Fioquet, t. II, p. 3i
3. Pour Antoine Bossuet \ Escuycr, Trésorier des Etats de la | Province de Bourgogne | contre les siens Esleus des Etats de la mesme Province, in-4. Fm 3667, f. 145. Cette pière est sans date, mais certainement postérieure il 1668 (Cf. Catalogue des factums et d'autres documents judiciaires antérieurs d ijf)0. par A. Corda, sous-bibliotiiéraire du département des imjirimés. Paris, Pion, i8i)0, t. I, p. ^Uo et suiv.).
c est qu'il était lui-mî'me mis en cause par les adversaires d'Antoine. Or, la manière dédaigneuse et calme dont il est répondu à des insinuations malveillantes essayant de l'atteindre, serait pour faire croire qu'il ne fut point tout à fait étranger à la rédaction de cette défense de son frère. Peut-être un autre aurait versé davantage dans la colère indignée, sinon dans la déclamation'.
On conçoit que l'attaque, qui allait jusqu'à impliquer dans la banqueroute le nom de l'abbé Bossuet, ne ména-
1 . Voici le passage qui met en cause le frère d'Antoine et la réplique que l'auteur inconnu du Mémoire y oppose : « On dit, lit-on sous le paragraphe XI, qu'ayant médité la banqueroute de Saulles, il (Antoine) le lit jouer petit jeu avec Savary et de Coursan, pour avoir occasion de les accuser de l'avoir filouté, que la déclaration qu'on a trouvée sous le scellé de ce misérable a esté concertée avec le sieur abbé Bossuet, et que de Saulles est maintenant en la piussance du sieur abbé mesme. A la vérité, on n'a pas de fortes pièces pour prouver ces faits. La seule que l'on produit est le Factum que Savary fit pour sa deffense au Chastelet...
«... Peu de gens croiront, dit un peu plus loin le défenseur, après avoir résumé et rappelé tous les griefs, peu de gens, d'ailleurs, croiront sur la parole de Savary que le sieur abbé Bossuet ait médité les moyens de cette banqueroute, son nom seul suffit pour sa deffense, et le nom de celui qui l'accuse suffirait pour en lever le soupçon ; mais, en vérité, si ceux qui ont conseillé d'accuser le sieur Bossuet de la banqueroute de de Saulles ont manqué de bonne foy, ont-ils pas tout à fait manqué de bon sens quand ils ont pensé qu'on ne pourroit persuader de semblables choses ? » (P. 71 et 72).
D'autres extraits de la même défense montreraient à quel point l'attaque avait été vive. A propos de l'insuccès d'un monitoire fulminé à grand appareil pour obliger les Dijonnais de dénoncer Antoine Bossuet, le défenseur rappelle que les élus, partie de Bossuet « ont voulu couvrir un peu cette honte par une pieuse réflexion qu'ils font dans leur Factum qui est que les nouveaux casuistes ont une doctrine bien pernicieuse, quand ils font croire à ceux qui les consultent, qu'on n'est pas toujours obligé par la publication d'un monitoire de révéler ce qu'on sçait ; mais (réplique-t-il), ce discours hypocrite à la suite de tant de calomnies et manifestement prouvées ne sert qu'à augmenter la honte d'un si mauvais conseil. On peut dire, sans exagérer, qu'il est si pernicieux et si détestable que le plus adroit et le plus relâché des casuistes modernes ne trouveroit pas de quoy l'excuser ».
geât point la réputation d'Antoine. On lui reproche non seulement de s'être enrichi vite, mais de dépenser beaucoup ; et, malgré les dénégations formelles de la défense, il semble bien que le trésorier avait dû céder à l'amour de la représentation ' .
Après l'heureuse issue de son procès, le frère de Bossuet continua sa carrière. La charge de maître de requêtes 1 achemina vers le poste d'intendant, et après l'année i6g4, il revint à Paris, ne devant se démettre de sa charge qu'en faveur de son fds Louis, comme nous le verrons dans la série des lettres écrites à l'abbé Jacques-Bénigne.
Deux enfants lui étaient nés de son mariage avec Renée Gaurault du Mont : Louis, qui suivit la carrière paternelle, et qui, nommé avocat, devint conseiller à Metz-; et l'abbé Jacques-Bénigne, celui que de Maistre a nommé le petit neveu d'un grand homme.
1. « On a dit, lit-on dans la pièce citant l'objection, que le sieur Hossuet estoit entré tout nud dans sa charge et qu'il n'avoit l'espérance d'aucun Lien en y entrant que celuy qu'il y pourroit gagner ; on ajoute encore au luèuie endroit qu'il a fait des dépenses excessives, que les bals, balets et comédies sont continuels en sa maison, qu'ils n'ont même pas cessé depuis le procès où il est... »
A quoi la défense répond ; « Le contrat d'achapt de sa charge qu'il produit porte qu'il l'a payée en deniers comptans, ce qui fait voir qu'il n'y est pas entré si nud que les écrivains des sieurs Esleus le veuillent dire en un endroit. Ils écrivirent en un autre qu'il n'avoit pour tout bien qu'un habit neuf, et cette ingénieuse ligure semble estre faite pour détruire l'autre ; mais ce qui les détruit toutes deux, c'est que... dès le lendemain qu'il fut reçu en sa charge, il avança douze mil ecus pour les affaires de la Province : un homme qui n'auroit eu qu'un habit neuf auroit eu de la peine à faire cette avance... 11 (Antoine Bossuet) se soumet à toutes les peines que le conseil voudra ordonner, si jamais on a donné comédie, bal ou balet en sa maison... »
2. Voir plus haut, p. ^2, note 2. Il devait épouser, le 22 février 1700, Marguerite de La Briffe, fille d'im conseiller général. « C'est M. l'abbé Bossuet, écrit Ledieu, qui, en huit jours, négocia ce mariage. » On peut lire, dans l'oeuvre de ce médisant chroniqueur, écrite au moment où il croyait avoir à se plaindre de l'abbé Bossuet, mainte allusion fâcheuse
Moins inconnu que son frère, pour ne point dire plus fameux, il sei\ible cependant avoir été le neveu préféré de Bossuet'. Il n était point prêtre encore lorsqu'il fit, en 169G, un séjour de trois ans à Rome, qui nous valut sa correspondance avec son oncle sur les affaires du quiétisme. ' Il se peint trop bien dans ses lettres pour s'y rendre aimable, et la correspondance entre l'oncle et le neveu est encore complétée par les lettres d'Antoine à son fils. Nous n'avons pas les lettres de l'abbé Bossuet à son père, ni toutes les lettres de Pheli peaux à ses correspondants de France. La vie de l'abbé Phelipeaux, prêtre d'Aiigers, entré au service de Bossuet, vers i683, se lie assez étroitement à la vie de l'abbé Jacques-Bénigne. C'est, en effet, pour servir de précepteur, ou, si l'on veut, de répétiteur à son neveu, préparant sa licence en Sorbonne que l'évéque de Meaux avait fait entrer dans sa maison le prêtre angevin, devenu plus tard l'auteur passionné de la Relation sur le Quiétisme '-.
;i son intimité excessive avec sa belle-sœur. Ces passages ont été dans la suite effacés pour la plupart, et l'édition Guettée les avait omis comme négligables et ne traitant, disait l'éditeur, que des questions d'argent sans intérêt. Les notes critiques qui suppléent à ce que la première édition de Ledieu présente de défectueux, permettent de se rendre compte des véritables sentiments de Ledieu envers le neveu de Bossuet. Par malheur, la vie et la réputation de l'abbé Jacques-Bénigne ne sont pas sauves, même si l'on dédaigne ces accusations passionnées. Avec les seuls faits certains, il reste trop vrai qu'il fut le triste neveu du grand Bossuet (Journal de Ledieu, t. I, p. 18. — L'Abbé Ledieu historien de Bossuet..., par Ch. Urbain. Paris, Colin, 1898, in-8. Voir par exemple, p. 44, addition à la page 82 du second volume, etc.). Dans les Mémoires, à la page 8, il faut corriger, en ce qui concerne Louis Bossuet, la date de 1669 en 1699; c'est évidemment un lapsus. C'est aussi une faute d'impression, à la note t (i6irf.) qui assigne 1710 comme date delà nomination à Troyes de J acques- Bénigne ; il faut lire 1716. Les bulles n'arrivèrent qu'en 17 18.