‹ FénélonChapitre 99 sur 138 · Voir plus bas, p. 266 la note additionnelle du mémoire · texte numérisé non relu

Voir plus bas, p. 266 la note additionnelle du mémoire

3. Voilà un détail inexact, l'abbé Bossuet étant parti le i3 mars 1696. D'après le préambule de la Relation sur le Quictisme de Pbelipeaux, le voyage à Rome de labbé Bossuet et de son mentor est présenté comme un pèlerinage ad limina, sans aucun rapport avec l'affaire du quiétisme, qui à l'en croire, serait née fortuitement sur ces entrefaites, sans qu'il en ait été question avant leur départ à tous deux. Cf. supra, p. 36, n. l et 57. Mais j'ai déjà noté combien peu fortuite était cette excursion. Bossuet et ses amis ont beau faire entendre que l'appel à Rome de Féneloa du mois d'avril 1697, postérieur à ce voyage, est survenu comme une surprise impossible à prévoir : de minces détails, comme la réflexion de notre anonyme antérieure à cet appel, nous révèlent que de longue date les adversaires de Fénelon étaient résolus à le pousser jusqu'à Rome, s'il le fallait.

4. On lit Quinol dans le Mémoire de Lediea (voir Revue Bossuet, juillet 1909, p. Sa). Cf. plus haut, p. 116, n. i.

gogne, bon sulpicien, qui le servoit aussi sur cela,, y a perdu l'esprit'.

Mais les prélats s'unirent enfin tout à fait à M. de Meaux en signant, le 6 août 1697, sa Déclaration.

Démarche de M. de Meaux. — Il l'approuve ^. — Bien des gens étoient fâchés qu'on eût porté l'affaire de M. de Cambrai à Rome ; mais M. de Meaux faisoit observer que c'était M. de Cambrai lui-même qui avoit engagé cette démarche.

Abbé Catelan. — L'abbé de Catelan étoit un de ces discoureurs qui critiquoient la conduite et les écrits de M. de Meaux, son Apocalypse, ses notes sur les Psaumes, etc. Il alloit même jusqu'à reprendre le gouvernement de son diocèse, l'ordre de sa famille, l'administration de ses biens ^.

1 . Sur les accidents de ces « éclopés » , voir la note de M. Henri Bremond à propos du chapitre qu'on pourrait consacrer aux « ambulances pendant cette guerre. » Apologie pour Fénelon, p. lo, n. 3.

2. La titre marginal, qui du reste semble être placé un peu trop loin et devrait précéder la phrase : Mais les prélats, ne paraît pas des plus exacts. Ne faudrait-il pas : « Démarche de M. de Cambrai ; M. de Meaux l'approuve. » En toute hypothèse, on sait par l'histoire, que si Bossuet eut à se défendre des mécontents qui se plaignaient qu'on eût porté l'affaire à Rome, il pouvait répondre qu'il n'y était pour rien, Fénelon ayant lui-même déféré son livre, au^grand mécontentement d'ailleurs de tous les prélats gallicans et partant de Bossuet lui-même. Celui-ci avait du moins l'habileté (car il n'en manquait pas plus que son adversaire) de se déclarer content de ce qu'il ne pouvait plus empêcher, et d' « approuver » cette démarche, tout en faisant remarquer qu'elle n'était pas sienne. C'était se disculper à la fois du reproche de trop grande animosité contre son confrère dans l'épiscopat et du « crime » objecté par les gallicans, d'une reconnaissance de l'autorité doctrinale du siège romain en une question non jugée d'abord sur place par l'épiscopat français, une des préoccupations de leur indépendance et des libertés gallicanes.

V 3. Tout cela se passait sans doute à l'insu de Bossuet, qui dans sa correspondance avec l'évèque de Mirepoix parle en termes favorables de l'abbé Catelan. Ce sous ordre dans l'œuvre du préceptorat du duc de Bourgogne, qui semble avoir échappé, grâce à Bossuet, à la disgrâce de presque tous les autres, se montrait peut-être en cela singulièrement

■ ingrat envers l'évèque de Meaux. Son attitude prouve cependant que

M. Fleury. — Il échappoit aussi à l'abbé Fleury de dire : M. de Meaux seroit bien étonné si Rome ne condaninoit pas M. de Cambrai. M. de Meaux se contentoit de dire sur l'abbé Fleury qu'il le feroit bien revenir quand il voudroit. Il parloit plus sèchement de l'abbé Gatelan.

Quand on chassa de la cour l'abbé de Langeron, l'abbé de Beaumont, M. Dupuis et de l'Echelle, gentilshommes de la manche de M. le duc de Bouri^osne, M. de Meaux dit qu'on vouloit aussi chasser l'abbé Fleury, mais qu'il en avoit répondu. Il n'avoit pas cessé de communiquer à M. de Meaux son manuscrit de l'Histoire ecclésiastique.

Instruction du cardinal de Noailles. — M. de Meaux n'approuvoit pas que M. le cardinal de [Noailles, dans ï Instruction sur la vie intérieure, n'eût pas nommé M. de Cambrai dont il condamnoit les erreurs. Il y trouvoit peu d'ordre, et il disoit que les matières sont trop entassées les unes sur les autres.

M. DuGUET auteur de l'axalyse. — On y remédia par une analyse à l'entrée de l'ouvrage, qui fut laite par M. Duguet ; mais on ne remédia pas à ce qu'on avoit dit de moins exact sur l'amour de Dieu considéré en soi-même et sur l'état passif. Quoique la difl'érence d'avec M. de Meaux fût plus dans les termes que dans le fond, M. de Cambrai en a pris occasion de dire dans ses lettres que les prélats, ses adveisaires, ne s'entendoient pas.

M. DE Chartres. — M. de Chartres, dans sa lettre pastorale, en disant qu'il avoit soutenu dans ses thèses de licence qu'on peut faire un acte d'amour de Dieu consi-

tout le monde ne trouvait point parfaite l'administration diocésaine et la tenue privée de la maison de Bossuet. Que ce soit partialité pour Fénelon ou autre motif, l'unanimité de la vénération et de l'admiration en ce qui regarde Bossuet est une des légendes, chères à Floquet ou autres panégyristes, que l'étude des témoignages contemporains n'a point sanctionnées.

déré en lui-même, sans aucun rapport à soi, donna aussi quelque prise à M. de Cambrai, et il ne manqua pas d'observer que M. de Meaux restoit seul.

Réponse d'un théologien. — M. de Meaux le confondit dans sa lettre pastorale, la Réponse d'un théologien à la i" lettre de M. de Cambrai, imprimée chez Desaillier (sic, pour Dezallier), libraire de M. de Chartres, car M. de Chartres reculoit toujours pour répondre. L'écrit deM.de Meaux lui lut envoyé, et il y mit quelque chose du sien à la fin, à l'endroit où l'on rapporte en marge une prière de M. de Cambrai qui se récitoit à St-Cvr. M. de Meaux donna ordre que si le courrier ' porteur de la bulle ^ contre M. de Cambrai arrivoit, comme on le disoit, le 22 mars, on ne l'éveillât pas plus tôt qu'à l'ordinaire.

La Rochefoucault. — M. de La Rochefoucault assura le roi, lorsqu'il déclara qu'il avoit reçu la Bulle, que M. de Cambrai se soumettoit^. C'étoit un service d'ami.

Sermon de M. de Cambrai. — Quand M. de Cambrai reçut, le 25 mars, la nouvelle delà Bulle qui le condamna, il se disposoit à prêcher le mystère de l'Annonciation. Il le prêcha, en effet, ayant pris ce texte: fiât voluntas tua, il tourna son discours sur la soumission à la Providence et aux ordres des supérieurs, et en même temps il écrivit à ses amis qu'il alloit travailler à son mandement d'acceptation. Il parut, daté du 9 avril, en latin et en françois séparément. Le latin n'étoit que pour Rome, il fit défense

1. Sur ce courrier voir la Revue Bossuet, 2D oct. igo3, p. 225 et ab juillet igog, p, lii.

2. C'était une « bulle » et non un simple bref qu'escomptaient les adversaires de Fénelon, et portant de plus la note d'hérésie. Leur déception sous ce rapport fut couverte en partie par la solennité que l'on fit donner à l'acceptation de ce (c bref», entorse faite aux principes gallicans, mais que la passion triomphante fit tolérer pour mieux écraser Fénelon.

3. Il faut lire : se soumettrpit. comme on voit par le Mémoire de Ledieu, ihid., p. fi 2.

à son imprimeur de le distribuer. Peut-être avoit-ii honte du terme sordescal qu'il y emploie.

Dessein des assemblées. — Ce fut M. de Meaux qui imposa (sic) au roi le dessein des assemblées par provinces pour l'acceptation avec les lettres patentes : il crut cette voie plus solennelle et plus éclatante ; il l'avoit peut-être concerté avec l'archevêque de Reims, car l'abbé Bossuet a vu un mémoire de ce prélat envoyé au roi sur ce sujet en date du i8 avril; mais M. de Meaux en avoit parlé dès le 2.

Défaut de bref au roi. — Comme il n'y avoit pas de bref adressé au roi pour cette Bulle, on craignit que le roi n'en fût oETensé. C'étoit la faute du cardinal Âlbani, à l'instigation du cardinal de Bouillon, qui vouloit par là diminuer l'autorité de la censure, mais le roi n'en fut pas offensé et il alla son chemin.

Belle réponse sur un formulaire. — L'abbé Bossuet demanda à M. de Meaux si on ne joindroit pas de formulaire à l'acceptation de la Bulle, comme dans l'affaire de Jansénius. M. de Meaux répondit : « C'est une sottise qu'on a faite pour plaire aux Jésuites, qu'il se faut bien garder de recommencer. La foi de l'Eglise ne s'assure pas par des signatures des particuliers ; c'est la décision et l'unanimité des évêques dans la même doctrine qui fait la stabilité de la foi : c'est ce que les Jésuites ignorent parfaitement ». Cette réponse est admirable et fait bien voir le peu de cas que M. de Meaux faisoit du formulaire, quoiqu'il pensât qu'on peut le signer '.

Il faut remarquer cpie M. de Cambrai n'usoit pas dans

I. L'auteur anonyme, évidemment favorable aux jansénistes, tire légèrement à lui ; car Bossuet à coup sur ne se bornait point à dire qu'on pouvait signer le Formulaire, mais en exigeait la signature, témoin ses discussions avec les religieuses de Port-Royal, bien qu'il se servît d'arguments assez favorables aux partisans du silence respectueux. Il est du moins intéressant de surprendre une fois de plus les sentiments de son entourage. Cf. le développement du Mémoire de Ledieu, ibid., p. i5.

ses discussions de moyens simples ; c'étoit caclioterie et détours. Il ne parut à Rome, pendant les six premiers mois qu'on examina son affaire, qu'un seul exemplaire françois de son livre, qui étoit celui du cardinal de Janson envoyé à ce ministre par le P. de la Chaise.

M. de Meaux avoit toujours joui d'une bonne santé ; après les travaux de l'aiTaire de Cambrai, il fut attaqué d'un érésipèle. Il rompit le carême par l'ordre de M. Fagon, la quatrième semaine de l'année 1699. Il alla aux eaux, mais il revint pour l'assemblée provinciale de Paris pour laquelle le roi avait donné ses ordres. Tout s'y passa à merveille, sans blesser ni Rome ni les parlements ; et cette assemblée fut le modèle des autres, excepté celle de la province de Toulouse où Ion trouva bien des défauts. M. de Meaux disoit : Pourquoi l'archevêque s'est-il tant pressé' ?

M. de Meaux n'a jamais douté que M. de Cambrai ne se souinît : il n'a pas, disoit-il, d'autre parti à prendre et d'ailleurs il n'auroit jamais le cœur de faire autrement. Il ajouta qu'il avoit des moyens en main pour le faire obéir, mais quand on lui demanda quels ils étoient, il se tut-.

C'est ainsi qu'il pensoit à tout pour la conclusion d'une affaire dont il avoit assuré au roi le succès. Ce fut pour cela qu'il répondit à tous les écrits de M. de Cambrai ; il avoit même préparé une réponse qui n'a point paru, la bulle de condamnation étant arrivée. Le titre étoit : Ré-

1 . L'archevêque de Toulouse était de la Berchére, contre qui ses ad- -, versaires avaient comme grief principal qu'il était, disaient-ils, une créature du P. de la Chaise, et favorable aux jésuites. Les Nouvelles ecclésiastiques manuscrites des jansénistes ne tarissent point contre lui.

2. On peut conjecturer sans témérité que le recours au pouvoir civil en était un, et Bossuet ne pouvait, à en juger par sa conduite ordinaire, notamment dans sa lutte contre les exemptions de Rebais ou de Jouarre, éprouver aucun scrupule à l'employer. Il était cependant trop avisé, malgré sa proverbiale candeur, pour se découvrir maladroitement et prêter flanc à des dénonciations à Rome que son adversaire n'aurait pas manqué de faire ou directement ou par d'autres.

flexion ou dernier éclaircissement sur la réponse de M. de^ Cambrai aux remarques de M. Vévêque de Meaux. Les lettres patentes du roi ne parurent que trois mois après l'assemblée de Paris. M. de Meaux en concerta l'enregistrement avec M. d'Aguesseau dans un rendez-vous donne au clos des Chartreux •.

Le plaidoyer de ce magistrat, alors avocat général, qui en fut le résultat, ne cessoit d'être admiré par M. de Meaux pour la doctrine, le trait, l'éloquence. On y voit en effet toute la doctrine de France: le Pape centre d'unité, supériorité du Concile, autorité divine dans les évêques, concours des églises pour une décision infaillible. Une seule chose ne plaisoit pas à M. de Meaux, c'est que M. d'Aguesseau eût parlé de la puissance du Pape et de celle des évèques comme de deux puissances, n'étant qu'une seule et même puissance. Il lui sembloit aussi qu'il y avoit quelques affectations dans le style, mais il disoit que cela ne méritoit pas la peine d'être relevé. Quand, dans la suite, vers le mois de novembre, on dit que Rome condamneroit ce plaidoyer, M. de Meaux répondit qu'il n'en seroit rien, après les éloges qu'elle avoit donnés au procès- verbal de Paris, où les mêmes principes, qui sont ceux de l'Eglise de France, se trouvent: et cela fut ainsi-.

1 . Il n'est pas inutile tie souligner la précision des informations de notre narrateur anonyme, assurément bien placé pour connaître le détail des incidents de cette affaire. Son admiration n'épargne aucun éloge aux menées très gallicanes de l'évèque, qui n'avait pourtant alors à subir aucune pression, comme lors de l'assemblée de 1682, où il joua plutôt le rôle d'arbitre ou de modérateur. Ici, par suite de sa situation et de son renom, il dirige et gouverne. Or, comme on l'a fort bien fait remarquer, l'assemblée du clergé de l'année 1700, trop peu étudiée et pas assez connue, n'est pas moins importante que celle de 1682. Son histoire, quimériterait de tenter un amateur de recherches précises, serait instructive sur l'état d'esprit de Bossuet et des autres évèques à cette époque.

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