponse à Fénelon sur l'article des faits ; elle n'apprend rien de nouveau ni sur le fond de la controverse doctrinale, ni sur l'article des faits, mais elle est pleine d'énergie et de véhémence. Bossuet y revient encore sur le fâcheux article de la confession générale ; il pointillé adroitement' à ce qu'il me semble, sur les circonstances du fait, sans rien répondre sur le fond. En somme, il me paraît fort heureux pour l'édification publique et pour l'honneur de Bossuet que cette réponse soit demeurée jusqu'à présent inédite ; sa publication ne pourrait qu'affliger les gens de bien, et faire triompher les malins. Heureusement l'ouvrage est maintenant en bonnes mains, et il est fort à souhaiter qu'il y reste.
C'est, on le voit, un ami de Fénelon qui parle, et il se peut faire que d'autres — même en dehors des défenseurs à outrance de Bossuet (que nul ne songe à attaquer) — ne soient pas d'accord avec M. Gossclin pour l'appréciation à porter svir l'ouvrage inédit de Bossuet. Mon seul but est de constater que M. Gosselin, quel que soit le sentiinent qui l'a guidé, était heureux de sentir à l'abri des « indiscrétions d'historiens trop chercheurs » ce qu'il considérait comme peu honorable à Bossuet. En tout cas, dans une lettre du 6 août de la même année, il se préoccupe à nouveau et de la même pièce et d'autres lettres de Bossuet qu'il voudrait voir demeui'er secrètes.
J'ai fait, écrit-il, une découverte assez importante relative à
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deux manuscrits de votre collection. ]J éclaircissement inédit de Bossuet sur le Quiétisme (n° 29, des manuscrits de Bossuet), n'est pas une copie unique. 11 en existe une autre chez M. Villenave père, rue de Vaugirard, 84.. .. M. Villenave possède aussi un recueil de pièces manuscrites et imprimées sur le quiétisme qui renferme quelques ouvrages de Bossuet et de Fénelon avec des notes et observations de l'abbé Ledieu '. Il possède surtout deux lettres -originales de Bossuet que je voudrais bien voir en d'autres mains que les siennes ; une de ces lettres est inédite, et sa publication aurait de graves inconvénients pour l'honneur de Bossuet '^.
Que les hésitations du savant sulpicien, si soucieux de ne point faire « triompher les malins », aient été cause de
1 . Ne serait-ce-pas la description même du recueil provenant de la Ijibljothèque de l'abbé Bossuet, curé de Saint-Louis en l'Ile, possédé aujourd'hui par le séminaire de Saint-Sulpice, et se terminant par l'épita-
plie écrite de la main de Ledieu, que j'ai citée à la fin de mon étude De munere pastorali Bossuet ? (P. 2^0.) Ce recueil contient soixante-seize pièces, parmi lesquelles (au n" 3/i) les Réflexions ou derniers éclaircissements sur la réponse de M. l'archevêque de Cambray aux remarques de M. l'évèque de Meaux (manuscrit in-l'ol. de io4 pp.), avec cette note de la main de Ledieu ; « C'est le dernier écrit de M. de Meaux à M. de Cambray qni n'a pas été imprimé, parce qu'il fut seulement fini au mois de mars 1699, et dans le temps qu'on reçut à Paris le bref de Rome, l'auteur ne le jugeant plus nécessaire à la cavise. >> Il ne serait peut-être pas inutile à l'histoire de pidilier ce document Pouvons-nous espérer <^ue M. Levesque ne se laissera pas arrêter par les scrupules de ^I. Gosselin, et nous donnera cette oeuvre de Bossuet .►•
2. Parmi les lettres inédites de Bossuet ayant appartenu à la collection "\illenave, nous avons maintenant celle du i"'' avril 1699, que M. l'abbé Ingold a publiée dans le Bulletin critique du i" septembre i885, p. 36l ; je l'ai fait entrer, à cause de son post-scriptum, dans la série des lettres •de Bossuet, abbé de Saint-Lucien-les-Beauvais (V. Bévue Bossuet, 25 avril 1900, p. 80). S'il s'agit de cette lettre, M. Gosselin s'e^t laissé bien vite alarmer par l'accent de triomphe très naturel de Bossuet, se félicitant des termes du bref de condamnation obtenu par ses soins. L'histoire, qu'il s'agisse de Bossuet ou de son adversaire, n'ayant de regard que pour la vérité, ne se laissera guère, Dieu merci, distraire du soin de publier les documents capables de mieux faire connaître les faits ou les hommes.
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la décourageante addition dont il accompagna le titre des cinquante lettres, ou qu'il s'agisse dans ce jugement de l'impression éprouvée par lui à la lecture de ces pages, difficiles à déchiffrer d'ailleurs, j'avoue ne partager en rien cette manière de voir, et trouver ces lettres, par malheur réduites en nombre, des plus intéressantes pour nous faire connaître le milieu où se mouvait Bossuet. Datées pour la plupart de Paris, elles nous tiennent au courant desmoindres incidents ou démarches de Meaux ou de Versailles, soit relativement au quiétisme, soit par rapport aux affaires de famille ou aux relations d'amitié de l'évêque de Meaux et des siens.
Elles n'ont point paru d'ailleurs dénuées d'intérêt, du moins en ce qui concerne l'histoire du quiétisme, à quelque historien ancien, peut-être Phelipeaux lui-même, témoin un bon nombre de passages enfermés entre crochets, comme on en rencontre sur les lettres autographes originairement publiées par les Bénédictins pour l'édition de Bossuet. Il est intéressant de comparer avec l'édition de Dom Deforis les autographes de lettres, celles de l'archevêque Maurice Le Tellier, par exemple'. Les passages laissés de côté comme d'intérêt trop médiocre sont en dehors de ces parenthèses entre lesquelles les éditeurs enfermaient les endroits dignes d'être conservés par l'imprimeur-. Les autres contenant le plus souvent des nou-
1 . Il est remarquable que la fameuse mention « inédites, mais peu importantes » se trouve aussi, de la main de M. Gosselin, au-dessous de cet autre titre dun dossier cependant intéressant : Six lettres inédites de Letellier, archevêque de Reims (autographes signés ; affaire de Fénelon). — A cause des larges coupures laites dans ces six lettres par les premiers éditeurs, j'aurai soin de les rétablir à leur date. Elles ne sépareront les lettres d'Antoine que pour s'y adapter à merveille, en éclairer les faits historiques, en même temps qu'elles recevront de cette correspondance quelque lumière.
2. Ce sont des suppressions dans le genre de celles que dénonce, avec raison, Lâchât, en tête du tome XXIX de son édition, lorsqu'il s'indigne
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velles locales ou ces minces détails plus familiers, dont l'érudition moderne est surtout friande, sont délaissés impitoyablement. Se proposa-t-on d'éditer de la sorte les lettres d'Antoine et les prépara-t-on dans ce but, c'est possible. Ce ne fut, en cette hypothèse, qu'au point de vue de l'histoire du quiélisme, car les passages enfermés entre crochets' ne sont relatifs qu'à cette alFaire. Bien plus, en tête de la lettre du 20 octobre 1698, une main, où je crois reconnaître Phelipeaux lui-même, qui peut-être, soit à Rome même, soit après son retour, faisait ses extraits en vue de sa Relation, a écrit les mots : Bien à prendre. Et, en effet, la lettre en question, tout entière sur la mésaventure d'un courrier infidèle, ne concerne point l'histoire du quiétisme, ni les événements de Rome ou de Paris.
L histoire de ces quarante-trois lettres autographes, jusqu'au moment où elles passèrent, en compagnie sans doute des six lettres de Le Tellier, de la collection de
contre tant de coupures malheureuses qui ot-aient des lettres de Bossuet à son neveu les détails relatirs aux événements publics ou privés qui, aux yeux des auditeurs, n'avaient rien a voir avec les questions du quiétisme. Les omissions à faire sont indiquées sur les autographes, ou mieux les parenthèses en forme de crochets n'enferment que les phrases à transcrire et à imprimer. Tout ce qui est laissé en dehors de ces signes constitue précisément les heureuses additions que Lâchai nous a pu fournir chaque fois qu'il a collationné un texte des anciennes éditions avec les autographes qu il rencontrait. Partout on remarque que ces détails familiers, délaissés comme dénués d'intérêt, changent précisément le caractère de la correspondance de Bossuet, et d'austère et un peu aride, la rendent plus vivante et plus instructive. Ce travail de « décharnement » opéré au préjudice des lettres de Bossuet, lavait été aussi sur les lettres de son frère par un futur éditeur ou historien, soucieux, uniquement, de conserver ce qui avait trait au quiétisme. (V. dans le volume cité par Lâchât, p. I à 3, des échantillons des passages éliminés, et, p. l^ et 5, la liberté des retouches opérées par les éditeurs. Plusieurs spécimens de textes, mis en regard, édifient pleinement sur ce point. Cf. mes Lettres de Bossuet revisées sur les autographes. Paris, 1901, in-8, p. Set suiv.)
I. J'aurai soin de signaler par le signe [[]] les phrases ainsi réservées par l'éditeur ou l'historien, que je soupçonne être Phelipeaux lui-même.
M. Martin dans les archives du grand séminaire de Meaux, en iSS" ', n'est malheureusement pas longue. D'après une note de la Revue rétrospective, la lettre du 21 mai 1696, distraite ou non du reste de la collection, appartint à M. Monmerqué. La liste des manuscrits acquis sans doute du vivant de M. Martin, portant les annotations de M. Gosselin, nous donne peu de renseignements. Cet état des manuscrits de Bossuet provenant de M. Martin, rue Boucherat. n° if), au Marais, indique, sous le numéro 9, les « cinquante lettres originales et autographes... » avec l'appréciation de M. Gosselin, déjà signalée; puis, au numéro suivant, « douze lettres autographes signées de M. Phelipeaux adressées au même. Par malheur, la réflexion ajou- ' tée par M. Gosselin : « Je ne les ai pas -vues » se trouve être trop exacte. N'étaient-elles qu'indiquées au catalogue et déjà disparues, ainsi que « deux lettres du cardinal de Tiouillon (autographes signées) », relatives elles aussi à la question du quiétisme? Rien ne peut plus nous renseigner sur ce point.
Avant de publier, avec une annotation historique, les lettres d'Antoine à son fils, il importe de faire connaissance avec ce frère de Bossuet, éclipsé par l'évèque de Meaux, mais aussi, grâce à lui, quelque peu digne de l'histoire.
Antoine Bossuet, seigneur d'Azu et de La Cosne, maître des requêtes en i6~5, fut élu intendant à Soissons en i685^. Né plus de trois ans avant le futur évêque de