I . l^ar la petite vérole
y.. Allusion probable à une j)oésie de Mme Guyon ; cf. Poésies el cantiques spirituels, édit. de 1790, t. III, n" XI\. p. 211 : « Nécessité el sàrelé du mépris de soi » :
Que j'ai d'horreur de la beauté 1 Elle rendrait mon âme vaine :
Ma l((idenr fait ma sûreté.
Aussi n'en ai-je point de peine.
Je la regarde comme un bien, Oui me fuit cacher en mon Hien.
M- GUVON A FENELON ol
voudrais t'-lre pivci|)il( o tic nouveau dans des abinics plus liroloiids, alla ([u'il m- me restât d'autres traces, qu'une personne qui n'a |)lus de lii;ure hvunaine, et à laquelle il ne reste qu'un ellrovable débris de ce qu'elle a été et de ce qu'elle n'est plus. L'on vont se perdre et se conserver tout entier, que Dieu aplanisse pour vous les pointes de rocher et les couvre de coton ; non, non, t7 faut périr el ètrr vérikiblement perdu. Vouloir toujours se perdre et vouloir en niènie temps des signes cjue l'on n'est pas perdu, c'est se perdre en figure et non en réalité' : c'est se reprendre après s'être livré, quoique l'on ne le croie pas. ('/est vouloir allier deux choses inalliables. Il ne se faut |)oinl llattor : l'on ne sort de soi qu'en se perdant. Si j'ai véritablement quitté ma maison, et que je n'y prenne plus d'intérêt, que m'importe qu'elle soit au pillage ; (jue l'on en arrache toute la beauté ; que l'on ne voie plus que des masures ruinées, où l'on met encore le feu ? Si je m'en afflige, si je la plains, je ne l'ai point quittée ; si dans l'état elTrovable où je suis réduite, j'en ai de la douleur, j'en gémis, je me [)laius, je suis encoreen moimême, j'ai peine à abandonner une maison que l'on ne détruit de la sorte, que pour me faire perdre toute envie d'y retourner.
Dieu sait si j ai envie que l'on me croie, ni que l'on suive mes avis. Si je pouvais disposer de moi-même, avec quel plaisir me déroberais-jc à la vue des hommes'.^ Mais lorsqu'on me fera parler, je ne dirai jamais que la
I . Fénclon a développé plusieurs fois cette idée avec une éloquence ardente ; cl". Insiruclions, XXII, t. \ I, p. ii^, g 4 « On ,dit qu'on ne lient à rien, et on est effrayé des moindres pertes ; on veut vous posséder, mais on ne veut point se perdre, pour être possédé par vous, etc » ; et XXIV (id., p. 127. d:=^ Lellreà Mme de Maintenon du 7 février iCgS, t. VIII, p. ^7) : « On croit que tout se renverse, quand tout commence à s'établir solidement et à se purifier. On veut bien que Dieu fasse de nous ce qu'il voudra, pourvu qu'il en fasse toujours quelque chose de grand et de parfait... ()uclle chimère de s[iiritualité ! »
S2 FENELON ET M •• OUYON
veillé, mais vérilc aussi certaine que la souveraineté d»' Dieu est infaillible. Je nie rapporte à votre expérience. Je n'ai pu écrire à Monsieur votre neveu ' davantai^e ((ue ce que j'écrivis hier. Je viens de la Messe ; l'on adil l'Épître du sacrifice d'Abraham '.
XVi. Mme GUYOrs A FÉNELON*
Dieu a voulu en peu de temps vous faire comprendre par expérience: et ce qu'il peut, est, et opère en vous ; et ce que vous êtes ; et ce que vous pouvez par vousmême.
La disposition de votre retraite est l'état où Dieu vous veut continuellement ; et vous n'aurez jamais la lumière pure el nette sur ce qu'il veut de vous, que vous ne soyez dans cet état de dépendance continuelle à l'esprit du Verbe, qui vous a appelé, pour être votre vie. Vous n'avez garde d'avoir goûté jusqu'à présent la délicatesse de sa pure opération, puisque vous l'avez toujours extrêmement mélangée de la vôtre, ne vous tenant jamais ferme et invariablement attaché au conseil que l'on vous a donné sur cela. Combien de fois avons-nous éclairci cet article, où je vous ai dit, que lorsque Dieu opérait, il fallait quitter tout opérer^ pour le laisser faire? Non seulement vous ne mourez pas à cette activité intérieure (ce qui est un effet de votre crainte, et la source du peu
I. Il s'agit sans doute ici de François de Salignac, marquis de La Mothe-Fonelon, neveu de l'archevêque de Cambrai, et père du marquis do Fénclon, qui sera' le pieux éditeur de son oncle et -le défenseur de la mémoire de Mme Guyon.
2. Cette épitre (Hébr., XI, 8-2o)était lue dans le diocèse de Pari* le lundi de la Quinquagésime. La lettre, étant de i6<Sg, se trouve ainsi datée du 2 i février.
.3. T. II, Lettre LXXX (jusqu'au paragraphe 8 inclusivement).
!x. Sur cet emploi de l'infinitif substantif, cf. Lettre X, p. 38.
M'"« GUYON A FKNELON Sa
de mort cxlérieure qui est en vous), mais do plus, vous allez chercher des sujets, lorsque Dieu vous occupe de lui-iuèiuo. La mort est un sujet peu propre à une personne que Dieu attire à sa présence.
Je suis ravie qu'il vous ait fait connaître ([ue l'oraison de simple exposition' est celle qui vous convient, car cela est assurément; mais vous ne vous arrêtez point lixenient au conseil, parce que vous vous conduisez non par la foi, mais par le goût, la connaissance et l'assurance. Tant que vos lumières et votre goût vous conllrment ce <jue l'on vous dit là-dessus, vous y entrez ; mais, sitôt (jue la sécheresse s'empare de votre cœur, et l'incertitude de votre esprit, vous croyez devoir trouver dans vos efi'orts les assurances que vous ne trouvez pas dans vos <lispositions.
Croyez-moi donc, je vous en conjure, et laissez-vous une bonne lois à cela. Il faut lire pour vous recueillir, et non pas pour vous former un sujet - : et du reste, exposez-vous simplement devant Dieu, pour y être, ou dans l'obscurité, ou dans la lumière, ou dans le goût de la présence, on dans la sécheresse. Tout doit être égal à relui qui, ne voulant rien pour lui-même, veut Dieu pour Dieu. Ceci est relevé : mais, quoique cela ne soit pas en vous, vous y êtes appelé. Cessez donc votre activité du côté de Dieu, afin de faire place à son Esprit; et employez-la contre Nous-mèmc, [JOur mourir efficacement par tous les événements de la divine Providence, qui vous fourniront tout ce qui vous est nécessaire pour vous détruire vous-même, qui êtes vivant encore. Mais, si vous ne
I. Mme Guyon expliquera plus loin (Lettre CXIII, p. 291 et n. .'() co qu'est cette oraison. ,
a. Explication des Maximes, art. XX, vrai, édit. cit., p. 161 : « Quand le recueillement nous fait tomber le livre des mains, il nvva <^u'à le laisser tomber sans scrupule... L'amour, quand il enseigne par >on onction, surpasse tous les raisonnements que nous pourrions l'aire Mir les livres » ; cf. encore Lettre XXXVII, p. 1)3 .
^ii FENELON ET M (JUYOX
l(>n(V pas la rondiiilc que je vous niarquc. tons vos eil'orls seront employés à empêcher retendue de l'Esprit do Dieu en vous, et non pas à vous détruire vous-même. \rcoulumez-vous à aller par l'inconnu et par la foi, et non par le sentiment ; et vous irez bien, car c'est le seul moyen de laisser écouler l'Esprit du Yerhe dans votre âme.
Je ne m'étonne pas de vos échappées et de \otre sensibilité sur les croix' ; cela vient dedeuxcauscs: la première, de ce que, marchant trop par le sensible et l'aperçu, et ne donnant pas assez de lieu à la mort intérieure, vous êtes vivant en toutes choses ; la seconde est, que, comme la mort des sentiments intérieurs est la source de la mort des sentiments extérieurs, votre moi't extérieure ne peut point surpasser l'intérieure. Le découragement ne vient que de votre amour-propre, et du fonds cjue vous faisiez sur vous-même et sur l'acquisition de la vertu. : car celui qui ne présume rien de soi, ne se décourage jamais, quoi qu'il arrive, parce que, n'attendant rien de soi, mais de Dieu seul, il ne s'étonne point des échappées de la nature, car c'est son propre ; et, étant persuadé que Dieu seul peut le garder, et qu'il n'est nullement obligé de le faire, il lui a une obligation infinie, lorsqu'il le fait, et se supporte en patience-, lorsqu'il le laisse à soi-même.
Vous n'êtes point déchu, car le fond que vous éprou-
I. Fénclon, Manuel de piété, V, t. VI, p. 67, (/ : « Mon Dieu, je parle magnifiquement tle la croix, et je n'en veux connaître que le nom. » Lelires spirituelles, t. YIll, p. 555, ij : « Je iVéniis à la seule ombre de la croix. » Cf. surtout id., id.. p. 5G5, '/ : « Je ne puis m'empèclier d'admettre la vertu de la croix : nous ne valons rien que par elle. Elle me fait frémir, et me donne des convulsions dès (ju'elle se fait sentir ; et tout ce que j'ai dit de ses opérations salutaires s'évanouit dans l'agonie, où elle met le fond du cœur. »
■j. Fénelon, Lettre au mar(juis deBlainville du23 août 1697 : «Ilfautse supporter patiemment soi-même sans se flatter » (t. \III, p. ;)i5, d) ; cf. encore Explication des Maximes, art. XII, vrai, édit. cit., p. 108-109.
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ve/ a lonjoiirs ('tt" on vous; el, quoique ses productions aient été un pou anioilios jiar l'onrlioii de la grâce, vous étiez toujours le même, cl Dieu ne permet ces écliappécs, que pour vous faire voir ce (pie vous êtes.
Vous ne [)0uvez être jamais dans l'illusion, tant que vous suivre/ avec sovunission l'Esprit de Dieu pour le tledans, et tant ([ue vous travaillerez à mourir à vousmême, soit par la fidélité à vous renoncer incessamment vous-même, ou en vous laissant détruire elliumiliei* par les événements de la Providence, par vos défauts, el par le fond de votre naturel, qui n'y contribuera pas peu.
Evitez plus cpic la mori le découragement ; et quand Dieu vous précipiterait dans le plus profond de votre corruption, il faudrait toujours tenir la même conduite à son égard, et avoir une patience infinie avec vousmême. Il y a hicn d'autres misères à éprouver. C'est pourquoi il faut faire bonne provision de fidélité et de courage. Entrez donc tout de bon en ceci ; sans quoi, vous serez toujours enibncé en vous-même, vous travaillerez beaucoup et vous avancerez peu '.