Sans suscription ni adresse
de la famille. N'y saisit-on i^as sui" le vif les espérances et les craintes qui agitaient l'entourage intime de Bossuet? Rien n'est plus suggeslif à cet égard que la lettre du 28 juin, soit sur l'ailaire de Fénelon, soit sur la question agitée alors du cardinalat de l'évèque de Meaux.
"i" P. [Piiris] 2.3 iuin qS
M. de M. alla hier a ucrsailles : il en renient ce soir <C ie >> en l'attendant ie vious dirai que nous auons reçu uos lettres du 3. de ce mois [[quelque humiliés que soient les amis de M. de Cambrai en ce pais ici [,] ils ne laissent pas d'espérer qu'ils feront tant par leur sauoir faire et par les protestations de M. de Cambrai qu'il en seroit quitte pour être mis a l'Index, un surcis, un corrigatur ou quelque autre prononciation fort légère dont nous ne serions nullement contens par deçà [.] nous nous attendons a quelque chose de plus ferme et de plus digne de ce pontificat et du S' siège [;] si non ie uous assure et je dis très sérieusement que dez le lendemain d'une semblable décision plus que des trois quard du roiaume [,] moines [,] moinesses, etc. seront quietistcs a la molinos sans façon et qu'il ne sera plus possible dj remédier. Le roi ne fléchira point [;] cela fera sauuer les dehors a bien des gens mais au dedans tout sera gasté.
M. de M. arriue [,] M. de Chartres entre en même tems [;] uous aurés par ce courier leurs derniers liures. C'est un furieux coup contre M. de Cambrai[.] après cela Rome ne doit pas mollir, et s'il en ailoit autrement ce seroit un grand scandale, il faudroit qu'on ne connut pas le mal au point qu'il est [.] M. de Meaux ne me dit rien de ce qui vous regarde pour de l'argent, dans le besoin il faut tirer comme on a mandé. (Je n'entens point parler des lettres de change)
Vous (pouvez) tenir pour certain au sujet (du) chapeau de cardinal qu'il nj a aucun secours a attendre du côté de la cour et qu'a moins que l'affaire uienne do bonne vollio de la part (dii) pape [,] (7 n'j a rien a faire [;] M. de Paris y penserait volontiers Griselle. 12
pour lui ' et le cardinal de Bouillon aimeroil mieux tout autre chose que M. de Meaux [;] on a des exemples- si le St Père uouloit en sa faueur soulager sa poitrine, cola euiteroit toute concurrence et Rome se feroit honneur [;] mais nous nous en passeront (5/c) et ne nous uanleront pas dj auoir pensé. Pour M. de (Chartres, le public n'y songe pas, on se porte bien a mets et a Paris.
A Monsieur
Monsieur l'abbé Bossuct
a Rome
En attendant une étude plus ample sur cette question du cardinalat escompté dans l'entourage de Bossuet, cette lettre nous révèle les espérances que caressait le frère de l'évèque. Il est impossible aussi de commenter comme elles le méritent les lettres suivantes ; mais leur intérêt est de refléter les impressions produites par la Relation, dont l'évèque de Meaux s'était promis un elTet foudroyant. Son grand succès à la cour a été décrit par une lettre bien connue que Mme de Maintenon -envoya à son cher neveu et confident, l'arclievèque de Paris, le 29 juin iCxjS^, mais surtout par la correspondance de la médisante Palatine, seconde femme de Monsieur^. Les chants de triomphe du frère de Bossuet n'ont pas besoin d'être
I. L'autographe porte : a 70 j pcnseroit uolontiers 60 St Anselme ». 73 et Anselme (ou St Anselme) désignent l'archevêque de Paris.
3. C'est-à-dire : Il y a des exemples de promotions de cardinaux, par mota proprio du pape, in pello, en dehors des nominations demandées par les couronnes. Cf. plus haut p. i65, n. 5. On a vu que parmi les cliances qu'offrait cette promotion par les couronnes, Antoine ne remarquait d'espoir d'aboutir que par le roi d'Angleterre ou la Savoie (duchesse de Bourgogne). Voir plus haut, p. iii.
3. Les éditeurs de Versailles, suivis en cela par Lâchât, en ont cité un fragment comme explication de la lettre où Bossuet lui-même apprend à son neveu, de Marlv, le 3o. :( le proditîieux effet » de son livre. « M. de Cambrai est souverainement décrié », etc. (Lebel, t. XYI, p. 282 ; Lâchât, 1. XXIX, p. 465).
4. Correspondance de Madame, éd. Jaeglé, 2'^ éd 1890, t. I, p. 173-176.
LETTRES SUR LE QUIÉTISME 1 yQ
expliqués et complètent la lecture des lettres mêmes écrites par l'évèque à cette date.
Paris 3o iiiin g8 ^ .
[[nous auons reçu vos lettres du lo. uoici la réponse que M. de ^I. uous fait de marli ou on lui donne de l'encens plus qu'il n'en peut porter sur sa relation, il nel'auoit pas encores débitée quand on uous l'enuoia il j a huit iours, depuis qu'on l'a uûe iamais pièce n'a eu tant d'applaudissement et n'a fait tant de bruit, on la trouue honteuse et assommante contre M. de C. la lettre pastorale de M. de Chartres fait encores merueille par les uariations qu'elle contient [.] de l'humeur que sont ceux, qui ont entrepris •de sauuer le Hure a quelque prix que ce soit, ils n'en seront pas plus echaufés a trauerser et a éloigner la décision, M. de M. me renuoie cette gazette pour uous la faire tenir ■^, personne ne doute qu'elle ne soit de la façon dos quiétistes [;J uous y uerrez ■que si on uenoit a quelque légère cond[amnati]''" du Hure il faudroit décanoniser bien des saints et que le pape ne le feroit que pour reconnoitre ce que le roi fait a sa considération sur les affaires de pologne, on saura plutôt a Rome qu'a Paris comment M. de Cambrai receura toutes nos pancartes.
Il n'p. point encore paru de lettres de change.
Le pope ne hâtera t il point d'aller les examinateurs [?] les <leux cardinaux qui se sont retirés du Saint Office ne feront-ils
1. Cette lettre avait été marquée d'un astérisque, probablement par Dom Coniac, de la main de qui sont les traductions du chiffre et les parenthèses en manière de crochets, enfermant les passages saillants.
2. V. plus bas, p. 191 . Bossuet écrit même jour : « Vous verrez par le lardon de la gazette de Hollande, que je mets dans ce paquet, ce que M. de Cambrai fait débiter en Hollande. C'est un jésuite nommé Doucin qui envoie les mémoires » (Lâchât, t. XXIX, p. 467). Ce « lardon» est extrait du Mercure historique, imprimé à La Haye. Je revieudrai ailleurs plus à fond sur celte participation affirmée par Bossuet de la part de
Fénelon aux gazettes de Hollande.
I 8o FÉNELOIS
point entendre leurs sentimens en particulier (au) Pape et aux: autres [?].
M. le dieu dit que uous auiés bien remarqué sans qu'il uous l'ait remarqué nj a M. Phelip[eaux] un petit mot aiouté au pénultième feuillet recto de la relation dans les do. derniers exemplaires quin'estoit pas dans les i^''^ [.] C'est [:] quoique sacnlege[.] il j a des gens assez délicats pour aimer mieux dans le feuillet précèdent montanus au lieu de montan pour euiter une espèce d'equiuoque * , tout marli depuis le sceptre iusqu'a la houlette lit et relit la relation, tout paris en fait de mesme, les malins aioutent que Mme Guyon qui a été fort belle a les plus belles mains et la plus [belle] peau '^ qui se puisse[,] qu'elle n'a pas 5o [ans] et est en bon point. Us tirent de la telles conséquences qu'il leur plaît sans respecter le caractères [,] mais nous ne sommes pas assés malins pour en rien penser ni en rien dire,
on dit que le canUnal de Bouillon et les jésuites ont des amis par[ticuH]<=''* parmi les cardinaux qui soutiendront iusques au bout[;] tous sont surpris qu'on est si partagé sur le i'^'' article.
Nous attendons ce que le sacriste •* et l'archevêque du Uatican auront fait la séance d'aprcz notre dernière lettre]] mille bais&
1 . Les mots « quoique sacrilège » se trouvent dans l'édition Lebel (t. XXIX, p. 65i). Leur absence fera reconnaître, dans l'édition princeps, les exemplaires de premier tirage qui ne contenaient pas cette incise. L exemplaire de la Bibliothèque nationale (D 19061) est du second tirage corrigé, et on v lit les mots en question, p. i46, ligne 28 : « La pure concupiscence, qui est, quoique sacrilège, la préparation à la justice ». Cf. la lettre de Bossuetà son neveu, 16 juin 1698, attirant l'attention sur cette proposition (Lâchât, t. XXIX, p. 446). La phrase sur Montan (ifciff., p. GAg) est la fameuse allusion : « si cette Priscille n'a pas trouvé son Montan pour la défendre ». La délicatesse de ceux qui ne vovaient que l'équivoque matérielle du mot Monlan et montant, indique à quelles subtilités descendait le purisme, mais aussi combien le sensmoral était moins en éveil, puisqu'on ne trouvait là que ce quiproquo à blâmer.
2. Le manuscrit porte par inadvertance, « la plus plus peau qui se puisse ».
3... Il s'agit du sacriste (Le Drou) favorable à Fénelon, et, ainsi que l'archevêque de Chieti, devenu, à cause de cela, la bête noire de l'abbé Bossuet.
LETTRES SUR LE QUIÉTISME l8l
mains à M. Phelyp[eaux] tout se porte bien même M. Chasot de qui je recois une lettre du 27.
Les nouuelles à la main sont bien mauvaises mais on dit que uous en uoulé '.
A Monsieur Monsieur l'abbé Bossuet a Rome.
Est-il pas besoin d'être « partisan de Fénelon », comme ■deviennent, au regard de certaine critique, tous ceux qui ne professent point que Bossuet fut en tout et toujours « irréprochable », pour s'indigner des « équivoques » auxquelles Antoine Bossuet feint de ne se point associer ? Puisqu'il déclare ne vouloir point compter parmi tes «malins » qui tiraient, contre l'honneur de l'archevêque de Cambrai, les conséquences dont il parle, tenons-nous au texte de ses lettres, sauf à en laisser le jugement au lecteur.
Paris i4jiiillrt 1)8
Voici un gros paquet de M. de Germiny d'où il ne reuiendra jue dans huit iours et ou ie lui enuoierai en diligence vos lettres du prochain orcI[inai)'''' qui arriuera uendredi, elles nous apprendront que uous aurés reçu les derniers écrits de M. de Chartres ^ et de M. de M. si le dernier a a rome l'effet qu'il a eu dans tout ■ce roiaume [,] il passera notre attente, personne n'ose tenir depuis pour M, de G. sur tout les jésuites [;] il ne s'y faut pourtant fier que de bonne sorte et il n'en faut être que plus agissant et plus sur ses gardes [.] Le P. Gaillard il n'j a que trois iours dit dans ma chambre a M. de M. que le célèbre P. la Gombe qui a été si bon et si parfait quiétiste et qui a si long tems filé le pur amour
I. Cette ligae a éto a)oulée par Antoine sur l'enveloppe extérieure et près de l'adresse, probablement après la lettre fermée.
a. « Le même jour (mercredi 9 juillet), nous reçûmes la lettre pastorale de M. de Chartres... » (Ptielipeaux, Relation, II« part., p. 112).
iSa FÉNELON
auec Mad. guion a eu un commerce continuel de lettres auec Molinos iusqu'a la fin c'est le P fabri qui l'a decoiuiert molinos^ uiuant ' [;] en sorte que pour euitcr une contradiction uisible il faut rcuoquer la censure contre molinos a rome ou y condamner M. de Gambraj qui a donné un si beau liure pour soutenir mad. g[uyon] et c'est un de ses premiers cheualliers, il ne paroit rien encore de sa part pour repondre aux derniers écrits des trois eueques et ie crois que s'il a a le faire, il le fera paroitre a rome plutôt que partout ailleurs, on dit que son pur amour qu'il prêche tant fait de grands progrès dans son dioceze et aux enuirons, le mal est deuenu bien grand par les longueurs de notre^cour et ira bien uittcs si on ne se presse de l'arrester, la cabale met toute son espérance dans les grandes chaleurs de l'été et le grand âge du pape [;] ie ne dis que ce qui est public et g[é]n[ér]al uous apprendres le particulier s'il y en a par M. de Meaiix et M. de Paris, ie crois que ce seul (nom ?) cV ambassadeur ne fait point de deplaisir a M. le cardinal de Boinllon - on fait bien de mander touiours- Ics dispositions ou il est et les jésuites de Rome. Je commence a
1. A ces a£Brmntions s'oppose l'Apologie du P. Lacombe publiée dansla Revue Fénelon. décembre igro, p. i63.
2. Cette phrase est obscure. L'autographe porte : « Je crois que ce seul d'ambassadeur ne fait point de déplaisir à M. » Ces allusions sont sans doute relatives à l'envoi à Rome de M. de Monaco, mais comment la pensée de se voir supplanté par un ambassadeur en titre eùt-elle pu « plaire n au cardinal .-' Y a-t-il là le pendant d'une phrase assez obscured'une autre lettre, où Antoine insinue quelle mortification ce doit être pour le chargé d'afTaires de voir le roi correspondre directement avec le Pape et le nonce et sans passer par lui ? Le sens général est apparemment le mécontentement de la conduite du cardinal. C'est ainsi que, dans la lettre du -jo juillet, Bossuet écrira : Il y a longtemps que nousprêchons à la cour qu'il faut rendre le ministre garant des événements ; mais il y a là dedans un mystère que je ne conçois pas». Sur la question de cette ambassade, vovez la lettre de l'abbé Bossuet du 26 août 1698 (Lâchât, t. XXIX, p. 553) et, pour entendre l'autre son, celle de l'abbé de Chantérac, du 28 août (Lebel, t. XXXI, p. 37'i). il est certain, ea tout cas, que la disgrâce du cardinal de Bouillon, dont les causes furent complexes, dut oITrir satisfaction aux anciens adversaires de Fénelon. Les dépèches de l'abbé Renaudot au cardinal de Noailles, envoyées da Rome en 1701, sont instructives à ce sujet. Elles vaudront la peine d'être publiées dans la Revue Fénelon.
aller infirme chez ma sœur de mon pied [;] elle est toujours de même et notre frerc nous uous embrassons tous et M. Phelyp[eaux] ûotre dernier est du 24 iuin.
Monsieur l'intendant de Lion est a Paris [,] il ('toit bien ediffié
du liure de l'amour pur [,] mais la dernière relation le tient dans
un grand etonnement [;] il ueut être a Lyon pour notre retour*.
A Monsieur
Monsieur l'abbé Bossuet
a Rome
Les diverses lettres d'Antoine le montrent tout entier au procès du Qulétisme, et persuadé, comme son frère, « que l'Eglise est en grand péril - ».
Paris 31 juillet entre lo. et il du soir (t)H) ^
M. de AL ne fait que d'arriuer '^ Il m'a dit que sa dépesche étoit preste et ample et qu'il n'avioit qu'a cacheter [;] pour moi je n'ai rien a uous dire [[On assure qu'il y a une manière d'abiuration du liure par sept personnes plus ou moins, ducs[,] duchesses, abbés, etc. ^.
1 . L'intendant de Lyon ainsi « converti » par la Relation était Henri- François-Lambert d'Herbigny (de novembre i6f)4 au mois d'août 1701) (A. de Boislisle, Corresp. des contrôleurs généraux, t. L P- 6^7).
2. Bossuet avait écrit à son neveu le 20 avril 1698 : « Ce seroit le plus grand scandale qui pût arriver dans l'Eglise, si Rome, je ne dis pas approuvoitle livre, car on sait bien que cela ne se peut, mais biaisoit et moUissoit pour peu que ce fût, dans une affaire où il ne s'agit de rien moins que du rétablissement du quiétisme, et de l entière subversion de la Religion « (Lâchât, t. XXIX. p. 3i)3).