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suis si (oii à J)iou, que je n'ai rien ;i ménager, pourvu que je sois fidèle à dire ce qu'il veut ({ue je dise. Je ne pourrais le faire sans lui déplaire.
YIll. Mme GUYO\ A FÉNELON'
La nuil ou inorl. opérée par l'aclivilé simple de la créature se fait de celle sorte : C'est une privation de tout, n'admellant dans res[)ril nulle curiosité, ni dans la volonté nul goût, nidle inclination, nul désir; en sorte <pu> la lidélilé de la créature consiste à laisseï- tomber tout ce qui s'élève: ceci est très important pour l'âme, qui, à force de ne lien admettre, trouve que peu à peu tout désir lui est ôté, et toute envie de désirer: elle n'a de tendance, ni de goût pour rien, et elle regarderait même connue imperfection d'en admettre quelqu'un, (l'estjusqu'où peut aller la lidélilé active, quoitpie siiiqilc de la créature. Ceci est un amortissement, el non une mort''. Cet amortissement fait le même effet que le dégoût de manger. Un honnne dégoûté n'appelé rien, mais il répugne à quantité de choses. Il n'en est pas de même du mort, qui n'a plus ni appétit ni répugnance : et c'est ce que Dieu fait en opérant la mort, que lui seul peut causer. La volonté véritablement morte, ou pour mieux dire perdue à l'égard de l'homme qui la possédait, est passée en celle de Dieu ; ce qui est le véritable trépas de la volonté. Elle se trouve également impuissante à répugner comme à désirer ; et. lorsqu'elle est réduite à cet
1. Tome \, Lettre IV, p. ao.Vîio ; cette lettre, sauf le dernier pnragraplie, fc retrouve clans les Discours chrétiens et spirituels, loc. cit.. t. II, Discours XXXV, p. 192-G. J'ai suivi le texte des Discours, qui corrige heureusement sur quelques points celui des Lettres.
2. C'est la fornmle quictiste par excellence. On la verra souvent reprise dans cette Correspondance par Fénelon et par Mme Guyon, qui essaiera encore de la raffiner ; cf. plus loin, Lettres XLIX. p. 126-7 et surtout LXXV, p. 181.
.5. Ci", plus haut, Lettre III. p. i>^. n. /j
3i FÉNKLON KT M (H'YON
ôlal, elle est tlaus la coiisoiiiinalioii i\c ruiiilé : piii.s([ue ce (lUC l'on appelle union plus on moins paiTaite, est le passaije plus ou moins parfail de noire volonlé en celle (le Dieu.
Ponv comprendre ce que je veux dire, il faut savoir que Dieu, attirant l'ànic à lui, le fail d'ordinaire par le moyen de h' volonté. Cette volonté, se laissant entraîner, à un je ne sais quoi qu'elle goûte sans pouvoir ni l'exprimer, ni même le comprendre, attire à elle les autres puissances, et réduit comme, à un seul acte simple et indivisible les opérations des autres puissances ; en sorte que toutes ses opérations réduites en un, ne font plus qu'un seul et même acte, qui est également lumière et chaleur, connaissance et amour. C'est ce qui s'appelle union des puissances^, qui n'exige point la mort ou le trépas dont je viens de parler, puisque ce n'est qu'un acheminement à ce trépas. Il exige cependant le renoncement ou négation de toutes choses, en la manière que je l'ai dit, sans quoi les puissances resteraient toujours multipliées dans leurs opérations et ne seraient jamais réunies.
Sitôt que les puissances sont toutes réunies, Dieu fait une autre opération, qui eSt de perdre ces puissances en lui dans la même unité ; attirant toute l'âme en lui, qui en est le centre, et la réduisant peu à peu dans son unité, même en la faisant passer en lui : ce qui s'appelle trépas. Après quoi, il la transforme en lui-même. C'est une véritable extase, mais extase permanente, qui ne cause point d'altération à l'àme qui la souffre, ni dans les sens, parce qu'avant que cette transformation se fasse, il faut que lame ait été purifiée de tout ce qu'il y avait en elle de répugnance naturelle ou spirituelle
I . Sur cette union des puissances, que ^Imc Guvon ajjpcllo encoro
« réduction des puissances en unité n et leur consommation dans le
« centre », qui est Dieu, cl', plus loin. Lettres XII, CXXX, p. /|3,
(cause (le l'exlase d'altération) ; et toutes les peines de la vie spirituelle ne sont f[ue [)our détruire l'âme dans ses répugnances et contrariétés, pour la détruire, dis-je. l'oncièrenient et non en superlicie. Car tel croit n'avoir nulle répugnance, parce qu'il n'est point exercé et que Dieu ne lui demande rien, qui ensuite éprouve le contraire, lorstpie nicu commence d'user de son [)Ouvoir souverain : car alors toutes ses répugnances, (jui paraissent mortes, se réveillent de telle sorte, qu'elles vont jusqu'à la résistance'. Il y a un passage dans le livre des Rois qui dit, que c'est comme le péché (.Venchanlemenlde répugner, c'est comme une espèce d'idolâtrie que de ne vouloir pas se soumettre ^ Toutes les opérations de Dieu sur l'âme, les gratiliantes et les crucifiantes, ne sont que pour s'unir l'âme. Les gratifiantes unissent les puissances entre elles, et c'est où il y a plus de douceur que de peine: les crucifiantes^ sont pour perdre l'âme en lui, et elles sont très pénibles. C'est ici ce qui s'appelle union immédiate, union essentielle ^ El lorsque cette âme est beaucoup passée en Dieu, que la volonté est disparue en ce qu'elle a de désir ou de répugnance, et qu'elle ne se découvre plus, c'est alors que l'union essentielle est véritable, que l'âme est passée de la mort à la nouvelle vie, que l'on appelle Résurrection. L'âme alors, ne vivant plus en elle-même, étant morte à tout et passée en Dieu, vit de Dieu, et Dieu est
1. Sur ce passage de la répugnance .'i la n-sislancc, cf. Lettre XXWIII, p. 99-100.
2. I Rois, XV, 23. Sur la « répugnance » et la « résistance à l'Esprit de Dieu », cf. Fénclon, Instructions, t. VI, p. 122 sqq.
A. Fénélon appellera cette sorte d'opération divine « opcration détruisante » (Lettres spirituelles, t. VIII, p. 672, d, 701, g.)
II. « L'union nommée par les mystiques essentielle ou substantielle consiste dans un amour simple, désintéresse, qui remplit toutes les alTeclions de toute l'àme, et qui s'exerce par des actes si paisibles et si uniformes qu'ils paraissent comme un seul, quoique ce soit plusieurs actes très réellement distingués. » {Explication dc.<: Maximes, éditcit., art. XLII, vrai, p. 256-7.)
3'i FKNKI.ON ET M'- GUYON
sa vie. Plus celle vie nouvelle et divine s'augmente cl se perfectionne, plus la volonté se trouve perdue, passée, et transformée en celle de Dieu '. C'est alors que toute l'àme, réduite en unité divine, est retournée à son principe dans toute la simplicité et pureté où Dieu la demande. Toutes les peines spirituelles, cpi'on décrit avec des termes si fort exagérants, nesontcpic ce passage de ïîimr en Dieu, cpii est d'autant plus rude et plus long, que l'âme résiste davantage. Ce n'est pas le dessein de Dieu de faire souffrir l'âme ; au contraire, il ne prétend ([uc de la rendre heureuse -, comme il est lui-même iuliuiment heureux, et comme elle l'est en elfet, lorsqu'elle est passée en Dieu. Mais connue sa volonté répugne naturellement, même sans le connaître (c'est ce qui s'appelle propriété), comme, dis-je, elle répugne à perdre tout ce qui est d'elle-même et tout ce qui la tait subsister en quelque chose que ce soit, bonne, juste ou raisonnable, (car elle se retranche en tout), il arrive de là que plus la résistance est forte, plus ses peines deviennent violentes, iusqu'à ce que, l'âme étant réduite dans l'impuissance de résister, un plus fort qu'elle l'enlève. Alors elle se rend, non de son plein gré (à moins qu'elle ne soit extrêmement éclairée), mais comme une personne, qui n'ayant plus de force, se laisse entraîner au courant des eaux '. Cepenpendant elle fait souvent quelques essais (de résistance), se persuadant qu'elle a encore des forces, mais ses efforts ne servent qu'à lui faire sentir sa faiblesse et son impuissance ; et cela lui arrive tant de fois, qu'enfin elle fait volontairement ce qu'elle ne peut point ne pas faire, que est de céder à Dieu. Et c'est alors que Dieu la reçoiten lui-même.