‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 102 sur 347 · Cf. plus loin, Lettres I, p. i3 et LXXXIV, p · texte numérisé non relu

Cf. plus loin, Lettres I, p. i3 et LXXXIV, p

2. Juin S() a été ajouté de la main de Mme Guyon. C'est la date, où a été rédigée cette partie de la Vie.

3. Ce paragraphe est sans doute un peu postérieur aux précédents: l'écriture en est différente.

h- Depuis 1671, le P. François Lacombe, Larnabite, avait été le compagnon de voyage, le directeur et l'ami de Mme Guyon. On prétendait même qu'il avait été pour elle quelque chose de plus. Il était enfermé par ordre du Roi depuis 1687 ; cf. Phclippeaux, loc. cit., l, p. .2(). Bossuct a utilisé fc passage dans sa Rcl'ilion : cf. plus haut, p. 2 et n. 6.

5. M. L. a été écrit dans l'interligne par Mme Guyon. La copie porte N.

FÉNELON ET Nf ' GUVOX 11

encore tout d'une auln> nature ; cl il y a quelque chose dans la nature tle l'union que j'ai pour lui, qui |74«| m'est entièrement nouvelle, ne l'ayant jamais éprouvée'. Il en est de même pour ce que je sou£fre pour lui. Cette dilTérence ne peut jamais tomber que sous re.xpérience. Je crois que Dieu me Ta donné de cette sorte, pour l'exercer et le faire mourir par l'opposition de son naturel ; aussi vois-je clairement qu'il ne sera point exercé par les fortes croix ■, son état étant vmi et non sujet aux alternatives de douleurs et de joie. Il faut donc détruire sa propre sagesse dans tous les endroits où elle se retranche ; et c'est à quoi il me parait que Dieu me destine. Il me semble'' qu'il m'a choisie en ce siècle, pour détruire la raison humaine et faire régner la sagesse de Dieu par le débris de la

1. Fcnelon fait allusion ;i cette préférence de Mme Guyon [loiir lui tlans une lellro ii rahbé de Chanterac du 12 septembre 1698 (t. IX, p. 523, rf).

2. « Vous ne serez point conduit par les fortes croix. » (Lettre de Mme Guyon ii Fcnelon du if) juin l'iSg); cf. plus loin, p. 178.

■'). Bossuet a condensé cette dernière page dans une citation de sa Rc'lalion (vi, § i3, édit. cit., t. XX, p. 07) : « Il m'a semblé, dit-elle, ((ue Dieu m'a choisie en ce siècle pour détruire la raison humaine, pour établir la sagesse de Dieu par la destruction de la sagesse du monde ; il établira les cordes de son empire. en moi, et les nations reconnaîtront sa puissance. Son esprit sera répandu en toute chair ; on chantera le cantique de l'Ag^neau comme vierge, et ceux qui le thantcront .seront ceux qui seront parfaitement désapproprics ; ce que je lierai sera lie, ce que je délierai sera délié. Je suis cette pierre fichée par la croix sainte, rejotce par les architectes ; et le reste qu(î j'ai lu à M. l'abiié de Fénelon. Il sait bien ceux qui assistaient à la conférence, et que c'était lui seul que je regardais. » ^I"'"" Guyon avait essayé en vain d'expliquer- ce passage à Bossuet : « Je lui ai éclairci l'article de lier et délier, qui consistait en une autorité intérieure pour tirer les âmes pcinces de leur peine, etc.. » (Lettre inédite au duc de <^h(^reusc du i':'^ septembre 1G9/4. mss. de Saint-Sulpice, I""' Recueil <^hevreuse, p. ()'i) ; cf. plus haut, p. j et n. ">.

12 KKNKlJtN KT M" GUYO.N

sagesse lumiaiiic c[ do la propre raison. Le Seigneur fera un jour éclaler sa miséricorde ; il établira les cordes de son empire en moi, et les nations reconnaîtront sa puissance souveraine. Son esprit sera répandu en toute chair ; mes fils et mes filles prophétiseront, et le Seigneur mettra en eux ses délices. C'est moi, c'est moi qui chanterai du milieu de ma faiblesse et de ma bassesse le cantique de l'Agneau, qui n'est chanté que des vierges qui le suivent partoiil ; et il ne regarde comme vierges, que ceux dont le cœur est parfaitement désapproprié. Tout le reste lui est en abomination. Oui, je serai en lui dominatrice de ceux qui dominent; et ceux qui ne sont assujettis pour quoi que ce soit, seront assujettis en moi par la force de son autorité divine, dont ils ne pourront jamais se séparer, sans se séparer de Dieu même : ce que je. lierai sera lié ; ce que je délierai sera délié ; et je suis cette pierre fichée par la croix, rejetée par tous les architectes, qui sont les forts et les savants, qui ne l'admettent jamais, mais qui servira cependant à l'angle de l'édHice intérieur, que le Seigneur s'est choisi pour composer cette Jérusalem descendue du Ciel, pompeuse et triomphante, comme une épouse qui sort de son lit nuptial.

CORRESPONDANCE DE EÉXELON AVEC M'- GEYON

Voilà quelques pelits écrits, dans lesquels on vous prie en démission- de réprouver loul ce qui n'est pas de l'Ksprit de Dieu, et de.lairc à l'égard de ces écrits l'ofUce de juge et de censeur, car celle, dont on -^ s'est servi pour les écrire, souhaite fort que tout ce qui se sera glissé d'elle, soit ôté. Que de bon cœur l'on exposerait tous les autres à votre lumière ! et avec quel plaisir vous prierait-on de hrùler tout ce C{uc le propre esprit aui'ait produit*, si l'on ne craii:;nait de vous l'atiauer de leurs lectures ! Si cependant vous ne les jugez pas indignes de votre application, je vous enverrai ceux qui sont transcrits, les originaux étant trop difficiles à lire, que je vous ferais voir dans la suite, si vous vouliez. \ ous devez par retour ne rien épargner dans ces écrits, puisque je vous les présente avec autant de soumission que de sini-

1. Lettres cliréliennes et si>iriliiellt:<. clo., loc. cit.. t. V, Lettri' I. p. lyl-i.

2. Cf. Fénclon, Lettre» spirituelles, t. VIII, p. 56(), g. « Laissez-vous juger avec une entière démission d'esprit par celui cpic vous avezclioisi

pour vous conduire. «

.'5. Sur ce sens de on, cf. plus haut, p. -, n. 3. 'i. Cf. plus haut, p. lo et n. i.

li FÈNKLON ET M'<^ GUYON'

plicilr. Si k's proposilioiis <jut' j'ai mises siii' (.cHc fcnillo trouvciil chez vous du rébus, rayoz-eii ce que vous n'anprouvcrez pas. J'ai un Instinct de vous l'aire juger de ce que j'ai écrit. Lorsque vous aurez lu ce que je vous envoie, vous aurez la bonté de me les renvoyer avec la correction. Je ne vous enverrai aucun autre, que vous ne nie marquiez précisément, que vous n'en serez pas importuné, mais cela sans nulle ra(;on. ÎN'j regardez pas à la personne, qui n'a rien que de méprisable. Dieu l'a choisie de la sorte, alin que la gloire de ses œuvres ne i'ùt point dérobée. Dieu me donne en vous beaucoup de confiance, mais elle ne vous sera jamais à cbarge, car cela n'exigera aucuns soins qui puissent se faire remarquer. Si vous voulez bien que je m'adresse à vous dans la suite, je le ferai par la voie que je vous ai marquée, et non autrement. Si Dieu \ous inspire de me refuser, faites-le sans façon ; mais, pour moi, je suivrai toujours lejnouvement de vous soumettre toutes choses. J'ai suivi votre conseil pour la confession.

Je suis depuis quelques jours dans un état continuel de prière pour vous. Non que je désire rien de particulier, ni que je demande chose aucune; c'est un état qui peut être comparé à une lampe, qui brûle sans cesse devant Dieu '. C'était l'état de prière de Jésus-Christ, et c'est pourquoi les sept esprits, qui sont devant le trône de Dieu, sont bien comparés aux sept lampes qui brûlent jour cl nuit". Comme ce que Dieu veut opérer en vous par cet état de prière trouve chez vous encore quelque opposition, et n'a pas son effet, cela me fait souffrir une peine très forte, qui est comme un resserrement de cœur:

I. Cf. iihis loin, Lettres X\I\, [>. 77, XWI, j. 78; LcUrc du i8 août i(J8g. p, 2lji, et Fcnelon, Instructions et Avis, t. VI, p. 108, </: « O mon Dieu ! . . . je ne veux suJjsistcr que pour me consumer devant vous, comme une lampe brûle sans cesse devant vos autels » ; cl', encore Lettres spirituelles, t. VIII, p. ^97, <l. 2. Apoc, IV. 5.

M- GUVON A FKNKIJJN l.>

cil sorte que j'éprouve que celui qui prie en moi ' n'est pas exaucé entièrement. Celte prière n'est nullement libre en moi ni volontaire, mais l'esprit qui prie n'a pas plutôt eu son elTet c[uc la prière cesse, et donne lieu à l'ellusion de la «îràce. Cela m'arrivc souvent pour les âmes, mais moins Ibrtcment et pas si longtemps. Il laut que les desseins de Dieu sur vous s'accomplissent. Vous pouvez bien les reculer par un arrangement presque impcrceplible, mais non les empêcher. Leur retard ne servira qu'à augmenter la peine et allonger la rigueur. Soutire/ ma simplicité -.

l)f[)uis hier au matni (jue je me suis donné l'honneur de vous écrire, surtout cette nuit, (pic j'ai passée sans prescjue dormir, j'ai été si fort appliquée à Dieu pour vous, ej: la ' suis encore, qu'il me sciublo que mon âme se consume devant lui pour vous '. Nous m'êtes très uni, et mon cœur se répand dans le vôtic sans peine. La sécheresse me paraît moindre : il me semble que Dieu verse dans ce cœur tout ce qui vous est nécessaire, pour soutenir votre emploi, et que plus il vous élève d'un côté, plus il vous abaisse de l'autre, voulant que ses grâces passent par un si misérable canal '"'. Mais jcmcsens depuis ce temps très renouvelée dans l'application à Dieu pour vous ; de manière que Dieu me presse encore plus cjue

1. Reprise delà foinnile <Ie saint Paul (Roni., Mil, 2G), emplovi-e aufsi par Fcnclon : Manm-I de Pu-lè. t. \\. [1 5, il el Instruclionx. id., p. 118, d.

2. Celte lettre est certainement la [ireniiére ou l'une des preinièri's de cette Correspondanee. puisque Mme Guyon y fixe elle-même les conditions et la nature de. leurs relations épislolaires.

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