‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 166 sur 347 · Jean, I, i · texte numérisé non relu

Jean, I, i

2. Cl'. Fcnelon, Lettres à la comtesse de Montheron du i<^'' janvier 1706 el du 'juin 1709, t. VIII, p 672, dei 701, £f : « L'opération détruisanle » de Dieu.

3. C'est-à-dire: en vous laissant conduire par Dieu; cf construction analogue, fragment d'autobiographie, p. 7 et n. 2 : « Me laisser posséder à Dieu. »

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les pri'iuiois niouveinciils sont de la iialiirc, et, dans les chosfs qui clioqncnt celte même nature, c'est toujours (je dis toujours) elle (|ui se jirésenle la première ; ainsi, les premiers mouvements sont à éviter'. Il n'vn est pas de même de ceux de la grâce, ou plulùl. il en est de même. Tout ce qui ren;arde le choix et la délihi'ralion dans une personne déjà bien à Dieu, cpii est on bien morte ou bien éteinte, c'est toujours Dieu cpii j)arait ; et la première pensée, ou plutôt un simple penchant, un instinct d'une chose, est de lui. Il conduit avec autant d'amour (pie de saj^esse l'homme qui veut bien s'en lier à lui.

Vous voyez bien, qu'alinque Dieu agisse puissamment, et que l'âme se laisse conduire nûment, il faut une extrême souplesse, pour perdre toute conduite de la raison. Comptez donc, s'il vous plaît, qu'il tant vous accoutumer à marcher, non par la conduite de votre esprit ni de la raison, mais pir la volonté de Dieu, qui doit donner la pente È» tout. Chez vous, c'est la volonté, et non l'espiit ([ni doit l'aire le choix. Or, votre volonté ('■tmt aveugle, une volonté clairvoyante (qui est celle de Dieu") doit donner tout le braide à la vôtre (tant pour r<-\ti''rienr que pour l'intérieur) ; car il faut savoir, que la conduite extérieure doit è!re conforme à l'intérieure ; sans quoi, nous serions comme ces animaux amphibies, tantôt dans l'eau pure de l'opération divine, tantôt sur la terre de notre raisonnement.

Toutes les personnes qui sont conduites par les lumières et illustrations-, où toutes les opérations se

1. Cf. Lettre LXVII, p. iG6 ; « Mes premiers mouvements ne sont point (le grâce»; cf. encore* I^cltrcs XLV, p. iig et n 4^ etc.

2. Visions intellectuelles; cf. Bossuet, Instruction sur les états d'oraison.Trinlè I, Livre VII, S 3, cdit. Lacli.it, t. XVIII, p. 620 : « Telles s ml les illustrations de rentenrlement et les pieuses affections de la volonté, qui se font en nous sans nous » ; cf. plus loin, Lettre LUI, p. i3'i, etc. Le mot avait déjà été c:uployc par Fénelon (Réfittalion du xyslème du P. Mnlebranclie, chap. xxxiii, t. II, p. i49. <0-

roui dans l'esprit, et ovi les brillants, le distinct ' et l'assuré sont la conduite principale, vont comme vous dites que vous faites à présent. Quand leur esprit n'est pas éclairé tout à coup d'une lumière de possession, où ils voient à découvert le résultat de leur pensée, ils se servent de leur raison ; et ils font fort bien, car, l'un leur manquant, ils doivent recourir à l'autre. Il n'en est pas de même de vous, Monsieur, qui êtes conduit en foi et en obscurité, et dont le principe de tout ce c|ui vous doit mouvoir est dans la volonté : il faut marcher par l'aveuglement de l'esprit, pour être conduit par la très pxu-c et sûre lumière de la foi. Les premiers possèdent leur voie et la discernent, ce qui pourtant ne leur en fait pas toujours éviter les mauvais pas ; c'est pourc^uoi, leur voie est la moins sûre, c|uoiqu'elle paraisse l'être davantage, parce cpi'ils voient leur chemin ; mais l'aveugle dont nous parlons^, sans examiner ni route, ni sentier, est conduit (quoi(jue sans nulle certitude apparente) très infailliblenient. parce que le ïout-puissantle conduit lui-même, et souvent le porte entreJes bras.

De là, il vous sera aisé de conclure que vous devez être cet aveugle, et marcher avec autant de liberté que de confiance, persuadé que votre guide, autant charitable qu'il est inlini '', vous fera éviter les écueils, et posera des pierres carrées '", pour vous faire marcher le chemin qu'il veut que vous teniez. Il ne sera peut-être pas toujours conforme à vos vues et à vos inclinations, et peut-être vous plaindrcz-vous quelquefois avec le Prophète ", c^u'il environne votre chemin d'épines, qu'il en bouche les avenues ; mais, si vous êtes lidèle à ce que je vous dis, qui est d'une extrême étendue et d'une très

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