Le millésime 98 a été ajout<- de la main de Dom Coniac
4. De Meaux, d'où est datée la lettre de Bossuet àson neveu, écrite le 20 et terminée par une sorte de posi-criptnm ajouté à Paris, le lendemain dès l'arrivée (Lâchât, t. XXIX, p. 5o7-5o8).
5. Le billet, en dat« du 21, donne les mêmes nouvelles, mais sans les garantir : « J'arrive et je n'apprends rien de nouveau qui soit cer-
4ain. On parle de plusieurs ducs et duchesses, qui, depuis ma Relation,
l84 FÉNELON
Il ni a [<\] attendre que ce qu'il plaira a rome de faire pour le bien <le la religion et l'honneur du St siège, mais si on ne se presse l'église en soufrira, on dit que les moines sont touiours portés pour le liure]].
Je croiois que uous auriés reçu la relation ' et uous n'en mandés rien du i juillet, nous en aurons l'auis uendredi, receués les embrassades de ma sœur et de mon fils auec les miennes pour uous et pour M. Phelyp[eaux].
Monsieur Monsieur l'abbé Bossuet a rôme
Une lettre de l'abbé Bossuet, en date du 29 juillet, énu mère tous les arguments prodigués par lui pour convaincre le cardinal Nerli de la nécessité d'une condamnation particulière ; on y lit, entre autres choses fort suggestives :
Je lui ai fait sentir l'obligation où étoit le saint Sicg(>, consulté par le roi et les évoques, de s'expliquer autrement, lid alléguant la parole sollcnnelle que le Pape en avoit donnée. Je lui ai représenté la iionte dont se couvriroit le saint siège par un pareil jugement, la nécessité oh seraient les évêques de France de faire ce que le saint Siège déclareroit par là ne pouvoir ou ne vouloir pas exécuter -. ..
ont abjuré, non seulement Mme Guyon, mais encore M. de Cambrai., Cela étoit en Jiranle avant mon départ pour Meaux » {Jhiil., p. 5o8). C'est à cette abjuration que se rapporte la lettre de l'abbé de Chantérac à Fénelon, en date du g août 1698 : « Je vois toujours davantage, dans les visites que je rends aux cardinaux, quelles profondes impressions avaient faites sur les esprits la Réponse de M. de Paris et la Relation de M. de Meaux, soutenues parce terrible éclat qu'on vient de faire contre TOUS, et ce semble môme attestées par mille choses qu'on fait dire au roi là-dessus, et par ces abjurations qu'on publie du P. La Chaise, et de MM. les ducs de Beauvillicrs et de Chevreuse. « Œuvres, t. XXXI, p. a3i : Cf. lettre du 28 août, p. 870. — V. Aussi Phelipeaux, II. P. j). 1 17 et I ig.
1. Elle arriva seulement le 16 juillet (Phelipeaux, 11'^ part., p. ii5).
2. Lâchât, t. XXIX, p. 528. La lettre de Bossuet, en date du i4
LETTRES SUR LE QUIÉTISME l85
L'abbé y signale l'eflet produit par les « abjurations » dont avait parlé la lettre de son père, et les conclusions sont toujours du même ordre, indiquant l'opportunité de l'intimidation pour obtenir de haute lutte cette censure ardemment souhaitée :
L'abjuration des ducs et duchesses est ici publique. Il n'est pas à propos que la France fasse aucune censure ; il est trop tard et cela gâteroit tout ; mais il est bon de le faire craindre *.
Cette façon d'attendre la décision pontificale cadre à merveille avec l'idée que se faisait Antoine de cette autorité doctrinale, et avec ses préventions d'excellent parlementaire contre 1' « infalibilité » dont il se raille bien volontiers, témoin cette lettre du 4 août:
Paris 4- Aoust g8.
Uous uerrés par le paquet de M. de M. que nous auons reçu uos lettres du i5 iuiliet[;] nous uoudrions bien que les examinateurs pussent finir au commencement de sept[embre] mais il faut se défier de quelques nouueaux tours de la façon de M. le cardinal de Bouillon et (des) jésuites. On trouue pourtant ici que la chose est bien cclaircie et cette grande réputation de M. de Cambrai qui
juillet, parle nettement d'une « menace » de ce genre de la part de l'archevêque, Noailles et dont on attendait l'effet : « Il faudra voir aussi ce que produiront les lettres de l'archevêque de Paris, dans lesquelles il déclare qu'il parlera, si Rome tarde trop n (Jbid., p. igg). Phelipeaux dit fmercredi 22 juillet): «On sçut aussi qu'en France on ne pouvoit plus soutenir les longueurs de Rome, et que si l'affaire ne finissoit bientôt, on pourroit bien prendre des mesures pour se passer de sa décision, en faisant condamner le livre par le Clergé ou par la Sorhorne. On ne manqua pas de répandre confideniment cette nouvelle », etc. (P. 119. Cf. p. 1 J2 et 128).
i. Lâchât, t. XXIX, p. 52 i.
ebloiiissoit tant de gens ' est bien gastée, ie ne scay si le cardinal de Bouillon et les adherens applaudiront aussi hautement a ceux des consultans qui sont conlrc le liure qu'ils l'ont faite (sfc) pour cexix qui le fauorisent, un abbé qu'on nomme ce me semble
I. Là, en effet, avait porté l'efTort. Quoi de plus décisif à cet égard que le texte même des correspondants ? « J'écris fortement à M. de Paris pour réclaircissemont des faits, mandait le neveu, et avoir des preuves de la liaison de M. de Cambrai avec Mme Guyon au moins et savoir comment il répond ; mais il faut des pièces authentiques et originales. Comptez que cela est décisif en ce pays et rien n'y pourra résister : csla est même nécessaire dans la circonstance du partage des examinateurs... » (22 avril 1698, Lâchât, t, XXIX, p. .^gg ; cf. lettres du même, 8 et 17 avril, p. 384 et 892). A la lettre du 8, Tévêque répond, le 2& avril : « Le P Lacombe... est à Vincennes où on le doit interroger... On a sa Déclaration où il avoue toutes les pratiques de Molinos... Il ne reste plus qu'à faire voir la liaison avec M. de Cambrai : nous la prouverons, par actes, et je suis chargé d'en faire la relation, qui paroîtra au plus tôt où je citerai le roi et Mme de Maintenon, comme témoins sur tous les faits » (76trf. , p. /lo3). V. la lettre de l'abbé de Bossuet, 27 mai (ibiJ., p. 43i), et celle du 3juin, où on lit : « L'usage que j'ai fait de la lettre que vous m'avez envoyée de M. de Cambrai à Mme de Maintenon, ne pouvoit être plus à propos... Cela étoit absolument nécessaire dans ces circonstances, où il falloit faire impression avant qu'on entendît parler les examinateurs comme on a fait depuis .. Ce sont de ces choses qui font ici une grande sensation et qui décrient, comme il convient, la mauvaise cause » (/6irf., p. i3G). Le 10 juin, l'abbé rend compte de l'audience durant laquelle il a lu ces pièces au Pape, et il conclut : « M. de Cambrai commence à être connu, sa réputation est perdue et le seroit à moins. On commence à le regarder comme un homme très dangereux ; on ne comprend pas qu'il reste précepteur ; on en est scandalisé (scandale de faibles ou de pharisiens ?) Si, par hasard, on avoit des faits particuliers de Mme Guyon, de M. de Cambrai et de la cabale, qu'on ne voulût publier, il faudroit le montrer à M. le nonce, et me les envoyer seulement pour le Pape... Ces sortes de pièces sont excellentes pour fortifier le Pape, qui en a toujours besoin » {Ibid., p. 44 1). Bossuet répond à la lettre du 3 juin : « Le principal est qu'on connoisse deux choses; l'une, que le roi est implacable sur M. de Cambrai : ce qu'il a fait dans la maison des princes en est la preuve. Assurez-vous qu'il n'y a point de retour ; ce que nous imprimons ici aux yeux de la cour en est une confirmation. Quoi qu'il arrive et quand même on molliroit à Rome... on n'en agira pas ici moins fortement...» (Lettre du 23 juin, ibid., p. 449). Le 7 juillet, rendant compte à son neveu de la « manifeste bénédiction »
M. ragucnet ' qui est auprez de M. le G[ardin]»l de Bouillon mande qu'on est content de uous a rome, il dit que le pape consulte les uniuersités et de tout coté et que l'infabilité uiendra aussi tost par la que par le S' esprit, uous aurez bientôt en forme les trois traittés latins, on fera l'admonition que uous auez uûe qui m'a paru bien nette et bien a propos a l'égard des auis qui ont été (enuo[yés]) ouuerts-[;] uous aurés bien tôt une traduction
que sa Rdalion a reçue de Dieu, levèque de Meaux s'effraye quelque peu des conséquences : « Je suis assuré qu'il (le nonce) a su et vu en grande partie ce qui s'est passé à Paris et à la cour, où le déchaînement contre M. de Cambrai est si grand, qu'il est à craindre quel'indignation n'aille trop loin, et ne fasse perdre le respect à beaucoup de gens r, (Ibid., p. ^87). Donc, l'obstacle de la réputation de Fénelon était abattu, à tel point même que certains en voulaient à Bossuet d'avoir « eu recours » à Rome, comme il dit l'avoir fait dans cette même lettre, lui qui ailleurs proteste que ce fut le fait de Fénelon seul (Cf. lettre de Bossuet à son neveu, 4 août i6g8, p. 523).
1. L'abbé Raguenct, né à Rouen en 1660, avait suivi, à Rome le cardinal de Bouillon. Il est surtout connu par sa Vie de Turenne. Son livr& intitulé Description des Monuments de Home, qui lui valut le titre de citoyen romain, dont il se montra très fier, eut, s'il en faut croire une « réclame » du Mercure galant, une spéciale approbation de Bossuet : « Son livre ne fait que paroistre, écrivait au mois d'août 1700 le nouvelliste. Cependant, il m'est déjà tombé entre les mains deux lettres par l'une desquelles j'ay vu que Mr l'Evèque de Meaux, que tout le monde connoist pour l'un des plus sçavants Prélats du Royaume, avoit admiré la variété et la noblesse des expressions qui se trouvent dans cet ouvrage... » ÇMercure (/alant, août 1700, p. io5 et loG).
2. Le dernier des trois traités : Quielismus redivivus, n'était pas cncore- [larvenu à l'abbé Bossuet qui, le 12 juillet, en accusant réception des dernières feuilles de la Belation, ajoute : « Nous attendons le Quielismus redivivus » (/6îf/. , p. 496, cf. i5 juillet, ibid., p. 5oi : Phelipeaux, lettre du 22 juillet, p. 5i2). Le 28 juillet, Bossuet la promet encore et en envoie la préface (p. 5i5). Le 4 août, Pheli[)eaux l'appelle encore de ses^ vœux (p. 327) et, le 12, labbé Bossuet (p. 536). Sa lettre du 19 n'en signale que les premières feuilles (p. 543). Cf. les lettres de Bossuet des^ 10, i3, 17 août annonçant les envois (p. 532, 537, 54o). L'Admonilio dont parle la lettre d'Antoine, n'est point, malgré la ressemblance detitre, la préface du Quielismus reaivivus, appelée Admonitio prxiia (Lebel, t. XX.IX. p. 365), mais la pièce intitulée Admonitio generalis ad animarum direclores, publiée à la suite de la lettre du 3o juin (Lebel, t. XLI, p. 284 ; Lâchât, t. XXIX, 467).
I 88 FÉNELO:V
latine et italienne de la relation qui est au gré de tous la pièce de •cisiue du procez *.
Le grand camp prez de Gompiegne qui deuoit s'ouurir le i8 de ce mois est différé, jusqu'au 39, a cause de la récolte [.] On ne parle que de l'afaire de M. le grand prieur auec M. le P[,rince] de Gonty, elle a commencé en ioiiant a l'umbre a Meudon [;] un iour aprez dans le parc de meudon même [,] le premier fit un espèce d'appel au Prince, le roj qui le sçut par Monseigneur refusa de uoir le grand prieur qui s'étoit présenté et lui manda de uoir M. de Ponchartrain qui lui diroit ses ordres qui furent de se Tjendre a la bastille [et] ce qu'il lit le même iour sur le soir. Le roi dit a M. le p[rince] de Gonty l'ordre qu'il auoit donné, M. le duc de Vendôme qui etoit a Anet pour sa santé. Il fit toute sorte de soumissions a tous les princes du sang et en parl[iculi]'^'' a M. le p[rince] de Gonti qui a demandé la liberté du grand prieur auec M. de Uendomc, le roi dit au Prince qu'il etoit bien aise •de les uoir ensemble et qu'il fut content et que c'était a lui a faire le reste, M. du Maine et M. le P[rince] de Tholoze a qui M. le grand prieur uoulut aller tournèrent tout court a M. le P[rince] de Gonty [,] toute la franco en a fait de même [;] on ne sçait encore quand le 'prisonnier sortira 2.
1. Sur la version italienne due à l'abbé Régnier des Marais, cf. lettres de Bossuef, 28 juillet, 10 et i3 août 1698 (Lâchât, t. XXIX, p. 5i5, 53i, 537) et plus bas, p. 190 la lettre d'Antoine du 11 août. Cette traduction, dont le privilège accordé à Bossuet est du 26 septembre lôgy, pour divers écrits, (Cf. plus bas, p. 20^, n. 2.) porte l'achevé d'imprimer du 20 septembre 1698. In-8 de i5o pages (Bibl, nat., D igogS). Les expressions d'Antoine sont exactes ; ce sont bien là — quoique Bossuet ait affirmé le contraire (lettre du 3 mars 1698, p. SaS : « nous écrivons pour l'instruction non du procès, mais des peuples » ) — des « pièces du procès », et non des écrits pour conjurer le scandale des peuples. Des écrits latins et italiens, c'était ce qu'avait réclamé Phelipeaux, et qu'avait formellement promis l'évèque : « en faire en latin, parce qu'on les demande à Rome et en Flandre, les faire courts et décisils » (Lettre à Renaudot, 7 avril i6g8, p. 38o). La version italienne fut lue par le Pape «avec beaucoup de plaisir » . (Phelipeaux, Il^part., p. 147).
2. Celte querelle des deux princes, suivie d'une provocation le lendemain, a été racontée au long par Saint-Simon (^Mémoires, éd. de Boislisle, t. V, p. 3i3-3i6) et par le marquis de Sourches (t. VL p- 49> etc). V. aussi la lettre de Madame, datée de Saint-Cloud, 3i juillet : « Depuis
M. l'abé Boutard ' m'a remis ces quatre exemplaires pour uous les enuoier de la part de M. de M.
Nous aurons bien tôt M. Chasot qui passe par n[ot]re d[am]^ de Soissons, ma sœur et notre frère uous embrassent A Monsieur Monsieur l'abbé Bossuct a rome.
Les nouvelles des Incidents notables de la cour, que les lettres d'Antoine communiquent à l'abbé Bossuet, montrent que leur correspondance n'était pas confinée dans les seuls événements du procès contre les Maximes des Saints, Nous avons déjà remarqué, par les réponses d'Antoine^ que l'abbé réclamait les « nouvelles à la main », si défectueuses fussent-elles.
Il est constant toutefois que ce qui l'y intéressait davantage était ce que disaient les feuilles publiques de la marche de cette grave affaire. iNous avons la preuve dans la lettre suivante :
Paris, XI aoust g8.
J'ai reçu uotre lettre du 22 Juillet. Je souhaite que la fluxion qui uous a empesché de m 'écrire de uotre main s'en soit allée aussi uitte que uous auiés cru qu'elle feroit ^.
trois jours il y a grand vacarme à la cour. Dimanche dernier., à Meudon... » (Ed. Jaeglé, t. I, p. 176).
I. Sur l'abbé Boutard, le Poêle des Bourbons (1664-1729), v. Revue Bossuet, avril 1900, p. io3, note i, et Lebeuf, Histoire de Paris (Paris, Féchoz, i883, t. III, p. 12, i24, 20/I et 235). Son ode sur Marly, de 1698, fut présentée au roi par Bossuet et traduite par Perrault. Elisabeth-Sophie Chéron, morte en 171 1, auteur d'un portrait excellent de Bourdaloue, avait traduit en 1669 sa description de Trianon, et l'abbé du Jarry mit en vers français, en 1703, son ode sur Meudon.
a. V. la lettre de même date dictée par l'abbé Bossuet : « J'ai une fluxion dans la tète qui m'a pris ce matin. Ce que j'ai est moins que rien . je sens bien que demain, je serai dans mon état normal » (Lâchât, t. XXIX, p. 012).
I go FENELON
[[On imprime ici une uersion italienne de la relation de la façon de l'abbé regnier que uous aurés bien tôt, si uous l'auiez preuenue par une autre, tant mieux.
en uérité il seroit bien important que pendant que les examinateurs discoureront les choses se disposassent a une décision au uatican = tenés pour certain que ie ferai tenir les quinze cent liures au Sr guerin pour acquitter pareille somme que uous auez tiré sur lui J'ai mandé a M. de Meaux qu'il donnast ordre aux XII c[ents] £ il m'a mandé qu'il le feroit.
ie n'ai pas oui parler de l'assemblée extraord[inai]'"e du Clergé dont parlent les nouuelles a la main d'aujourd'hui, mais si cela arriuoit et que Rome n'eut encorcs rien décidé sur le Hure de M. de Cambrai on pouroit faire des deffences en attendant ou prendre la dessus quelque resolution prouisionnelle et Rome en seroit peut être faché[e], portés uous bien
i'ai raie dans ces nouuelles l'article impertinent qui regarde M. du Mont, ne le faites pas uoir.
A Monsieur Monsieur l'abbé Bossuet a Rome
Ce serait grand hasard de retrouver les « nouvelles à la main » de celte date, qui nous pourraient renseigner sur l'article relatif à M. du Mont ^ ; mais ce sont là des affaires privées peu intéressantes pour l'histoire du Quiétisine. Il est plus piquant de rencontrer dans le Mercure de Hollande l'explication de la phrase des « nouvelles à la main » qui fait allusion à l'Assemblée du Clergé. On y voit que les menaces souvent insinuées^ pour presser Rome par la crainte de voir les évèques de France « réduits » à prendre de leur chef une décision doctrinale, n'étaient pas telle-
1. Hyacinthe de Gaureaul seigneur du Mont. On a vu (p. 44) que le frère de Bossuet, Antoine, avait épousé Renée-Madeleine de Gaurault du Mont. Voir sur cet honnête pourvoyeur des plaisirs du Dauphin les Mémoires de Sainl-Simon, t. XXI, p. 'jo. Il figure dans l'assistance aux funérailles de Bossuet à Meaux. \oir Ledieu, Journal, t. III, p. lao.
2. Cf. la lettre de l'abbé Bossuet énumérant les arguments présentés au cardinal Nerli (phis haut, p. i85).
ment des propos en l'air. Nul ne croira qu'un partisan de Fénelon ait fait insérer ce mémoire ', qu'on trouve au Mercure historique publié à La Haye en juillet 1698 :
... La Cour de France entrevoit bien tout cela (les difficultés pour Rome d'une décision qui, selon l'auteur calviniste, lui ferait condamner des saints canonisés) aussi assure-t-on que se méfiant des subterfuges do celle de Rome, et d'une espèce de cabale qui s'y est formée en faveur de M. de Cambrai, elle a déjà pris des mesures pour voir la fin de cette affaire. Et les pénétratifs disent là dessus que l'assemblée Générale du Clergé de France qui a été convoquée extraordinairement au mois d'octobre procliain, l'est bien moins pour délibérer sur les moyens d'affermir la Conversion des Nouveaux Réunis et de pourvoir aux nécessitez des Catholiques Réfugiez de la grand'Bretagne, que pour faire comprendre au S. Siège que s'il diffère plus longtemps a donner une décision qu'on a bien voulu lui demander, on peut s'en passer fort bien et faire décider cette affaire dans un Concile National. Ce procédé seroit un peu violent sans doute, mais il ne seroit pas sans exemple '^.
L'intention de ceux qui inséraient ces réilexions du Mercure de Hollande était-elle de desservir ou d'aider Fénelon? Nous n'avons pas ici à résoudre cette question^.
1. II était au moins Lien conforme aux nouvelles de France que Phelipeaux insinue avoir été « répandues confidemment », à Rome, par Iloslet entre autres, et non sans eflét (Cf. Relalion. p. 128).
2. Mercure historique et politique, La Haye, 1698, t. II, p. 254.
3. II y aura lieu, pour l'ensemble des gazettes de Hollande, de rechercher jusqu'à quel point sont vraisemblables les fréquentes accusations de Jîossuet et de son neveu, affirmant que Fénelon et ses partisans font insérer tout ce qu'ils veulent dans les feuilles calvinistes. — La vérité semble être que les gazetiers recevaient de toutes mains et se montraient disposés à insérer pour ou contre les deux adversaires tout ce qui leur paraissait devoir intéresser leurs lecteurs, et surtout désagréable au catholicisme. Leurs griefs personnels contre Bossuet, adversaire du j)rotestantisme et auteur de l'Histoire des l'ariations , ne sont pas pour rien dans leur attitude et leur soin de donner aux nouvelles un air défavoraljle à l'évèque de Mcaux. Cf. plus haut, p. 179.
L'article, en tous cas, éclaire et explique la lettre d'Antoine, du 18, et celle aussi du i3, qu'a retrouvée à Genève M. labbé Lrbain.
Paris, i3 août \^i6'\g8
M. l'abbé de Madot' prit hier matin la peine de m'apporter luimême votre lettre du 29 juillet, et me recommanda de ne pas dire par quelle voie je l'avois reçue. J'envoie en même temps celles qui y étoient jointes à Meaux et à Reims, et mande à M. de M[eaux] s'il vouloit écrire par le courler extraordinaire et vous envoyer quelque chose, il n'y avoit point de temps à perdre. Dans l'incertitude si sa réponse viendra à temps, j'envoie toujours celle-ci à M. de Madot, à qui j 'envolerai le reste aussitôt que je l'aurai ; je l'attends à toute heure.
Je suis très aise de la bonne disposition où les choses sont et du bon effet de la Relation. On a beau tourner la doctrine, se taire des faits de Mme Guyon, comme ex fado jus, et si on ne décide en particuUer sur certains points principaux, M. de Cambrai éludera tout, comme on voit bien qu'il le sait faire.
Vos lettres de change seront acquittées.
La lettre de M. de Meaux arrive avec une pour Mme de Maintenon, qu'il me mande d'envoyer par un exprès qui est déjà parti. 11 rend compte du contenu en votre dernière, quoiqu'il ne doute pas que M. de Paris ne l'ait déjà fait.
Il me mande aussi d'envoyer par ce courier, s'il se peut, des Quietismus rediviviis. J'envoie chez Anisson pour voir s'il y en a de prêts ; mais en attendant, j'envoie sa lettre et la mienne.
J'envoie en même temps un assez gros paquet de ces livres avec un billet à M. de Madot pour envoyer le plus qu'il pourra de ces li^Tes, que vous ferez relier. M. de Mauroi arrive de Versailles où il assure qu'il n'y a rien de nouveau, sinon que le roi ai-
I. Sur l'Abbé de Madot, futur évèque de Belley et son frère, le courrier extraordinaire qui annonça la condamnation de Fénelon, voir plus bas, p. 322, note 3.- Cf. Revue Bossuet, 25 octobre 1908, p. aaS à 234.
LETTRES SUR LE QUIÉTISME IqS
pris médecine. Je ne sais si vous savais que le mariage de M. de Mauroi avec Mlle Le Maire est enfin déclaré dites-le à M. Phelippeaux * .
Plaris] i8 Aoust g8
Le coaner extraord[inai]'"'' 2 n'arriua a Paris que ieudi i/l® au soir et jestois parti le matin auec M. Bazin ^ pour aller auec M. Bazin et uotre frère en sa terre de bandcuille qui est a dix lieues d'ici, le lendemain au soir on m'y apporta le paquet du 4 * ie ne fis que l'ouurir fort légèrement et l'envoiai en dilligence a cheual toute la nuit par larcher auec ordre de prendre la poste, il fit si bien qu'il le rendit à M. de Meaux entre six et sept heures du matin, le Jour même l'archer reuint à Paris [;] uotre paquet pour M. de Paris et la pièce latine ■' lui furent remises, a mon
1. Revue Bossuet, 25 oct. igoS, p. 217, publiée par M. l'abbé Charles Urbain, d'après l'original, à Genève.
2. La lettre de rarclievèque de Paris à l'abbé Bossuet, du i8 août, parle d'une lettre reçue par le moyen de ce courrier extraordinaire, et remise par l'abbé Madot, frère du genihilhomme à qui s'intéressait l'abbé Hossuet. (Cf. Lâchât, t. XXIX. p. 54 i. V. aussi la lettre du même, du II août, et celles de Bossuet, du 1 3 et du 17, p. 532, 53G, SSg).