Ibid.. p
Il ajoule, ne perdant pas une occasion de satisfaire ses rancunes :
M. Phelipeaux lui-même parloit dans le même sens, il soute noit hautement le parti des abbés, il disoit à M. de Séez en présence : « Les évoques devroient avoir ici chacun leur théolc gien ; nous aurions bientôt dressé et qualifié toutes les proposî lions ; on feroit comme font à Rome les qualificateurs, notj donnerions par écrit notre avis doctrinal raisonné ; les prélats suJ cela formeroient leur sentiment et l'assemblée son décret. Il laissl même circuler quelques paroles désobligeantes en accusant le évêques d'ignorance et de lâcheté... »
Mais nous n'avons pas besoin d'en croire Ledieu, touj jours prêt à desservir ceux qui lui déplaisent. Puisqui Phelipeaux en appelle à ses souvenirs de Rome, croyons! en simplement sur lui et sur l'abbé Bossuet la correspon' dance qui fut envoyée par Antoine ou du moins les fragments qui nous en restent.
La première en date des lettres est conservée seulement par la publication qu'en fit jadis Monmerqué, et ne fait point partie de la collection d'autographes du séminaire de Meaux. Elle est loin d'être inédite, car M. Servois l'a reproduite en partie ' dans sa notice sur La Bruyère^.
Je la place néanmoins en tète de toutes les autres pour ne point la distraire de cette série déjà malheureusement incomplète.
1. La Bruyère, éd. Hachette, Grands écrivains, t. I, p. clxi ; t. II,
2. Ne pouvant que m'en rappprter au seul auteur qui a publié la lettre d'après l'autographe, j'ai préféré d'ordinaire le texte de M. Monmerqué aux corrections, très légères du reste, de M. Scrvois. Elles ne portent guère que sur l'orthographe et les formes anciennes des imparfaits qu'il a eu raison de rétablir. C'est à peu près le seul changement que je me sois permis au texte de la Revue rélrospeclive. J'ai maintenu les chiffres pour les dates ; ils sont tout à fait dans les habitudes d'Antoine Bossuet ; j'ai préféré aussi la ponctuation de l'ancienne publication. L'em-
A Monsieur l'abbé Bossuet, à Rome,
Paris. 31 mai { i6g6).
Depuis que je vous ai écrit, j'ai reçu trois de vos lettres, une du 3o avril, il y a quinze jours, et les deux autres avant-hier par le même courrier du 3 et du 5 de ce mois. Nous fûmes bien aises d'apprendre que vous aviez passé la mer, et MM. de Luzancy et Phelypeaux (sic)', sans incommodité et sans péril. M. de Meaux était revenu la veille de son diocèse pour avoir plus tôt ces bonnes nouvelles qui lui ont fait plaisir ; il vous le témoigne lui-même ^. Il alla hier à \ersailles, après avoir été du grand festin et du sacre magnifique de M. de Cliàlons, qui se fit à Notre-Dame ■^.
ploi de virgules au lieu tle points est Un des traits de cette correspondance. Pour les lettres que j'ai odiU'CS d'après les originaux, je me suis conformé au texte, y compris l'orthographe. A noter la particularité assez constant* de i pour y dans l'adverbe de lieu. Il n'y a guère de variantes dans la façon dont M. Servois a publié la partie de la lettre qui concerne La Bruyère, sauf l'interversion des noms des médecins appelés près de La Bruyère ; on lit dans le texte publié par M. Monmerqué : M. Fagon, M. Foclix (orthographe qui doit bien être celle de la lettre originale). L'édition de M. Servois porte : M. Félix, M. Fagon... La phrase où est racontée la mort ne diffère que par une conjonction. Au lieu de ; il perdit la parole et sa bouche se tourna, on rencontre dans le texte de la Bévue rétrospective : il perdit la parole, sa bouche se tourna.
1. C est ainsi que le nom est écrit par Antoine et par un bon nombre d'éditeurs de Bossuet, mais il signait lui-même: Phelipeaux (Voir mon Histoire critique de la prédication de Bourdaloue, t. I, p. i6).
2. il s'agit de la lettre de Bossuet à son neveu, la pretnière en date, qui est du 20 mai 1696. Elle commence par les mots : « Soyez le très bien arrivé à Pise. . » Elle suppose évidemment des lettres antérieures du voyageur, puisque Bossuet lui dit plaisamment : « Nous attendons la suite de vos relations, afin de les faire imprimer, comme celles de M. l'abbé de Choisi sur le voyage de Siam. » (Éd. Lebel, t. XL, p. 172 et Lâchât, t. XXVIII, p. 675.)
3. « Jean-Baptiste-Louis-Gaston de Noailles, successeur de son frère.
Je viens à regret à la triste nouvelle du pauvre M. de La Bruyère, que nous perdîmes le jeudi lo de ce mois, par une apoplexie, en deux ou trois heures, à Versailles. J'avois soupe avec lui le mardi 8 ; il étoit gai et ne s'étoit jamais mieux porté. Le mercredi et le jeudi même jusqu'à neuf heures du soir se passèrent en visites et en promenades, sans aucun pressentiment ; ii soupa avec appétit et, tout à coup, il perdit la parole, sa bouche se tourna. ^I. F'agon, M. Fœlix et toute la médecine de la Cour vint à son secours. Il montroit sa tète comme le siège de son mal, il eut quelque connoissance. Saignée, émétique, lavement de tabac, rien n'y fit; il fut assisté jusqu'à la fin par M. Gaïon, que M. Fagon y laissa, et d'un aumônier de M. le prince. Il m'avoit fait boire à votre santé deux jours auparavant ; il m'avoit lu des Dialogues qu'il avoit fait sur le Quiétismc, non pas à l'imitation des Lettres provinciales, car il étoit toujours original, mais des dialogues de sa façon. Il disoit que vous seriez bien étonné quand vous le' verriez à Rome; enfin, il parloit toujours de cœur. C'est une perte pour nous tous, nous le regrettons sensiblement.
Ma sœur est en chemin pour venir. M. de Mcaux veut bien qu'elle se serve de votre appartement. Les médecins des eaux ont été les premiers à la dissuader d'en prendre davantage.
depriis cardinal de Noaillcs, fut sacré à Notre-Dame par son frère, assisté de levèque de Maux (sic, mais lisez Chartres) et de Icvèque de Laon, le ' 20 mai 1696 )) (Noie de M. Monmerqué). Cette note, rectifiée, est confirmée par le texte de la lettre du même jour, dans laquelle Bossuet écrit : « Nous venons du sacre de M. de Chàlons, l'ait par M. l'archevêque à Notre-Dame. Il avoit pour assistants MM. de Chartres et de Laon. » (C'étaient Paul Godet des Marais et Louis Annet de Clermont de Chaste de Roussilion.)
I. Sur ce pronom, M. Servois, qui se demande si La Bruyère ne parlerait pas ici d'un voyage à Rome, fait remarquer toutefois qu'on le peut entendre, au neutre, de l'ouvrage des Dialogues ; il pose même la question d'une faute de lecture possible. « Si nous savions ce qu'est devenue la lettre d'Antoine Bossuet qui a appartenu à M. Monmerqué, nous nous serions assurés toutefois que le n'a pas été lu pour les. Ce serait pour le moins la seconde faute de transcription que l'on pourrait relever dans l'impression de ce document. » (La Bruyère, éd. des Grands écrivains, t. II, p. ôag.) L'appel indirect de M. Servois au possesseur de cet autographe n'a point encore été .entendu, ou du moins la réponse connue du pubUc.
J'ai donné de vos nouvelles à M. Chasot, qui est bien aise d'avoir à Melz pour intendant M. Turgot de Saumon'. Jl n'y a point encore de premier président nommé au lieu de M. de Sève.
On a avis que M. de Ciaàteaurenaud est arrivé à Brest avec la flotte, à la réserve de quelques traîneurs. Votre frère et M. Millet'^ vous embrassent et moi aussi.
Il est superflu de reprendre, à propos de celte lettre, le commentaire qu'en ont donne M. Monmerqué et le dernier éditeur de La liruyère ' ; superflu aussi de signaler l'intérêt qu'elle présente sous ce rapport, ayant fourni la preuve décisive de l'authenticité des Dialogues sur le Quiétisme, publiés en 1699 par l'abbé du Pin, et dont la paternité véritable avait été contestée. M. Servois a tout à
1. Marc-Antoine Turgot, maître des requêtes, intendant à Metz (mai 16196 a mai 1700) (Cf. de Ijoislisle, Correspondance des contrôleurs... à la table). Une de ses dépèches indique qu'il .«e préoccupa, au point de vue de l'hygiène, de l'alcoolisme et du développement anormal des caux-devie de grains. « Ayant reçu beaucoup de plaintes de tous les côtés que l'on employoit une grande quantité de grains à faire des eaux-de-vie dont on prétend que l'usage est pernicieux pour la santé de l'homme, on convient que l'usage est très dangereux pour les playos... « (suivent les mesures qu'il propose pour arrêter cet excès de production) {Op. cit., p. i35, n" i56g,).
2. M. Monmerqué, qui a mal déchiffré ce nom. imprime Mill. Nous le rencontrerons souvent nommé par Antoine. Cf. plus bas, p. 59.
3. M. Servois cite un certain nombre de passages des lettres de Bossuet où est exprimé son regret de la perte de La Bruyère. Le 28 mai, l'évêque de Meaux écrit à son neveu : « Nous vous demanderons les nouvelles : c'en a été pour vous une bien fàcheiise que celle de la mort de M. de La Bruyère. Toute la cour l'a regretté et M. le Prince plus que tous les autres. » De Germigny, le 3o juin, il lui Tiiande encore : « Nous vous avons écrit la mort du pauvre M. La Bruyère, et cependant nous voyons que vous l'avez apprise par d'autres endroits. » Enfin, parlant
! ' de la réception, au i5 juillet suivant, de l'abbé Fleury, successeur à l'Académie de l'auteur des Caractères : « Je revins hier de Versailles, écrit-il, pour assister à la réception de l'abbé Fleury et à sa harangue à l'Académie. Il a la place de notre pauvre ami, que je regrette tous les jours de plus en plus. » On voit dans les lettres d'Antoine que cette affection pour La Bruyère est partagée par les deux frères.
fait raison d'affirmer que la lettre que M. Moninerqué avait publiée, en i836, sans nom d'auteur, est, quoique non signée, du frère de Bossuet. « Elle se rapporte si bien à d'autres lettres d'Antoine Bossuet possédées par M. F'ioquet, qu'il n'est pas douteux, écrivait-il, qu elle soit de lui : telle est l'opinion de M. Floquet, et nous l'adoptons avec confiance. Ce n'est pas d'ailleurs la seule de ses lettres qu'Antoine Bossuet n'ait pas signée*. » C'est même là trop peu dire, car des quarante-huit lettres que j'ai eues sous les yeux aucune ne porte de signature. Tout au moins, dans sa correspondance de famille, Antoine s'abstenait donc d'ordinaire de signer ses lettres. Mais que sont devenus les autographes possédés autrefois par M. Floquet ? Ne serait-ce point là le complément des lettres de Meaux? Dès la première phrase, en effet, de la lettre cidessus, et plus nettement encore dans celle du 2 juillet (Lettre III), nous voyons, jusqu'à en pouvoir presque établir les dates, que l'abbé Bossuet avait dû recevoir de son père des lettres antérieures à celle-ci : « Je vous ai mandé, écrit-il le 25 juin (c'est la date de la plus ancienne lettre autographe retrouvée), la mort de M. de La Bruyère trois jours après qu'elle fut arrivée. » Cela suppose donc une lettre écrite par Antoine le i3 ou i4 mai. Encore sa façon de parler de sa régularité à écrire laisse entendre que depuis le i3 mars, date du départ des voyageurs de Rome, il les avait tenus au courant des nouvelles du diocèse et des événements militaires, au fur et à mesure que les gazettes imprimées ou les nouvelles à la main lui parvenaient.
C'est un des réels agréments de cette correspondance de mêler aux détails de toute sorte sur la famille de Bossuet
I. a Celte lettre, écrit M. Servois (La Bruyère, t. II, p. 629), a été publiée en 1 836 par M. Moninerqué dans la Revne rétrospective, t. XIII, p. i3g. L'original n'étant point signé, M. Monnierqué n'en nomme point l'auteur ; mais elle se rapporte si bien à d'autres lettres d'Antoine Bossuet, etc. ))
une attention perpétuelle aux alTaires du dehors. Elles n'étaient point d'ailleurs sans intéresser la sécurité même des pèlerins, encore au début de leur voyage. Nous pouvons compléter et contrôler la correspondance d'z\ntoine par les passages parallèles de la Relation sur le Quiétisme de Phelipeaux et par l'échange des lettres entre Bossuet et son neveu. C'est au 20 mai seulement que commence cette correspondance de Bossuet avec son neveu ^ , et elle accuse réception de lettres du 1 1 mai. Les voyageurs n'avaient certainement pas tardé jusque-là à envoyer de leurs nouvelles, car les premières lignes de la lettre du 21 en font foi. D'ailleurs leur départ de Meaux datait de plus d'un mois. Nous en savons l'époque exacte et les circonstances par l'abbé Phelipeaux :
Au commencement du mois de mars de l'année 1696, je formai le dessein de faire le voiage de Rome. M. l'abbé Bossuet, à qui j'en parlai, engagea M. de Meaux de lui permettre do faire ce voyage avec moi ; le temps pressoit, car M. le nonce Cavallerini^ qui venoit d'être fait cardinal, partoit dans huit jours pour s'embarquer sur une galère du grand Duc, et il n'y avoit que cette occasion de voyager sûrement, car la France avoit alors la guerre avec la Savoye et presque toute l'Europe. Nous partîmes e i3 mars 1696. Le premier may nous nous embarquâmes à Marseille avec le cardinal, sur la galère du grand Duc, commandée par le capitaine Fabroni. La navigation fut heureuse. Le samedi 5 du moi, nous arrivâmes de grand matin à Livourne, où nous