‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 105 sur 347 · Texte de Dutolt · texte numérisé non relu

Texte de Dutolt

3. « Je ne connais plus ni péché ni justice», ccrira-t-elle plus tard il Fénelon (Lettre du 7 mai 1O89, p. 182). C'est dans cette indilTé-

rencc pour la moralité «extérieure» que Bossuet verra le princij);!! jii-ril qulétiste.

2(1 n.NKI.ON KT M (ilVttN

L'anunii' pur cl (.liri'ct exclut loulc vue de bicu propre de la ci-éalurc, quelque sul)liuir (pi'il paraisse, uièiue eelul de rôlerullé par rapport à nous' : maL«; ou accepte eu uiènie temps tous les maux par rapport à soi ; et c'est le de-ré le plus parlait de l'amour, (pii scuihle reudrc à làmc la vie qvi'elle axait perdue, et lui douucr quelque chose d'actif extérieurement. Ceci paraît plus vivant, quoiqu'il procède d'une plus profonde mort, et d'un amour plus épuré.

L'état où vous êtes exclut tout désir de bien par rapjiort à vous, ce qui marque beaucoup de mort et de (lésinléressemcnt. Cela n'a besoin d'aucune action que lie celle de se laisser éteindre tout à fait : c'est pourquoi vous ne trouvez point en vous de vie, ni rien qui vous pousse à vous sacrifier vous-même, parce que l'on ne xous demande rien. On ne vous ôte que l'amour propriétaire, qui pourrait tondre à quelque bien par rapport à la foi ; mais on ne vous met pas encore dans le degré du sacrifice, qui, s'immolanl soi-même et se voulant toute douleur possible, marque yne action, qui n'est point vie dans l'âme, mais un mouvement qu'on lui donne. Les uns se laissent ôter la vie, les autres se livrent à la mort : ils suivent en cela le principe dillérent qui les anime.

L'amour qui se laisse dépouiller est un amour pâlissant, et non agissant. L'amour qui, après s'être laissé dépouiller, se livre lui-même à la mort, est souffrant et agissant. Or l'état de sacrifice est ce dernier, après que Dieu a pris plaisir d'ôter toute tendance au bien par rapport à la foi : j'entends bien propre.

Je mets au rang des biens propres tout ce qui n'est pas essentiel. Il n'y a d'essentiel à la gloire de Dieu que cette même gloire et sa propre félicité, qu'il sait trouver dans

I. Cf. If commontairc de celte idée par Fénelon, Explication des Maximes, etc., cdit. cit. art. X, vrai, p. 87 sqq.

M'"'- GUYO.N A FKNEl.OX "21

notre tleslruction. Il sera glorieux et content, quand je i5erals éternellement misérable. Ainsi, je puis non seulement être indillérentc sur ma perfection, mais sur ma perle même ; je puis et dois m'immoler à cette perte, lorsqu'on l'exige de moi ; et tout cela par rapport au principe du pur amour, qui ne regarde comme bien et comme mal que ce qui peut procurer quelque avantage ou causer quelque perte à la personne aimée. 11 est certain que, f[uoiqu il jniisse arriver de moi. Dieu n'en recevra nulle altération dans sa gloire, ni dans son plaisir.

Je ne dois donc, quoi qu'il m'arrive (si je n'ai point •d'intérêt propre), recevoir nulle altération quant au fond, d'aucun bien, ni d'aucune peine : je dis, quant au fond, car le sentiment (qui est et sera toujours un animal) en reçoit souvent, dui-ant que ^ toute l'àmc ne plie pas, ni n'a pas la moindre émotion pour les douleurs les plus extrêmes.

Je dis donc, ([u'après que Dieu a dépouillé l'àuie de tout ce qui la faisait subsister dans le bien, il l'invite souvent au sacrifice. Alors il lui donne une vigueur pour s'immoler sans cesse ; et, comme il ne dit jamais : c'est assez de désintéressement, il ne dit non plus jamais : c'est assez de haine de soi-même. Ce n'est jias assez, ô amant, que tu laisses enlever à l'amour tout le bien qu'il t'a fait ; il faut que tu t'immoles pour ce même amour à toutes sortes de rigueurs, et rigueurs d'autant plus cruelles, ([u'il ne dit jamais : c'est assez-, qu'il prend au mot de tous les sacrifices qu'il fait faii'e, et qu'il prend d'autant plus, qu'on lui donne davantage. C'est un amour nu, c{ui, s'étant une fois emparé d'une

Page 1